TEST COMPARATIF EAUX MINÉRALES

Society (France) - - RÉUSSIR SA VIE -

VITTEL 50cl Em­blé­ma­tique bou­chon rouge de l’eau plate game de­puis plus de 150 ans, Vittel conti­nue, en mo­no- lithe in­trai­table in­sen­sible aux modes, de pro­po­ser aux chan­ceux as­soif- fés l’un des meilleurs rap­ports goût/mi­né­ra­li­té du mar­ché. Il faut dire que le bé­bé de la mai­son Nest­lé a su for­ger son ca­rac­tère dans un ter­roir char­gé de stig­mates: deux guerres mon­diales, l’af- faire du pe­tit Gré­go­ry, la nais­sance de Jack Lang… Pas éton­nant qu’il af­firme une per­son­na­li­té sul­fa­tée et cal­cique, qui sait pour- tant se faire ou­blier en bouche. Car la pe­tite perle des Vosges sait com­bi- ner dou­ceur, fi­nesse, élé­gance et in­ten­si­té pour of­frir à l’heu­reux(se) consom­ma­teur( ri ce) une sen­sa­tion de plus en plus rare sur le mar­ché: une eau mi­né­rale avec un goût d’eau mi­né­rale! Une eau qui se boit comme de l’eau! Un ba­sique de la désal­té­ra­tion, une va­leur sûre dont on pour­ra seu­le­ment re­gret­ter le de­si­gn de conte­nant un peu dé­pas­sé. Mais qu’im- porte le fla­con, pour­vu qu’on ait de l’eau avec un goût d’eau.

Quelle soif étan­cher

avec? La soif du nor­mal. CRISTALINE SOURCE ELENA 50cl On ai­me­rait pou­voir s’as­seoir et par­ler se­rei- ne­ment de l’au­to­pro­cla- mée “eau pré­fé­rée des Fran­çais”. Le pro­blème, c’est que Cristaline n’a au­cune en­vie de par­ler d’eau. Cristaline pré­fère nous par­ler de son abru­ti de “bou­chon so­li­daire” (c’est écrit sur fond rouge) cen­sé pou­voir s’ou­vrir d’une main, sans que per­sonne ne s’émeuve de la dis­cri­mi­na­tion que ce­la re­pré­sente pour les bu­veurs va­lides. Et que dire de l’in­con­fort cau­sé par la pré­sence du­dit bou­chon en pé­ri­phé­rie im­mé­diate de la bouche au mo­ment de la gus­ta- tion... Autre obs­tacle à une dis­cus­sion sé­rieuse sur l’eau: le frêle po­ly­éthy­lène d’em­bal­lage qui, s’il est dé­pour­vu de bis­phé­nol A et de phta­lates, im­pose sys­té­ma­ti­que­ment à l’usa- ger une bou­teille bos­se­lée, ca­bos­sée, et le prive du plai­sir d’un com­pac­tage un peu sport sur une bou­teille en pleine forme. Qua­torze ans après, Guy Roux peut dor­mir tran- quille: Cristaline a en­core réus­si à noyer le pois­son.

Quelle soif étan­cher

avec? Celle de Ch­ris­tophe, à force de crier pour qu’elle re­vienne. MONT ROUCOUS 25cl Le pe­tit en­cart d’éti­quette “Con­vient pour l’ali­men- ta­tion des nour­ris­sons” au­rait dû nous mettre la puce à l’oreille. Car s’il faut bien re­con­naître quelques qua­li­tés à ces in­car­na­tions as­sour­dis- santes du Cri de Munch, la sû­re­té de leur palais n’en fait pas par­tie. La pre­mière im­pres­sion était pour­tant bonne, entre un plas­tique trans­lu­cide in­co­lore qui évoque l’époque bé­nie des bou­teilles en verre, et une pa­lette chro­ma­tique de pa­cka­ging à do­mi­nante blanche, sym­bole de la pu­re­té d’une eau qui réus- sit la prouesse d’af­fi­cher un ré­si­du sec de 22mg/l ( !!!! ). Las, Mont Roucous ne passe pas le cut de la dé­gus­ta­tion. Ti­rée vers le bas par son aci­di­té de mu­sique tech­no des nine- ties (un ph de 6, sé­rieuse- ment?) et sa lon­gueur en bouche in­ter­mi­nable, elle réus­sit en outre l’éton­nant ex­ploit de don­ner soif. Une eau à ou­blier. Une eau que l’on conseille­rait à notre pire en­ne­mi(e). Une eau idéale pour les nour- ris­sons, donc.

Quelle soif étan­cher

avec? La soif du déses­poir, au fond d’un dé­sert de plai­sir. CONTREX 50cl C’est un tor­rent de ques- tions qui dé­ferle en nous dès la pre­mière gor­gée: par quel mi­racle le la­bo- ra­toire res­pon­sable de la mo­lé­cule Contrex a-t-il réus­si à pla­cer son pro­duit au rayon eaux minérales? Quelle est donc sa po­so- lo­gie? Est-elle dis­po­nible sans or­don­nance? Car ce conte­nu aqueux, dont l’amer­tume et la lon­gueur en bouche convoquent nos pires sou­ve­nirs de mé­lange d’huile, de foie et de mo­rue, n’est pas de l’eau. Oh certes, il est ai­sé de se lais­ser du­per. Car tout ici évoque l’uni- vers de l’eau mi­né­rale. Une bou­teille élan­cée, jo­li­ment rai­nu­rée, une mise en lu­mière mende- leïe­vienne des mi­né­raux (beau­coup de Ca, un taux de Mg éle­vé), et sur­tout, à l’ar­rière de l’éti­quette, deux ver­ba­tim sans queue ni tête en forme de trompe l’oeil mar­ke­ting: “Vous êtes le genre de na­na qui gère sur tous les fronts. Po­sez- vous la bonne ques­tion, vous ver­rez” et “Votre pe­tite voix in­té­rieure, elle vous dit quoi?” Elle nous dit que c’est bien ten­té, Contrex, mais qu’il faut re­tour­ner à la phar­ma­cie main­te­nant.

Quelle soif étan­cher

avec? Votre soif de vé­ri­té sur les com­plots des la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques. ÉVIAN 1l Un jour, Da­none a cru bon de bap­ti­ser son yaourt bras­sé “Ve­lou­té”. Tout le monde a trou­vé ça nor­mal, per­sonne n’a bron­ché –pas même Évian, qui écla­bous­sait une fois de plus le monde de sa classe lé­gen­daire. Il est pour­tant de no­to­rié­té pu­blique que dans ce monde, le nombre de choses en droit de se ré­cla­mer du qua­li­fi­ca­tif “ve­lou­té” sont au nombre de trois: le pro­fil d’em­ma­nuelle Béart jus­qu’à Nel­ly et Mon­sieur Ar­naud (1995), le tou­cher de Duke El­ling­ton et, donc, l’eau d’évian. Mais n’al­lez pas croire que le ve­lou­té se li­mite ici à la sen­sa­tion our­lée que laisse cet élixir lors­qu’il s’en va glis­ser sous le palais. Le ve­lours est par­tout, de sa co­rolle de mon­tagnes en bas-re­lief sur le haut de la bou­teille à la lar­geur toute bo­té­rienne de sa ver­sion 1L. Comme ces in­ter­rup­teurs dis­crets et de­si­gn que l’on trouve dans les mai­sons de va­cances des gens très riches, Évian rend ser­vice tout en ni­ve­lant vers le haut. Ne bu­vez pas cette eau sim­ple­ment parce que vous avez soif, vous gê­ne­riez tout le monde.

Quelle soif étan­cher

avec? Au­cune. Il y a l’eau du ro­bi­net pour ça.

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