Makao, l’an­cien chou­chou des Macron

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR PAUL LARROUTUROU

Avant Alexandre Be­nal­la, il y eut Makao, un autre garde du corps d’em­ma­nuel Macron, d’abord mé­dia­tique, puis sulfureux lui aus­si, au point d’avoir dû quit­ter la cour pré­si­den­tielle. Il re­vient ici sur son ex­pé­rience aux cô­tés du “chef”.

Par­mi “l’agence tous risques” en­tou­rant Em­ma­nuel Macron pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, il y avait donc Alexandre Be­nal­la, l’homme par qui le scan­dale est ar­ri­vé. Mais aus­si Makao, un autre de ses gardes du corps, d’abord mé­dia­tique, puis sulfureux lui aus­si, au point d’avoir dû quit­ter la cour pré­si­den­tielle. Il re­vient ici sur son ex­pé­rience aux cô­tés du “chef”.

Lun­di 4 juin 2018. Une énorme trot­ti­nette élec­trique se gare de­vant le 55, rue du Fau­bourg Saint-ho­no­ré, à Paris. Elle passe ra­pi­de­ment les por­tiques de sé­cu­ri­té, s’en­gage sur les gra­villons, tourne à gauche et sta­tionne dans la cour Est. Son pro­prié­taire se passe la main dans les tresses –il sort de chez le coif­feur– puis il monte, en ha­bi­tué, les marches du per­ron de l’ély­sée. Le Pre­mier mi­nistre le sa­lue: “Sa­lut Makao!” Un pseu­do­nyme lin­ga­la, dia­lecte congo­lais. Ma si­gni­fie “prendre” ; Kao est de la pho­né­tique sty­li­sée ; Makao, “prendre KO”. Makao se fait pho­to­gra­phier en haut des marches avec les autres membres du ser­vice de sé­cu­ri­té du can­di­dat Macron, comme le 15 mai 2017, jour de l’in­ves­ti­ture, où il avait po­sé avec le couple pré­si­den­tiel en lé­gen­dant sur Ins­ta­gram: “C’est moi le chou­chou du palais.” Ce 4 juin, c’est La Ro­tonde au châ­teau, comme pour le soir du pre­mier tour. Em­ma­nuel Macron a in­vi­té à nou­veau tous ceux qui ont par­ti­ci­pé à sa cam­pagne pré­si­den­tielle. Dans la foule, Makao sa­lue son an­cien pa­tron, ce­lui qu’il consi­dère comme son “grand frère, même s’il est lé­gè­re­ment plus jeune”, un cer­tain Alexandre Be­nal­la –“Oh, tu t’es ra­sé la barbe!” Puis il de­mande au fi­dèle ad­joint de son boss, Vincent Crase, s’il est bien sur la liste des 300 in­vi­tés du soir. Une fois à l’in­té­rieur, Makao at­tend son tour pour ex­po­ser à Bri­gitte Macron son pro­jet se­cret: il rêve d’être mé­dia­teur entre les jeunes pau­més et le haut de la py­ra­mide du pou­voir. La pre­mière dame, dé­bor­dée de sol­li­ci­ta­tions, se tourne vers son chef de ca­bi­net et pro­met une ren­contre ra­pide pour en re­par­ler tran­quille­ment. Mais voi­ci “le chef ”, comme il le sur­nomme, qui ar­rive. Em­ma­nuel Macron l’in­ter­roge: “Qu’est-ce que tu fais?” Makao ne ré­pond pas qu’il est au chô­mage. “Je suis en va­cances.” “Tu m’avais dé­jà dit ça en mars à Tours! Ar­rête d’être en va­cances.” Le chef de l’état ap­pelle Alexandre Be­nal­la. “Alexandre, il faut le faire re­ve­nir!” Se tour­nant en sou­riant vers Makao: “Tu sais que c’est phy­sique d’as­su­rer ma pro­tec­tion, ça ne te fait pas peur?” Makao, qui ins­crit ses men­su­ra­tions comme pré­sen­ta­tion sur les ré­seaux so­ciaux –2,13 mètres et 145 ki­los–, ré­pond qu’il n’a pas peur. Le président de la République rit, lève haut le bras pour at­teindre son épaule et or­donne à nou­veau: “Alors, Alexandre, fais-le re­ve­nir.” Trois jours et deux nou­velles photos avec le couple pré­si­den­tiel pos­tées sur les ré­seaux so­ciaux plus tard, Alexandre Be­nal­la lui té­lé­pho­ne­ra, ef­fec­ti­ve­ment. Mais pour lui or­don­ner de cou­per les ponts. Car entre-temps, Makao –lui aus­si– a fait une grosse bê­tise: il est ap­pa­ru en vi­déo avec Ja­wad Ben­daoud, “le lo­geur de Daech”. L’autre scan­dale.

“J’étais un vam­pire”

C’est fin 2014, dans des soi­rées cap­ver­diennes à Nogent-sur-marne, que la car­rière de Makao dans la sé­cu­ri­té a dé­bu­té. Après une pre­mière car­rière de rug­by­man, le na­tif de Kin­sha­sa est re­pé­ré dans un su­per­mar­ché par un an­cien de la BAC, qui lui lance: “Vu ta cor­pu­lence, ça t’in­té­resse pas de faire de la sé­cu­ri­té?” Makao dit oui, et fait bien­tôt la tour­née des boîtes

pa­ri­siennes. Le Milliar­daire, Chez Pa­pillon, Le Se­lect, Chez Ré­gine, Le Crys­tal, L’ap­part. Son bou­lot consiste à croi­ser ses énormes bras et à fron­cer les sour­cils. “À cette époque, j’étais un vam­pire qui cou­chait des mecs en un seul coup, se sou­vient-il. Je ne vi­vais que la nuit. Mes boss ont kif­fé sur moi. C’est parce que j’ai un se­cret: quand il fait sombre, je ferme les yeux et j’uti­lise mes sens.” Makao dort quinze heures par se­maine, tra­vaille toutes les nuits et en­chaîne le jour en as­su­rant la sé­cu­ri­té de la pis­cine de Pu­teaux. Un jour, au Se­lect, il ren­contre Yous­sef, le cou­sin de French Mon­ta­na. Le rap­peur cherche un garde du corps. Le cou­sin ap­pelle la mère du rap­peur via Skype, fil­mant juste son buste –“J’ai quel­qu’un pour ton fils.” C’est par­ti pour une tour­née eu­ro­péenne. En Al­le­magne, Makao sym­pa­thise avec un des chauf­feurs de la tour­née, qui lui pré­sente, en oc­tobre 2016, Alexandre Be­nal­la. Les deux hommes sont en train de mon­ter une pe­tite équipe pour un jeune type que per­sonne n’ima­gine alors de­ve­nir président de la République. Em­ma­nuel Macron a dé­mis­sion­né à la fin de l’été du mi­nis­tère de l’éco­no­mie. Son an­cien col­lègue, le mi­nistre de l’in­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, re­fuse de lui at­tri­buer une pro­tec­tion po­li­cière, ne l’es­ti­mant pas me­na­cé. Le pas-en­core-of­fi­ciel­le­ment can­di­dat a donc be­soin de ren­fort. Il trouve ra­pi­de­ment un sur­nom à ces hommes qui ne sont pas po­li­ciers mais qui sont prêts, comme un soir de mee­ting à Metz, à es­suyer pour lui des tirs de boules puantes: “Ma propre agence tous risques.” À cô­té de Be­nal­la et Makao, on trouve Ka­mel, sur­nom­mé “Gla­dia­teur”, Ja­mel, alias “Ju­do­ka”, Ch­ris­tian, dit “Pa­pi”, Tris­tan, “Bar­biche”, ou en­core “Mo­mo Tes­to” et Dar­ko “le Serbe”…

Makao de­vient em­ployé d’en marche! Au­jourd’hui, au mo­ment de ra­con­ter la cam­pagne pré­si­den­tielle, il se rap­pelle les “trois pe­tits louches” à Al­bi, qui se sont ré­vé­lés être fi­chés S, les me­naces re­çues à Sar­celles, sa pre­mière poi­gnée de main avec le can­di­dat le 16 jan­vier à Ver­sailles et son co­mique de ré­pé­ti­tion –“Il me di­sait tou­jours: ‘Ça va, tes pro­blèmes ca­pil­laires?’ et ‘Fais at­ten­tion, Makao, tu pour­rais bles­ser quel­qu’un en tom­bant’.” Et son his­toire pré­fé­rée. “Comment il s’ap­pelle, dé­jà, ce­lui qui s’est ral­lié à Ma­rine Le Pen?” Un soir, une ving­taine de mi­li­tants de Ni­co­las Du­pont-ai­gnan viennent col­ler des af­fiches de­vant le QG d’en marche!, dans le XVE ar­ron­dis­se­ment. Makao les voit ar­ri­ver de loin, les laisse ap­pro­cher, at­tend qu’ils soient juste en bas et lâche une bou­teille d’eau du qua­trième étage, avant de sor­tir très vite en hur­lant. “Ils ont tel­le­ment ca­va­lé. J’étais mort de rire, laisse tom­ber.” “Le plus im­pres­sion­nant chez Em­ma­nuel Macron, c’est son garde du corps Bar­ra­cu­da”, tweete fin fé­vrier 2017 un jour­na­liste, à An­gers. Quelques jours plus tard, le 9 mars, dans le TGV qui le mène à Bor­deaux, Em­ma­nuel Macron re­çoit si­mul­ta­né­ment sur ses deux iphone les images de La Mé­do­quine, à Ta­lence, la salle dans la­quelle il se pré­pare à te­nir un mee­ting. Elle a été van­da­li­sée au mi­lieu de la nuit. Le can­di­dat sou­rit, mais son en­tou­rage s’in­quiète. “T’as une pro­tec­tion par­ti­cu­lière, ce soir?” in­ter­roge le ro­man­cier Phi­lippe Bes­son. Macron jette un re­gard sur les hommes qui l’ac­com­pagnent: “Bah, j’ai Makao.” Bri­gitte Macron, sur le ton de l’évi­dence: “Il a Makao.” Le cour­ti­san s’in­quiète aus­si­tôt d’avoir man­qué un per­son­nage de la cour du fu­tur roi: “Makao?” Em­ma­nuel Macron: “Il pa­raît qu’il chausse du 54.” Yann L’hé­no­ret, au­teur d’un do­cu­men­taire dif­fu­sé sur TF1 sur la cam­pagne de Macron, ra­conte qu’à chaque fin de mee­ting, “Makao es­cor­tait Macron dans ses loges et ce der­nier lui de­man­dait tou­jours: ‘Ça va, le pu­blic ne vous a pas trop em­bê­té?’ Makao ré­pon­dait im­mua­ble­ment: ‘Ça a été, chef.’” Le can­di­dat: “Non, parce que si quel­qu’un vous em­bête, vous me le dites, je vien­drai vous dé­fendre.” Makao se sou­vient aus­si d’amiens, du­rant l’entre-deux-tours, de­vant l’usine Whir­pool, au mo­ment où Em­ma­nuel Macron a im­pro­vi­sé une vi­site en ca­tas­trophe pour ne pas lais­ser Ma­rine Le Pen, pas­sée au même en­droit avant lui, prendre l’avan­tage. “Un mi­li­tant CGT m’a re­gar­dé d’un air bi­zarre, il a dit: ‘Macron a ame­né ses go­rilles’, et il a ta­pé de toutes ses forces avec son poing sur mon torse. Je l’ai juste re­gar­dé. J’ai dit: ‘T’es sé­rieux ou quoi?’ Et j’ai pen­sé à l’image du chef.” Il ajoute: “J’aime pas la vio­lence. La sé­cu, c’est pas seu­le­ment de la vio­lence. C’est la dis­sua­sion de la vio­lence.”

Les SMS de Bri­gitte

Le prin­temps 2017 est une apo­théose. “Au Tou­quet, de­vant la mai­son des Macron, que je pro­té­geais, j’ai fait plus de 600 sel­fies.” Il les a comp­tés. Il entre dans l’in­ti­mi­té du nou­veau couple pré­si­den­tiel. “Laisse tom­ber, c’est comme si j’étais chez moi. Comme je suis or­phe­lin, plus jeune, j’au­rais tant ai­mé me faire adop­ter par cette fa­mille en or. Je n’étais plus consi­dé­ré comme un em­ployé mais comme l’en­fant de la mai­son.” Il est ce­lui à qui on de­mande de se po­si­tion­ner de­vant l’en­trée prin­ci­pale pour faire di­ver­sion pen­dant que Macron sort se­crè­te­ment par der­rière pour

“La vi­déo avec Ja­wad? J’étais au mau­vais en­droit, au mau­vais mo­ment” Makao

al­ler jouer au ten­nis. Le soir du pre­mier tour, il filtre les en­trées à La Ro­tonde et ob­serve “tous ces re­quins qui viennent au der­nier mo­ment. On m’a même de­man­dé de re­fou­ler un haut gra­dé de la po­lice qui n’était pas sur la liste!” Le soir du se­cond tour, il est dans la cour du Louvre pour “pro­té­ger uni­que­ment les VIP”. Quelques mois plus tard, il se re­garde sur son té­lé­phone et n’en re­vient tou­jours pas: “On a fait le plus gros hold-up ja­mais fait dans l’his­toire de la po­li­tique de toute la Terre.” Il rit. Mais il est très sé­rieux. C’est bien­tôt l’heure des lé­gis­la­tives, la pro­lon­ga­tion de la pré­si­den­tielle. Le garde du corps est en­voyé dans le Nord, dans la 11e cir­cons­crip­tion du Pas-de-ca­lais, pour pro­té­ger Anne Ro­quet, la can­di­date LREM. Et ac­ces­soi­re­ment, se sou­vient la can­di­date, lui faire la cui­sine: “Makao crée des plats in­croyables, je me sou­viens no­tam­ment d’une sorte de dé­li­cieux pot-au-feu, et sur­tout, quand on fai­sait du porte-à-porte, je crois qu’il était plus connu que moi.” L’in­té­res­sé n’a pas eu le temps, cette fois-ci, de comp­ter les sel­fies: “Si j’avais été can­di­dat, j’au­rais bat­tu Ma­rine Le Pen, laisse tom­ber, on a fait du lourd!” Ré­sul­tat, pour­tant: à peine 16% au pre­mier tour. Au se­cond, Ma­rine Le Pen est élue dé­pu­tée avec 58,6 % des voix. C’est le dé­but d’un at­ter­ris­sage com­pli­qué pour Makao. Seuls les SMS de Bri­gitte Macron le re­lient en­core à la ca­ra­vane pré­si­den­tielle, qui dé­couvre le monde sans lui. Août 2017. Makao as­sure pen­dant deux se­maines la pro­tec­tion d’un prince saou­dien. Puis prend une drôle de dé­ci­sion: il ac­cepte de par­ti­ci­per à la sai­son 11 de Se­cret Sto­ry, qui dé­marre en septembre sur TF1. “Il a de­man­dé l’au­to­ri­sa­tion au couple Macron et ça amu­sait beau­coup Bri­gitte, car ses pe­tites-filles re­gar­daient l’émis­sion”, se sou­vient le pré­sen­ta­teur, Ch­ris­tophe Beau­grand, en sa­luant les qua­li­tés d’un can­di­dat “hy­per­pro­tec­teur, qui se com­por­tait à la fois comme un grand frère et par­fois comme un garde du corps. Il fai­sait en sorte que tout soit tran­quille”. Makao n’a pas fait ça pour l’ar­gent –500 eu­ros par se­maine– mais par goût du dé­fi et dis­cret mi­li­tan­tisme an­ti­ra­ciste, ex­plique-t-il. “Quand la pro­duc­tion m’a ap­pe­lé et que j’ai dé­cou­vert l’émis­sion, que je n’avais ja­mais re­gar­dée, j’ai vu qu’il n’y avait ja­mais eu un vrai Black qui avait ga­gné l’émis­sion.” Éli­mi­né au bout d’un mois, il a ado­ré l’ex­po­si­tion mé­dia­tique –“J’étais par­mi les top tweets en France!”– et “la très belle ex­pé­rience hu­maine, mal­gré le fait qu'[il] ne [s]e sen­tai[t] pas à [s]a place”. À la sor­tie, il se re­trouve dans un com­bat de su­mo face à Cy­ril Ha­nou­na. Puis, ri­deau. Les pro­jec­teurs s’éteignent.

Sale soi­rée chez Ja­wad

Le 7 juin 2018 res­te­ra comme le jour où Makao s’est fait ha­ra-ki­ri. Ce jour-là, il va voir un an­cien col­lègue à Saint-de­nis et dé­am­bule joyeu­se­ment dans la rue au gré des ren­contres, comme il le fait tou­jours. Un jeune homme sou­riant ac­com­pa­gné d’une jeune fille brune l’ac­coste. “Je viens de sor­tir de pri­son, je t’ai sui­vi dans Se­cret Sto­ry. J’adore tout ce que tu fais. Tu veux ve­nir jouer à la Plays­ta­tion chez moi? Ma mère a pré­pa­ré un cous­cous.” Makao ne se pose pas de ques­tion et suit l’homme et son amie à son do­mi­cile, au mi­lieu de la nuit. Dans son sa­lon, son hôte l’in­ter­roge: “Le président, c’est un bon ou pas?” Makao ré­pond la main sur le coeur: “C’est une crème.” Ils parlent en­suite de Se­cret Sto­ry. Cous­cous. Con­sole. Makao ne voit rien ve­nir quand son ad­mi­ra­teur ouvre l’application Snap­chat, se filme, tourne son té­lé­phone vers la brune qui lui tire la langue puis vers la cous­cous­sière de sa mère sur la table et en­fin vers Makao, qui reste concen­tré sur sa ma­nette de jeu. Il gagne le match de foot sans sa­voir qu’il vient de perdre plus gros. La vi­déo est en ligne, agré­men­tée du sti­cker d’un pe­tit nuage blanc qui lâche un éclair, du mot “ATOMIX” et de la lé­gende qui pré­cise bien son nom: “Makao, il est éner­vé quand il mange.” Quelques mi­nutes plus tard, ses in­times l’ap­pellent, pa­ni­qués. Ils crient. Ils lui or­donnent de par­tir. Et lui donnent le nom de son fan si ac­cueillant: Ja­wad Ben­daoud, “le lo­geur de Daech”. Trop tard. C’est en ligne, im­mé­dia­te­ment re­pé­ré et re­layé par la fa­cho­sphère, vé­ri­fié par Che­ck­news, le site de Li­bé­ra­tion, cap­tures d’écran à l’ap­pui. C’est par­tout. C’est fi­ni. Dans la soi­rée, la branche fran­çaise du site Rus­sia To­day titre “Em­ma­nuel Macron et Ja­wad le lo­geur de Daech ont un ami com­mun (et il pose sur Snap­chat).” Quelques heures plus tard, Alexandre Be­nal­la l’ap­pelle. Il n’est plus son boss, mais il est fu­rieux: “Mais qu’est-ce qui a bien pu te pas­ser par la tête? Même si ce mec a été re­laxé, t’as pen­sé aux fa­milles des vic­times? Tu dois faire pro­fil bas, cou­per les ponts. Ne ré­ponds à au­cun jour­na­liste. Si­lence ra­dio.” Puis l’af­faire Be­nal­la éclate. Le 23 juillet, à l’as­sem­blée, en sor­tant de l’au­di­tion de Gé­rard Col­lomb, Ma­rine Le Pen tire si­mul­ta­né­ment sur les deux hommes en évo­quant “l’exis­tence d’une po­lice pa­ral­lèle”. Makao ré­pond en met­tant en ligne un ex­trait de son mor­ceau C’est bon dé­jà avec les images de la pré­si­dente du RN dan­sant le soir de sa dé­faite. Et le ha­sh­tag #Toi tu dois etre rage use a tous les coups. Deux mois de si­lence plus tard, la “po­lice pa­ral­lèle” a mau­vaise mine. Be­nal­la a été li­cen­cié et Makao rentre d’une tour­née eu­ro­péenne avec French Mon­ta­na. À pro­pos de sa pré­sence chez Ja­wad, il se contente de dire qu’il était “au mau­vais en­droit, au mau­vais mo­ment. Je n’avais ja­mais en­ten­du par­ler de Ja­wad Ben­daoud. Je ne re­garde pas la té­lé, même quand j'y passe. Je re­garde juste des do­cu­men­taires his­to­riques. Et son vi­sage n’était pas dans les photos des fi­chés S que l’on nous mon­trait pen­dant la cam­pagne. Je vou­lais juste lui faire plai­sir. Il avait l’air gen­til.” Vir­gi­nie Gros­sat, qui gère bé­né­vo­le­ment ses ré­seaux so­ciaux, pense, elle, que “Ja­wad se prend pour une blo­gueuse mode. Il sa­vait par­fai­te­ment ce qu’il fai­sait, il vou­lait grat­ter du ca­pi­tal sym­pa­thie, il l’a tout sim­ple­ment pié­gé”. Elle ob­serve une hé­mor­ra­gie de 4 000 abon­nés sur Ins­ta­gram. “Des jeunes qui re­gar­daient Se­cret Sto­ry et qui sont pas­sés à autre chose, et d’autres qui se sont désa­bon­nés après l’af­faire Ja­wad.” Il lui en reste 72 000. As­sailli en per­ma­nence de mes­sages pri­vés, Makao ré­pond à tous, sou­vent par mes­sage vo­cal. Puis il re­prend sa trot­ti­nette et part se ba­la­der, en frei­nant à chaque fois qu’il est re­con­nu. Soit à peu près tous les 100 mètres. Dé­sor­mais, Makao ai­me­rait “faire du ci­né­ma, des trucs his­to­riques”. Il a fait ses re­cherches. “Tu sais qu’il n’y a ja­mais eu un vrai grand

ci­né­ma?”•tous sa­mou­raï noir au

Le 9 mars 2017, alors que la salle dans la­quelle Em­ma­nuel Macron se pré­pare à te­nir un mee­ting a été van­da­li­sée, l’en­tou­rage du can­di­dat s’in­quiète. “T’as une pro­tec­tion par­ti­cu­lière, ce soir?”

Macron: “Bah, j’ai Makao.” Bri­gitte Macron, sur le ton de l’évi­dence: “Il a Makao”

Makao et Alexandre Be­nal­la, le 1er mai 2017.

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