“La mon­tée du po­pu­lisme est liée à l’âge”

Il exis­te­rait un “po­pu­lisme des retraités”? C’est ce qu’ex­plique l’uni­ver­si­taire ita­lien Edoar­do Cam­pa­nel­la, pour qui dé­mo­gra­phie et po­li­tique sont liées.

Society (France) - - RÉACS - – GRÉ­GOIRE BELHOSTE / PHO­TO: LOUIS CANADAS POUR SO­CIE­TY

Peut-on ex­pli­quer le vote po­pu­liste par le prisme de l’âge? Oui, la mon­tée du po­pu­lisme de droite est liée à l’âge. À part en France, où Ma­rine Le Pen a ob­te­nu beau­coup de votes des jeunes, dans les dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales, les par­tis po­pu­listes de droite sont gé­né­ra­le­ment sou­te­nus par les plus âgés. Je veux par­ler ici des retraités, mais aus­si de ceux qui ont, di­sons, 45 ou 50 ans. Ce­la a été le cas aux États-unis avec l’élec­tion de Do­nald Trump, mais aus­si au Royaume-uni avec le ré­fé­ren­dum sur le Brexit, en Po­logne et en Hon­grie. Mon ex­pli­ca­tion est que les plus vieux res­sentent un sen­ti­ment gran­dis­sant d’in­sé­cu­ri­té face aux chan­ge­ments cau­sés par la mon­dia­li­sa­tion, l’im­mi­gra­tion, la technologie, etc.

Com­ment ex­pli­quer ce sen­ti­ment

d’in­sé­cu­ri­té? Pour un(e) em­ployé(e) qui a at­teint la cin­quan­taine, ce­la de­vient de plus en plus dif­fi­cile de gar­der un lien fort avec son tra­vail. Il existe un risque de mar­gi­na­li­sa­tion. Gé­né­ra­le­ment, ces tra­vailleurs plus âgés sont aus­si em­ployés dans des in­dus­tries en dé­clin, plus vul­né­rables face à la mon­dia­li­sa­tion mais aus­si au pro­grès tech­no­lo­gique. La fa­çon dont l’éco­no­mie évo­lue leur fait perdre de l’in­fluence. Voi­ci l’une des clés, je crois, pour com­prendre la mon­tée du po­pu­lisme: d’un cô­té, l’in­fluence éco­no­mique des plus âgés dé­cline ; de l’autre, leur pou­voir po­li­tique aug­mente, du fait du pro­ces­sus de vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion. Il y a plus de per­sonnes âgées que par le pas­sé, et celles-ci de­mandent plus de sé­cu­ri­té.

Vous dites que les hommes po­li­tiques qui les flattent usent d’une ‘rhé­to­rique de la nos­tal­gie’. Oui. L’AFD, en Al­le­magne, et la Ligue, en Ita­lie, ai­me­raient idéa­le­ment re­tour­ner à une époque où ni l’eu­ro ni l’es­pace Schen­gen n’exis­taient. Aux États-unis, toute l’idée der­rière ‘Make Ame­ri­ca Great Again’ –et son slo­gan même– sym­bo­lise un symp­tôme de nos­tal­gie. Le cas le plus in­té­res­sant est ce­lui du Brexit. Les plus mo­dé­rés de ses par­ti­sans vou­draient re­ve­nir au dé­but des an­nées 70, quand le Royau­meu­ni n’avait pas en­core re­joint l’eu­rope. Les plus ex­trêmes, comme Bo­ris John­son, sou­hai­te­raient pro­ba­ble­ment res­tau­rer l’em­pire bri­tan­nique. Bien sûr, ils idéa­lisent ce pas­sé en fil­trant tous les as­pects né­ga­tifs. Trump, par exemple, vou­drait re­ve­nir dans les an­nées 50, une époque où, se­lon lui, les États-unis étaient alors au som­met de leur in­fluence –alors qu’en fait, le pays est de­ve­nu hé­gé­mo­nique après la fin de la guerre froide.

Com­ment lut­ter contre le ‘po­pu­lisme des retraités’? Dans une cer­taine me­sure, plus de ré­gu­la­tion ou des po­li­tiques de pro­tec­tion­nisme pour­raient ai­der à domp­ter cette ‘dis­rup­tion’. Plu­tôt que de sim­ple­ment les pro­té­ger, les po­li­tiques de­vraient aus­si don­ner les moyens aux an­ciennes gé­né­ra­tions de se prendre en charge, afin qu’elles soient en me­sure de sur­vivre dans un mar­ché plus dy­na­mique. Dans le cas de l’im­mi­gra­tion, les gou­ver­ne­ments de­vraient adop­ter des po­li­tiques qui per­mettent aux ré­si­dents de se connec­ter avec les étran­gers, plu­tôt que de ca­ta­pul­ter ces der­niers dans des po­pu­la­tions lo­cales sans prendre le soin de les in­té­grer. En tout cas, le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion est ir­ré­ver­sible, il faut donc agir.

Ha­bi­tant de Clac­ton-on-sea, dans le Sud-est de l’an­gle­terre, pre­mière ville bri­tan­nique à avoir élu un dé­pu­té is­su du par­ti po­pu­liste UKIP.

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