Exile in Aix-en-pro­vence

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR PIERRE-PHI­LIPPE BER­SON, À MAR­SEILLE ET LA ROQUE D’AN­THÉ­RON / PHO­TOS: OLI­VIER METZ­GER POUR SO­CIE­TY

En le ca­chant à Hong Kong et en or­ga­ni­sant sa fuite en Rus­sie, Ro­bert Tib­bo a sans doute sau­vé la vie d’ed­ward Snow­den au mo­ment des ré­vé­la­tions de ce der­nier. Cinq ans plus tard, le voi­là rui­né et ou­blié, en exil dans le Sud de la France.

Sans lui, Ed­ward Snow­den crou­pi­rait pro­ba­ble­ment au fond d’une pri­son amé­ri­caine. Le Ca­na­dien Ro­bert Tib­bo a été le pre­mier avo­cat du lan­ceur d’alerte, ce­lui qui l’a pro­té­gé et dé­fen­du à Hong Kong, en 2013, à la suite de ses ré­vé­la­tions sur l’es­pion­nage à grande échelle de la NSA. Cinq ans plus tard, alors qu’ed­ward Snow­den est tou­jours coin­cé à Mos­cou, lui vit seul, rui­né et pa­ra­no dans une villa du Sud de la France.

La pre­mière ren­contre est fixée de­vant le Mcdo­nald’s de la gare Saint-charles, à Mar­seille. Sous les pal­miers en plas­tique du hall d’ar­ri­vée, par­mi la foule de voya­geurs à cas­quette et san­dales Bir­ken­stock, il sur­git, l’air af­fo­lé. Ro­bert Tib­bo ar­bore la pa­no­plie du par­fait tou­riste nord-amé­ri­cain en go­guette: po­lo trop large, ber­mu­da beige in­forme, chaus­sures de running et chaus­settes re­le­vées. Sur son épaule, un sac à dos qu’il tient comme si sa vie en dé­pen­dait. Ro­bert Tib­bo sa­lue po­li­ment, puis confie qu’il sou­haite sor­tir de la gare, vite. Il cherche un lieu calme, et sûr. La bras­se­rie Le Grand Es­ca­lier, en bas de la cen­taine de marches? Le lieu est trop ex­po­sé, les vitres trop grandes. Le tro­quet L’éco­mo­tive, en face, un ca­fé éco­lo avec des jus de fruits bio et des chaises co­lo­rées? Ro­bert aus­culte la salle du fond, fait un tour sur lui-même et gri­mace: “Pas as­sez tran­quille, je ne le sens pas.” Plus bas sur le bou­le­vard d’athènes, en di­rec­tion de La Ca­ne­bière, il vise

un éta­blis­se­ment sans fe­nêtre, sombre et mi­nus­cule. “C’est par­fait!” se ré­jouit-il tan­dis qu’il prend place dans un re­coin du ca­fé, entre le comp­toir et la porte des toi­lettes. Ro­bert Tib­bo a beau être avo­cat, il a pris des ha­bi­tudes de voyou: il ne tourne ja­mais le dos à la porte d’en­trée. “J’aime sim­ple­ment re­gar­der qui entre”, cor­rige-t-il. Il com­mande un cous­cous, le pre­mier de sa vie. Puis il ouvre son sac à dos, en sort un épais clas­seur rem­pli de fiches en plas­tique trans­pa­rentes dans les­quelles sont clas­sés et or­don­nés des cen­taines de do­cu­ments. Une der­nière bou­chée de se­moule, et voi­là Ro­bert Tib­bo prêt à dé­bal­ler ses se­crets, un oeil sur la porte.

La vie de cet avo­cat ca­na­dien de 56 ans a bas­cu­lé le jour de juin 2013 où on lui a confié un nou­veau client, Ed­ward Snow­den. Le lan­ceur d’alerte est alors à Hong Kong, d’où il vient de ré­vé­ler le plus grand scan­dale d’es­pion­nage de l’his­toire. Son vi­sage s’af­fiche en une des jour­naux. Les ser­vices de ren­sei­gne­ment amé­ri­cains sont à ses trousses. Il risque la pri­son à vie. Wi­kileaks as­sure que des hommes cherchent à l’abattre. Bref, le genre d’exis­tence qui exige d’avoir un bon avo­cat. Ro­bert Tib­bo est jus­te­ment consi­dé­ré comme le meilleur de Hong Kong dans sa spé­cia­li­té, les droits hu­mains et les de­mandes d’asile. Le so­leil se lève à peine sur Lan­tau, l’une des 262 îles que compte Hong Kong, quand le té­lé­phone de l’avo­cat se met à vi­brer sur sa table de nuit. Un ap­pel. Un deuxième. Puis un troi­sième. Quand il dé­croche, il en­tend la voix de Glenn Green­wald. Le jour­na­liste du Guar­dian, qui a pu­blié en pre­mier les ré­vé­la­tions de Snow­den, lui de­mande de l’aide. Tib­bo ac­cepte im­mé­dia­te­ment et saute dans sa vieille Maz­da. Sa pre­mière dé­ci­sion: dé­po­ser une de­mande d’asile au­près du Haut-com­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés. Sa deuxième: ca­cher son client là où per­sonne n’au­ra l’idée d’al­ler le cher­cher, dans des im­meubles in­sa­lubres oc­cu­pés par des sans-pa­piers sri-lan­kais et phi­lip­pins. Après une di­zaine de jours de planque, l’an­cien em­ployé de la NSA par­vien­dra à quit­ter Hong Kong et ré­ap­pa­raî­tra à Mos­cou, où il vit tou­jours. Ro­bert Tib­bo, lui, est res­té dans l’an­cienne co­lo­nie bri­tan­nique, où l’après-snow­den a res­sem­blé à un long tun­nel par­se­mé d’em­merdes. “Je suis noyé sous des re­cours et des conten­tieux lan­cés par les au­to­ri­tés hong­kon­gaises. Elles veulent me faire plier. On me fait payer d’avoir ai­dé Ed­ward Snow­den”, en­rage-t-il, en ex­hi­bant les cour­riers d’at­taques et de me­naces éma­nant du bar­reau de Hong Kong.

“Per­sonne n’est pré­pa­ré à être es­pion­né”

Exas­pé­ré, Ro­bert Tib­bo a dé­ci­dé de prendre le large. En mai der­nier, il a po­sé ses va­lises à La Roque-d’an­thé­ron, pe­tite ville pro­ven­çale de 5 000 ha­bi­tants per­chée sur les hau­teurs d’aix-en-pro­vence. Il re­fuse de com­mu­ni­quer l’adresse exacte et, pour la deuxième ren­contre, pré­fère don­ner ren­dez-vous de­vant la su­pé­rette Spar si­tuée der­rière la mai­rie. Ro­bert Tib­bo oc­cupe une villa per­chée sur une pi­nède do­mi­nant la com­mune. Un ami avo­cat bri­tan­nique lui prête cette de­meure à l’ar­chi­tec­ture rec­ti­ligne ty­pique des an­nées 70. “C’est fan­tas­tique! Il y a de l’es­pace, du so­leil, de la hau­teur sous pla­fond et un grand jar­din, bref tout le contraire de Hong Kong”, ju­bile-t-il. Pour le reste, Ro­bert Tib­bo conserve ses vieilles ha­bi­tudes de sa vie en Asie. Il passe des coups de fil et en­voie des mes­sages de­puis Si­gnal, une ap­pli­ca­tion cryp­tée. Aux vi­si­teurs, il de­mande d’éteindre leur té­lé­phone. Son or­di­na­teur por­table est vo­lon­tai­re­ment ru­di­men­taire: il n’est pas con­nec­té à In­ter­net et ne pos­sède pas de web­cam. Toutes ces pré­cau­tions ré­duisent les risques d’in­tru­sion ou d’es­pion­nage. “Ap­pe­lez ça pa­ra­noïa si vous vou­lez, pour moi ce sont juste des bonnes ha­bi­tudes que tout le monde de­vrait prendre, grince-t-il en ava­lant une gor­gée de Fan­ta rai­sin. Avant les ré­vé­la­tions de Snow­den, per­sonne n’ima­gi­nait le ni­veau de sur­veillance. Mais il faut com­prendre que les au­to­ri­tés sont fas­ci­nées par ce qu’il y a dans nos ap­pa­reils élec­tro­niques. L’an­née der­nière, un de mes clients, té­moin de la fugue de Snow­den, a été ar­rê­té et in­ter­ro­gé par la po­lice. Les au­to­ri­tés étaient in­té­res­sées par une seule chose: les don­nées conte­nues dans son té­lé­phone, quatre ans après les faits! Avec du re­cul, je réa­lise que j’avais sous-es­ti­mé la ma­gni­tude des ré­vé­la­tions. Per­sonne n’est pré­pa­ré à ça, à être sui­vi, es­pion­né.” Au­jourd’hui en­core, Ro­bert Tib­bo s’en­tre­tient deux à trois fois par se­maine avec Ed­ward Snow­den. Sys­té­ma­ti­que­ment, il a re­cours à des lo­gi­ciels cryp­to­gra­phiques, comme le PGP, pour Pret­ty Good Pri­va­cy, qui ga­ran­tit la confi­den­tia­li­té des échanges. Pour Mar­can­dré Se­guin, avo­cat ba­sé à Mon­tréal et par­te­naire de Ro­bert Tib­bo sur plu­sieurs dos­siers, ces modes de com­mu­ni­ca­tion sé­cu­ri­sée sont des im­pé­ra­tifs pro­fes­sion­nels. “Les avo­cats sont te­nus de pro­té­ger le ca­rac­tère pri­vé, confi­den­tiel et pri­vi­lé­gié des échanges avec leurs clients. L’af­faire Snow­den montre que ça peut être com­pro­mis très fa­ci­le­ment. Ce­la peut pa­raître cu­rieux pour cer­tains de prendre au­tant de pré­cau­tions, mais c’est tout sim­ple­ment une obli­ga­tion. La re­cherche de la pré­ven­tion du risque est une dé­for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. C’est sur­pre­nant que les gens soient sur­pris.” Dans le cas de l’af­faire Snow­den, tous les pro­ta­go­nistes, et pas seule­ment les avo­cats, ont pous­sé vers l’ex­trême le cur­seur de la mé­fiance. Glenn Green­wald et Lau­ra Poi­tras, la do­cu­men­ta­riste qui a fil­mé le lan­ceur d’alerte, re­fu­saient de se par­ler dans les taxis, crai­gnant que les chauf­feurs ne soient des agents de ren­sei­gne­ment dé­gui­sés. Au res­tau­rant, ils chan­geaient plu­sieurs fois de table pour éloi­gner les oreilles in­dis­crètes. Tou­jours par sou­ci de dis­cré­tion, Ed­ward Snow­den pla­çait des cous­sins der­rière la porte de sa chambre d’hô­tel. Lors­qu’il ta­pait un mot de passe sur son or­di­na­teur, il se ca­chait sous une cou­ver­ture afin d’échap­per aux ca­mé­ras de sur­veillance. Et dans l’avion qui l’a conduit en Rus­sie, le lan­ceur d’alerte n’a em­por­té avec lui au­cun ap­pa­reil élec­tro­nique, pas même une clé USB, de peur que l’avion ne soit dé­tour­né par des puis­sances étran­gères dé­si­reuses de mettre la main sur des do­cu­ments confi­den­tiels. Pour­tant, mal­gré sa mé­fiance pour les modes de com­mu­ni­ca­tion mo­derne, Ro­bert Tib­bo est bien obli­gé de les uti­li­ser. Ce sont ses ou­tils de tra­vail. De­puis sa re­traite pro­ven­çale, il conti­nue d’exer­cer son mé­tier d’avo­cat au bar­reau de Hong Kong. Il traite en prio­ri­té ses dos­siers ur­gents, comme ceux des de­man­deurs d’asile qui ont ai­dé Ed­ward Snow­den du­rant sa ca­vale. Par­mi eux, Va­nes­sa Ro­del, une an­cienne femme de mé­nage ori­gi­naire des Phi­lip­pines. Vic­time elle aus­si des me­sures de ré­tor­sion du gou­ver­ne­ment hong­kon­gais, elle se trouve pri­vée d’aides so­ciales, sans moyen de sub­sis­tance et en ins­tance d’ex­pul­sion vers son pays na­tal. “Pour moi, M. Tib­bo, c’est Su­per­man, dit-elle. Je n’ai plus un cen­time, alors que j’ai be­soin d’ar­gent pour ma nour­ri­ture, mon loyer et l’école de ma fille. Mais M. Tib­bo trouve tou­jours une so­lu­tion. Sans lui, je se­rais à la rue. C’est un des rares êtres hu­mains en qui j’ai confiance.” Pour ré­col­ter des fonds des­ti­nés à ses clients, Ro­bert Tib­bo a lan­cé une cam­pagne sur Go­fundme. Bap­ti­sée “Snow­den’s Guar­dian An­gels”. Cette ini­tia­tive de­vrait avoir une dé­cli­nai­son fran­çaise dans les se­maines à ve­nir.

“Je pour­rais me faire ar­rê­ter si je met­tais un pied sur le sol amé­ri­cain. Je vous rap­pelle que Trump a twee­té que M. Snow­den de­vrait être exé­cu­té”

Pour­quoi avoir choi­si la France? Un mé­lange de stra­té­gie et de choix par dé­faut. D’abord, on lui prê­tait cette mai­son. Et puis Ro­bert

À 56 ans, Ro­bert Tib­bo n’a plus de carte bleue. Il ne peut pas louer de voi­ture, ré­ser­ver une chambre d’hô­tel ou prendre de billet d’avion. Quand il fait ses courses au Car­re­four, il règle tout en li­quide

Tib­bo cher­chait un point de chute en Eu­rope pour se rap­pro­cher de son plus célèbre client. Le Vieux Conti­nent reste une terre re­la­ti­ve­ment ac­cueillante pour les lan­ceurs d’alerte et leurs proches. Une par­tie de l’opi­nion pu­blique est à l’écoute, at­ten­tive aux ana­lyses du tan­dem Snow­den-tib­bo. En­semble, ils donnent des confé­rences dans des uni­ver­si­tés ou lors de col­loques en Al­le­magne, en Au­triche et en An­gle­terre. L’avo­cat in­ter­vient sur scène, le lan­ceur d’alerte à dis­tance, par web­cam in­ter­po­sée. “L’eu­rope est la par­tie du monde la moins hos­tile, po­li­ti­que­ment par­lant, re­con­naî­til. Alors qu’il m’est im­pos­sible d’al­ler aux États-unis. De­puis Trump, tout peut ar­ri­ver. Je vous rap­pelle que Trump a twee­té que M. Snow­den de­vrait être exé­cu­té. Je pour­rais me faire ar­rê­ter si je met­tais un pied sur le sol amé­ri­cain.”

“Édouard qui?”

Ro­bert Tib­bo a en­ga­gé avec Hong Kong un bras de fer fi­nan­cier. L’avo­cat ré­clame quatre mil­lions de dol­lars hong­kon­gais, soit 438 mil­lions d’eu­ros, au sys­tème ju­di­ciaire de la ci­té-état asia­tique. Comme tous les dé­fen­seurs de de­man­deurs d’asile, il est ré­tri­bué par les au­to­ri­tés. Sorte de com­mis d’of­fice, il est sou­mis au bon-vou­loir du pou­voir en place. “Sauf qu’ils ne règlent pas leurs dettes, ac­cuse-t-il. Ça aus­si, c’est une me­sure de ré­tor­sion pour me faire payer mon sou­tien à M. Snow­den.” Son tra­vail sur le dos­sier du lan­ceur d’alerte ne lui a pas rap­por­té un cen­time. Il a dé­fen­du Ed­ward Snow­den “pro bo­no”, une for­mule la­tine qui si­gni­fie “pour le bien pu­blic”, au­tre­ment dit gra­tui­te­ment.

Ce fai­sant, il donne l’im­pres­sion d’avoir été le seul, par­mi les étran­gers qui ont ai­dé Snow­den, à ne pas avoir ti­ré pro­fit de son com­bat. De­puis 2013, Glenn Green­wald a ob­te­nu le prix Pu­lit­zer, a écrit un best-sel­ler et s’est vu confier 250 mil­lions de dol­lars par Pierre Omi­dyar, le pa­tron d’ebay, pour le lan­ce­ment d’un site in­ter­net d’in­for­ma­tion, The In­ter­cept. Lau­ra Poi­tras, qui par­ti­cipe aus­si à The In­ter­cept, a rem­por­té l’os­car du meilleur do­cu­men­taire avec Ci­ti­zen­four, le film qu’elle ti­ré de l’af­faire Snow­den. Ro­bert Tib­bo, lui, se re­trouve dans une si­tua­tion fi­nan­cière dé­li­cate. Sans sa­laire de­puis deux ans, il n’a plus de carte bleue. Il ne peut pas louer de voi­ture, ré­ser­ver une chambre d’hô­tel ou prendre de billet d’avion. Quand il fait ses courses au su­per­mar­ché Car­re­four le plus proche, dans la com­mune de Per­tuis, il règle tout en li­quide. “C’est im­pos­sible de trou­ver du bon beurre de ca­ca­huète, ob­serve-t-il. À part ça, les pro­duits sont ex­cel­lents.” Ses loi­sirs sont rares. À peine quelques sor­ties cy­clisme. Son vé­lo Can­non­dale trône dans un coin du bu­reau. Dans l’en­trée, ses chaus­sures de cy­clisme et son casque jaune fluo pa­tientent avant la pro­chaine es­ca­pade sur les routes du Lu­be­ron. Dans la ré­gion, il ne connaît per­sonne ou presque. Ses voi­sins ne parlent pas l’an­glais. Les seuls an­glo­phones qu’il cô­toie sont de riches Bri­tan­niques pro­prié­taires de ré­si­dences se­con­daires. Comme ce réa­li­sa­teur de té­lé­vi­sion qui l’a in­vi­té à dî­ner un soir de grande cha­leur. L’été pro­ven­çal lui a d’ailleurs po­sé pro­blème quand il a dû en­voyer en ur­gence à Hong Kong des do­cu­ments pour la dé­fense d’un client en ins­tance d’ex­pul­sion. Ce jour d’août, Ro­bert Tib­bo court chez le no­taire de La Roque-d’an­thé­ron pour faire cer­ti­fier un cour­rier. Pro­blème: l’of­fice no­ta­rial ferme à 17h, les connexions in­ter­net ne fonc­tionnent pas et per­sonne ne parle l’an­glais. Ro­bert Tib­bo par­vient tant bien que mal à faire com­prendre l’ur­gence de la si­tua­tion. Il pense ac­cé­lé­rer le mou­ve­ment en di­sant qu’il est l’avo­cat d’ed­ward Snow­den. “Édouard qui?” de­mande la se­cré­taire. Elle n’a ja­mais en­ten­du par­ler du lan­ceur d’alerte. Ro­bert Tib­bo hausse les épaules. Il n’a pas choi­si son tra­vail pour la gloire. La dé­fense des de­man­deurs d’asile est une pra­tique ar­due, émo­tion­nel­le­ment éprou­vante et peu ré­mu­né­ra­trice, mais elle est en adé­qua­tion avec ses convic­tions per­son­nelles, dit-il. Né à Mon­tréal, l’avo­cat a gran­di dans la mi­no­ri­té an­glo­phone de la plus grande ville fran­co­phone du Qué­bec. “Ce­la m’a en­sei­gné les bien­faits du mul­ti­cul­tu­ra­lisme, la né­ces­si­té de re­dis­tri­buer équi­ta­ble­ment les ri­chesses, ex­plique-t-il. Gran­dir au Ca­na­da en­seigne la to­lé­rance et donne le goût de l’en­ga­ge­ment. Vu le cli­mat en hi­ver, on fait gaffe à son voi­sin, on est at­ten­tif au sort d’au­trui.” Ed­ward Snow­den, la source de ses en­nuis, ne lui pro­cure au­cune amer­tume non plus. “Si je ne l’avais pas dé­fen­du, je conti­nue­rais mes af­faires à Hong Kong, je n’au­rais au­cun pro­blème fi­nan­cier. Mais je n’ai au­cun re­gret. J’ai dé­fen­du le plus grand lan­ceur d’alerte de la pla­nète. C’était mon bou­lot. Si c’était à re­faire, je le re­fe­rais, sans hé­si­ter.”

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