Mi­neurs étran­gers en dan­ger à Mar­seille

Ce­la se passe à Mar­seille, au­jourd’hui. Alors que la loi oblige les au­to­ri­tés à mettre à l’abri les mi­neurs étran­gers, des di­zaines d’entre eux errent dans la ville, igno­rés par les pou­voirs lo­caux, à la mer­ci de tous les dan­gers. Et rien n’in­dique que la

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR JOA­CHIM BAR­BIER ET HÉ­LÈNE GRIFF, À MAR­SEILLE PHO­TOS: YOHANNE LAMOULÈRE POUR SO­CIE­TY

Alors que la loi oblige les au­to­ri­tés à mettre à l’abri les mi­neurs étran­gers, des di­zaines d’entre eux errent ac­tuel­le­ment dans Mar­seille, igno­rés par les pou­voirs lo­caux. Re­por­tage à leurs cô­tés.

Ils y re­viennent mé­ca­ni­que­ment, comme on re­vient à la source pour boire. Même quand ils ne sont pas à la rue. Parce que c’est là que ceux qui y sont en­core passent le plus clair de leur temps. Au­tour de la sta­tion de re­charge de bat­te­ries du hall de la gare Saint-charles. Le lieu où l’on est sûr de re­trou­ver un com­pa­triote, un col­lègue des mois d’er­rance à tra­vers l’eu­rope, par­fois des connais­sances des se­maines ou des mois à at­tendre le zo­diac en par­tance des côtes li­byennes. Ce soir de dé­but sep­tembre, ils sont deux jeunes Ma­liens, fraî­che­ment ar­ri­vés de Vin­ti­mille. L’un d’eux porte une chaîne imi­ta­tion or, une montre plus large que le poi­gnet. À ses pieds, un sac à dos dans le­quel il a ran­gé son por­table. Il a vou­lu don­ner des gages de ri­chesse et de res­pec­ta­bi­li­té, peut-être pour ne pas éveiller les soup­çons des doua­niers à la fron­tière ita­lienne. Un peu plus loin, dans la salle d’at­tente, un jeune Gam­bien tente de rat­tra­per des heures de som­meil la tête ap­puyée sur un coin de table. De toute fa­çon, ils ne dorment ja­mais très loin de la gare SNCF de Mar­seille, une fois que l’heure de fer­me­ture a pous­sé tout le monde de­hors. En bas des 104 marches em­blé­ma­tiques du lieu, un tas d’or­dures lais­sées sur la pe­louse fait le bon­heur d’une bonne dou­zaine de rats. Mais pas seule­ment. “On res­tait là de­vant parce qu’on fai­sait les pou­belles pour man­ger et qu’on avait trop faim. Et aus­si parce qu’on avait peur de se faire at­ta­quer et qu’on ne sa­vait pas où al­ler”, se rap­pelle Adam, qui a, de­puis, trou­vé un hé­ber­ge­ment chez un bé­né­vole d’el Man­ba, un col­lec­tif de sou­tien aux mi­grants. Dans le par­king de la gare, entre deux voi­tures, des car­tons sont po­sés à même le sol. La lu­mière bla­farde des néons, le cris­se­ment des pneus, l’odeur d’essence et de gou­dron. C’est dans ce dé­cor qu’un jeune fait sa toi­lette de­vant le ré­tro­vi­seur d’une voi­ture. À ses cô­tés, Alas­sane: “Comme je ne connais­sais rien, on m’a mon­tré la gare et on m’a dit que c’était ici que dor­maient les mi­grants, donc moi j’ai trou­vé ça nor­mal.” Il y dort de­puis le 5 août. La nuit, dans le par­king, “les rats te montent des­sus, pour­suit le jeune Gui­néen de 16 ans. On dort à cô­té d’adultes sans pa­piers mais ils nous font peur. Dès qu’ils nous voient sor­tir un té­lé­phone, ils viennent pour nous le vo­ler. Alors on cache tout. Il y a quatre jours, mon ami avec qui je dor­mais ici s’est fait at­ta­quer au cou­teau pour son té­lé­phone. Il a été bles­sé au ventre, ils l’ont em­me­né à l’hô­pi­tal et, de­puis, je dors seul ici.”

Le phé­no­mène est dif­fi­cile à chif­frer. Ils se­raient une cin­quan­taine de très jeunes étran­gers à sur­vivre ac­tuel­le­ment au­tour de la gare mar­seillaise et de quelques en­droits dis­sé­mi­nés

au gré des per­ma­nences des as­so­cia­tions et des gui­chets d’ac­com­pa­gne­ment des mi­neurs. Is­sus pour la plu­part de l’afrique de l’ouest fran­co­phone: Gui­née Co­na­kry, Côte d’ivoire, Ma­li, Bur­ki­na Fa­so, Sé­né­gal. Plus quelques an­glo­phones et d’autres jeunes ve­nant d’af­gha­nis­tan ou du Ban­gla­desh. Une si­tua­tion “in­édite car dans les autres villes, les ga­mins dé­cla­rés mi­neurs par une OPP (or­don­nance de pla­ce­ment pro­vi­soire, ndlr) sont mis à l’abri comme le veut la loi ; mais à Mar­seille, non”, s’in­digne l’avo­cate Fré­dé­rique Char­tier. “C’est une vraie mal­trai­tance de la part du con­seil dé­par­te­men­tal qui re­fuse de dé­blo­quer de l’ar­gent pour mettre à l’abri les mi­neurs et les laisse sciem­ment en grand dan­ger”, confirme Anne Gau­tier, mi­li­tante d’el Man­ba et de RESF (Ré­seau édu­ca­tion sans fron­tières). An­dy est gha­néen. Il a 14 ans et un pe­tit sac à dos avec toute sa vie de­dans. Un short, un maillot de foot, une paire de cla­quettes et une ser­viette de bain. De­puis dé­but août, lui et d’autres mi­neurs étran­gers passent leurs nuits sur un ta­lus de terre et d’ar­bustes re­cou­vert de dé­tri­tus sous un pont de l’au­to­route A7, le long du bou­le­vard Na­tio­nal, dans le IIIE ar­ron­dis­se­ment. Le quar­tier est connu pour être le plus pauvre d’eu­rope. “On se serre les uns contre les autres. Pas trop loin de la rue parce qu’on a peur qu’il nous ar­rive quelque chose.” En cette fin d’été, ils ont dé­jà froid. Le mis­tral et le bruit in­ces­sant du tra­fic au-des­sus de leurs têtes rendent le som­meil im­pos­sible. Aux cô­tés d’an­dy, Max­well, un com­pa­triote un peu plus âgé. Ils ont lié leur des­tin d’an­glo­phones perdus dans les méandres des pro­cé­dures né­ces­saires pour pou­voir bé­né­fi­cier d’une mise à l’abri. “On re­con­naît les mi­neurs parce qu’ils sont to­ta­le­ment dé­sem­pa­rés. Ils peuvent res­ter des mois près de la gare parce qu’ils ne savent pas s’orien­ter, ne connaissent pas les dis­tri­bu­tions ali­men­taires, les abris de jour. Beau­coup ne savent pas lire, comment vou­lez-vous qu’ils trouvent une adresse?” dé­plore une autre mi­li­tante d’el Man­ba. An­dy et Max­well ont dor­mi sous ce pont pen­dant des se­maines parce qu’ils ont tout de même eu connais­sance de l’adresse de l’ad­dap13, une as­so­cia­tion spé­cia­li­sée dans la pré­ven­tion, toute proche. C’est là qu’ils doivent ve­nir poin­ter trois fois par se­maine en es­pé­rant une presque im­pos­sible prise en charge. Mais pour la plu­part des mi­neurs étran­gers, l’as­so­cia­tion de pré­ven­tion res­semble sur­tout au gui­chet des es­poirs dé­çus. “Ils disent que ça va al­ler, nous pro­mettent quelque chose pour le mois pro­chain mais rien n’ar­rive. On conti­nue à dor­mir de­hors. Le temps passe et c’est tou­jours pa­reil: nom, pré­nom. J’ai eu l’es­poir qu’ils me prennent en charge mais au bout d’un mois, je me suis dé­cou­ra­gé et j’ai ar­rê­té de m’y rendre”, té­moigne Alas­sane.

“J’ai peur pour cer­tains jeunes”

Cer­tains tentent leur chance dans d’autres dé­par­te­ments, où les au­to­ri­tés “s’ar­rangent avec la loi et leurs de­voirs en réa­li­sant des tests os­seux de la main et du poi­gnet pour dé­ter­mi­ner s’ils sont mi­neurs ou ma­jeurs”, es­time une mi­li­tante d’el Man­ba. La fia­bi­li­té de la mé­thode, tes­tée dans les an­nées 60 sur des

en­fants amé­ri­cains, en bonne san­té, de Cle­ve­land, d’ori­gine nord-eu­ro­péenne, de ni­veau so­cial su­pé­rieur à la moyenne, est évi­dem­ment re­mise en ques­tion. On éva­lue la marge d’er­reur à trois ans. Pire, le test, qui de­vait ser­vir d’ultime re­cours pour dé­ter­mi­ner l’âge des mi­grants mi­neurs sans pa­piers, est dé­sor­mais pra­ti­qué au­to­ma­ti­que­ment pour jus­ti­fier une “dé­mi­no­ri­sa­tion” des en­fants. À 14 ans, avec un ex­trait de nais­sance dans son sac, An­dy n’est pas sous la me­nace des ré­sul­tats de ces tests contes­tés. Il pour­suit sa vie d’er­rance. Il a quit­té le Gha­na avec un ami de sa mère. Ils ont tra­ver­sé en­semble le Bur­ki­na Fa­so, le Ni­ger et la Li­bye en es­pé­rant une tra­ver­sée pour l’ita­lie. Fi­na­le­ment, di­rec­tion le Ma­roc, jus­qu’à Na­dor. Il a “tou­jours vou­lu al­ler en France”. De ce pays, il ne connaît que deux villes, grâce au foot­ball, Mar­seille et Mo­na­co. On lui ex­plique que “Mo­na­co, ce n’est pas vrai­ment la France”, alors il saute dans un train pour Mar­seille. C’est là qu’il a ren­con­tré Max­well. Le­quel est moins di­sert sur son par­cours. Il con­cède avoir per­du sa mère dans la tra­ver­sée de la Mé­di­ter­ra­née. Fré­dé­rique Char­tier, qui as­siste un cer­tain nombre de mi­neurs, pointe la dé­tresse psy­cho­lo­gique qui les touche quand ils ar­rivent. “Ils vivent des trau­ma­tismes qui viennent s’ajou­ter à leur his­toire dé­jà dra­ma­tique. J’ai peur pour cer­tains jeunes que je sens ex­trê­me­ment fra­giles, peur qu’ils soient en­le­vés par des ré­seaux de pros­ti­tu­tion et de drogue. Leur si­tua­tion de vul­né­ra­bi­li­té est ter­rible.” Faute de prise en charge, le con­seil dé­par­te­men­tal bri­cole des so­lu­tions à court terme. Par exemple en hé­ber­geant pour quelques nuits les mi­neurs dans des hô­tels bon mar­ché de la ville. Une si­tua­tion pro­vi­soire qui dure pour cer­tains, comme Paul, jeune Ivoi­rien qui loge dans un éta­blis­se­ment du centre

“La nuit, les rats te montent des­sus. Et il y a quatre jours, mon ami avec qui je dor­mais ici s’est fait at­ta­quer au cou­teau pour son té­lé­phone. Ils l’ont em­me­né à l’hô­pi­tal et de­puis je dors seul ici” Alas­sane, 16 ans

de Mar­seille de­puis huit mois. Après avoir ob­te­nu son OPP qui va­lide son sta­tut de mi­neur à Auch en no­vembre der­nier, il est “en­voyé” à Mar­seille par la cel­lule de ré­orien­ta­tion na­tio­nale. Il se rap­pelle: “On était quatre jeunes et il n’y avait per­sonne pour nous ac­cueillir à la gare. Nor­ma­le­ment, un édu­ca­teur doit ve­nir nous cher­cher. On est donc al­lés voir la po­lice. Les po­li­ciers nous ont lais­sés nous as­seoir sur les bancs de l’ac­cueil, mais on n’avait pas le droit de s’al­lon­ger et on de­vait par­tir le ma­tin. Tous les jours, à 5h, ils nous fai­saient sor­tir du com­mis­sa­riat de Noailles.” Son avo­cat com­mis d’of­fice lance un ré­fé­ré-li­ber­té –per­met­tant d’ob­te­nir du juge toutes me­sures né­ces­saires à la sau­ve­garde d’une li­ber­té fon­da­men­tale– pour obli­ger le con­seil dé­par­te­men­tal à lui trou­ver un lo­ge­ment, foyer d’ur­gence ou hô­tel, comme l’oblige la loi. “À par­tir de dé­cembre, on a pu dor­mir dans un hô­tel. Au dé­but, c’était trois jours et on nous fai­sait sor­tir. Ils di­saient qu’il n’y avait pas de sous dans les bud­gets.” Un trai­te­ment et une pré­ca­ri­té qui per­durent puisque comme le dit Paul, “en­core au­jourd’hui, deux se sont fait je­ter d’un autre hô­tel”.

Ada­ma, un Ma­lien de 15 ans, a ten­té il y a un mois et de­mi de se sui­ci­der en se je­tant du qua­trième étage d’un hô­tel du cours Bel­sunce où il était lo­gé. Il était 10h et son corps s’est en­cas­tré dans le bi­tume de l’une des ar­tères prin­ci­pales du centre de Mar­seille, sous les yeux des gens en ter­rasse. Paul était en train de pe­tit-dé­jeu­ner quelques mètres plus loin. “Ada­ma est ar­ri­vé après nous, re­late-t-il. Il est ve­nu me trou­ver. C’est un bon gars mais il ne par­lait pas très bien le fran­çais, peut-être qu’il se sen­tait plus iso­lé. Il avait tel­le­ment de sou­cis… Il n’ar­ri­vait peut-être pas à les ou­blier. En fait, les mêmes que nous tous mais tout le monde n’a pas le même es­prit face aux dif­fi­cul­tés. On y pense tout le temps.” Quelques jours plus tard, Paul et ceux qui connaissent Ada­ma se rendent au siège du con­seil dé­par­te­men­tal pour ob­te­nir des in­for­ma­tions sur son

une mi­li­tante d’el Man­ba

état de san­té. Ils sont re­çus par les forces de l’ordre. Bous­cu­lade avec les ados à cran, fi­na­le­ment dis­per­sés à coups de gaz la­cry­mo­gène. Au­jourd’hui, à la ré­cep­tion de l’hô­tel, un em­ployé, peu ba­vard sur le drame, croit sa­voir que l’en­fant s’en est plu­tôt bien ti­ré et suit ac­tuel­le­ment un pro­ces­sus de ré­édu­ca­tion dans un hô­pi­tal mar­seillais. Un mi­racle. Ada­ma n’avait pas d’école, ne voyait qua­si­ment ja­mais d’édu­ca­teurs, ne bé­né­fi­ciait d’au­cun sou­tien psy­cho­lo­gique. Après sa ten­ta­tive de sui­cide, au­cun sui­vi n’a été mis en place pour ceux qui ont as­sis­té au drame et vi­vaient dans le même hô­tel. “C’est nous qui avons or­ga­ni­sé une prise en charge psy­cho­lo­gique pro­fes­sion­nelle des ga­mins, sou­ligne Anne Gau­tier, d’el Man­ba. C’est aus­si notre col­lec­tif qui ins­crit les en­fants au test de fran­çais pour pou­voir dé­ter­mi­ner leur ni­veau. Sans ce test, ils res­tent des mois sans al­ler à l’école et cer­tains se font sor­tir à 18 ans et un jour sans di­plôme et sans pa­piers.” “On a du mal à res­ter de glace de­vant ces pauvres jeunes, sou­pire l’avo­cate Fré­dé­rique Char­tier. J’en ai pla­cé un chez une belle-soeur pour dé­pan­ner, ça nous ar­rive de leur ache­ter un sand­wich, ils sont sou­vent de­vant notre porte, n’ayant per­sonne à qui de­man­der de l’aide.” Comme Adam, res­té quinze jours sans sor­tir de sa chambre jus­qu’à ce que son avo­cate lui donne une paire de bas­kets. Ou Ro­hul­lah, Pa­kis­ta­nais de 16 ans qui al­lait voir son avo­cat quand il avait faim. “J’ai fait cinq mois ici”, ra­conte-t-il de­vant le chan­tier de la porte d’aix, à quelques cen­taines de mètres de la gare Saintc­harles. Un ter­rain vague ou­vert en at­ten­dant la ré­ha­bi­li­ta­tion com­plète du quar­tier, où squattent beau­coup de mi­grants adultes sur des ma­te­las puants et au mi­lieu des or­dures. C’est là qu’une nuit, il s’est fait vo­ler son té­lé­phone et son ar­gent par trois hommes ar­més d’un cou­teau. L’épi­sode l’a au­tant mar­qué que le pas­sage de la fron­tière entre la Tur­quie et la Bul­ga­rie, où des ran­çon­neurs lui ont ar­ra­ché les ongles de chaque doigt parce qu’il re­fu­sait de don­ner les maigres biens avec les­quels il voya­geait.

Une vio­lence quo­ti­dienne confir­mée par Mar­tine*, membre du col­lec­tif Mi­neurs iso­lés étran­gers (MIE) à Mar­seille: “Il y a un mois, un mi­neur étran­ger a été poi­gnar­dé par un dea­ler dans un lo­cal où sont ac­cueillis les jeunes, sous pré­texte qu’il avait re­gar­dé sa co­pine. À sa sor­tie de l’hô­pi­tal, il a fal­lu faire pres­sion avec les as­sis­tantes so­ciales pour qu’il soit en­fin pla­cé dans un hô­tel.”

Sor­tir de l’enfer

Ro­hul­lah est au­jourd’hui sor­ti de l’enfer de la rue. Il a été ac­cueilli par Christine, qui l’hé­berge dans sa mai­son sur la côte près de la ci­té pho­céenne. “J’en avais marre de pleu­rer à tous les ga­las de cha­ri­té de SOS Mé­di­ter­ra­née sans vrai­ment sa­voir quoi faire. J’ai une amie qui aide les pe­tits qui dorment à la gare et qui m’a dit: ‘Si tu veux en hé­ber­ger, ce n’est pas ce qui manque.’ C’est comme ça que l’aven­ture a com­men­cé. Il y a des mo­ments dif­fi­ciles, no­tam­ment quand il ra­conte la mort de son père, tué dans un at­ten­tat à la bombe au Pa­kis­tan. Mais si je pou­vais, j’ai­me­rais pou­voir de­ve­nir of­fi­ciel­le­ment sa fa­mille d’ac­cueil.” Sans l’im­pli­ca­tion des bé­né­voles qui mi­litent au sein des col­lec­tifs et des as­so­cia­tions d’aide aux mi­grants ou des simples ci­toyens sen­si­bi­li­sés à leur sort, la si­tua­tion se­rait en­core plus dra­ma­tique. Face à l’in­ac­tion du con­seil dé­par­te­men­tal, les avo­cats dé­posent des ré­fé­rés-li­ber­té de­vant le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif. “Nous de­man­dons une mise à l’abri im­mé­diate car il y a mise en dan­ger, consi­dère Fré­dé­rique Char­tier. Le con­seil est gé­né­ra­le­ment condam­né à payer des as­treintes, entre 100 et 200 eu­ros par jour de re­tard. Même si les juges sont plu­tôt bien­veillants avec le con­seil dé­par­te­men­tal et lui laissent trois se­maines pour payer, je suis ar­ri­vée à faire li­qui­der une as­treinte de 20 000 eu­ros pour un jeune.” Anaïs Leon­hardt, avo­cate dans le même ca­bi­net, constate: “Le dé­par­te­ment cu­mule plus de 100 000 eu­ros d’as­treinte à payer pour dé­faut de mise à l’abri. La preuve qu’il pré­fère payer que de s’en oc­cu­per. Sans comp­ter le dé­faut de prise en charge édu­ca­tive et psy­cho­lo­gique, l’ab­sence d’ar­gent de poche et de vê­te­ments.” “Ils se font condam­ner en pen­sant qu’ils ne vont pas de­voir payer, comme s’ils se consi­dé­raient au-des­sus des lois”, pour­suit Fré­dé­rique Char­tier.

En at­ten­dant, les mi­neurs conti­nuent de se gref­fer à la gare Saint-charles et ses abords. Du temps où il était à l’école, Ma­ma­dou, jeune Bur­ki­na­bé, ai­mait l’his­toire, la géo­gra­phie et le fran­çais. Mar­seille était écrit en gros sur la carte de France et ce nom lui plai­sait. Quand ses pa­rents dé­cèdent et qu’il quitte l’école, il re­fuse de tra­vailler pour les autres dans les champs. Il monte dans le car d’un ami qui l’em­mène jus­qu’à Aga­dez, au Ni­ger. Là, on lui pro­met un tra­vail en Li­bye qui pour­rait lui payer sa tra­ver­sée. Fi­na­le­ment, les pas­seurs le vendent aux re­belles. “J’ai été frap­pé et fouet­té chaque ma­tin pen­dant quatre mois, dans le froid, sans man­ger, sans boire parce que je ne pou­vais pas payer la somme qu’on me de­man­dait”, ra­conte-t-il au­jourd’hui. Il s’en­fui­ra une pre­mière fois, se­ra rat­tra­pé, se­ra ven­du trois fois en tout. Puis la fuite en­core, et l’ar­ri­vée “au bord” pour prendre le ba­teau pour l’ita­lie. Ca­tane, le camp des mi­neurs, mais tou­jours l’en­vie de ve­nir à Mar­seille. Quand il ar­rive, on le pré­vient: “Ici, tu vas souf­frir.” “Mais avec tout ce que j’avais vé­cu en Li­bye, je me suis dit que je souf­fri­rais moins.” Il dort alors dans les grands es­ca­liers de Saintc­harles. “En fait, tu passes la nuit les yeux ou­verts parce que tu re­passes tout ce que tu as vé­cu là-bas.” Ma­ma­dou ne pen­sait pas qu’en France, il dor­mi­rait de­hors. Au­jourd’hui, son rêve, c’est

ANS.”•TOUS de re­tour­ner à l’école. “Parce que je n’ai que 16

“Le dé­par­te­ment cu­mule plus de 100 000 eu­ros d’as­treinte à payer pour dé­faut de mise à l’abri. La preuve qu’ils pré­fèrent payer que de s’en oc­cu­per” Anaïs Leon­hardt, avo­cate

Ro­hul­lah, Porte d’aix.

An­dy, qui a trou­vé re­fuge sous le pont de l’a7, bou­le­vard Na­tio­nal.

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