Vincent La­coste

Society (France) - - SOMMAIRE - •TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR RC ET CAL

Comment sur­vivre aux Beaux Gosses? Comment vivre sa vie de jeune ac­teur connu et res­ter nor­mal? Comment se sor­tir d’un tour­nage avec De­par­dieu et Poel­voorde? Et sur­tout: faut-il avoir peur des crabes? Vincent La­coste a les ré­ponses.

IL y a des bêtes à Pa­ris en ce mo­ment? Genre des mous­tiques? C’est hal­lu­ci­nant! Je me suis fait bouf­fer cette nuit, mon doigt a dou­blé de vo­lume. Faut que j’aille à la phar­ma­cie. J’avais peur d’avoir des bêtes dans mon ap­par­te­ment. Des pu­naises de lit, par exemple. C’est un en­fer sur terre, ça. Ma pire crainte. Après, tu dois tout la­ver, ton linge, ton ma­te­las. Mais je pense que ce n’est pas ça. Ça va mal. (Rires) Je dis n’im­porte quoi, je suis en train de de­ve­nir com­plè­te­ment cin­glé. J’ai bu trop de ca­fé, j’ai la trem­blote. En plus, je me suis le­vé en re­tard, à 10h15, alors que j’avais ren­dez-vous à 10h...

Il pa­raît que tu n’ar­rives ja­mais à l’heure, de toute fa­çon... En fait, il faut que je mette mon ré­veil –un gé­nial qui fait de la lu­mière, comme le le­ver du soleil– tous les ma­tins main­te­nant, parce que si­non, je ne me ré­veille plus.

Ça ne t’em­pêche pas d’avoir fait beau­coup de films cette an­née: Plaire, ai­mer et cou­rir vite de Chris­tophe Ho­no­ré, Pre­mière an­née de Tho­mas Lil­ti, et main­te­nant Aman­da de Mi­khaël Hers. C’est sur­tout que je n’ai pas beau­coup bos­sé l’an der­nier. Je vou­lais faire une pause, j’en avais marre. En­fin, di­sons que l’on ne me pro­po­sait rien qui m’in­té­res­sait trop. Du coup, je me suis dit que j’al­lais ar­rê­ter un peu. Donc j’ai pas­sé un an et de­mi sans tour­ner.

Qu’as-tu fait de tout ce temps libre? En vrai, je me suis oc­cu­pé. J’ai voya­gé, j’ai bu des bières, j’ai vu mes amis, des films. Je me suis un peu ha­bi­tué à cette vie où tu tra­vailles, et en­suite tu ne fais rien. Au dé­but, quand j’ai ar­rê­té les cours, je me suis de­man­dé dans quel monde j’ar­ri­vais. Je suis pas­sé di­rec­te­ment à l’âge adulte. J’ai dé­mé­na­gé de chez mes pa­rents, parce que j’étais dans une chambre avec ma soeur, et c’était de­ve­nu ab­surde vu que je ga­gnais de l’ar­gent. Je me suis re­trou­vé tout seul. En­fin, pas vrai­ment, di­sons: tout seul dans mon cas. Tous mes amis bos­saient ou fai­saient des études. Moi, je bos­sais un peu mais j’avais va­che­ment de temps libre. Je me suis de­man­dé ce que j’al­lais en foutre, je ne sa­vais pas quoi faire. J’étais un peu an­gois­sé par ça. Tu voyais un psy, à cette époque, dit-on. J’étais émé­to­phobe –ça veut dire que j’avais tout le temps peur de vo­mir. Main­te­nant, ça va mieux, je n’ai plus au­cune an­goisse. Quand je rentre de soi­rée et que je suis trop bour­ré, je me fais vo­mir. Mais ça a été un truc très sé­rieux, qui a du­ré as­sez long­temps. J’ai fait une crise de foie dans le Ju­ra, quand j’avais 13 ans. Un trau­ma­tisme. J’avais man­gé des moules au cur­ry puis un sand­wich amé­ri­cain ; le mé­lange m’avait flin­gué. D’ailleurs, j’ai un peu de mal avec les moules, main­te­nant. C’était as­sez han­di­ca­pant. Étant don­né que j’ai ten­dance à être un peu ob­ses­sion­nel, in­cons­ciem­ment, comme j’avais ex­trê­me­ment peur de vo­mir, je me di­sais que je pou­vais vo­mir à tout mo­ment et, du coup, j’avais la nau­sée en per­ma­nence. Ce sont des mo­ments où tu te dis que ta vie est pour­rie: tu as tou­jours conscience d’un truc de toi qui ne va pas. J’étais as­sez dé­pri­mé, et puis après j’ai eu une co­pine donc ça al­lait mieux, je pen­sais moins à ma nau­sée. En vrai, j’étais un peu ro­man­tique, j’avais en­vie d’être amou­reux, d’avoir une meuf, quoi. Mon psy m’a dit plus tard: ‘C’est parce que vous aviez mal au coeur.’

Très bonne phrase de la­ca­nien.

Tu as été connu pour un rôle de mec très moche. Ce n’est pas com­mun… Dé­jà que j’étais ti­mide avec les filles, ça a été pire après Les Beaux Gosses. Je de­vais prou­ver que je n’étais pas la même per­sonne que dans le film. Quand j’al­lais à des fêtes au ly­cée, des gens me re­con­nais­saient et di­saient: ‘Oh pu­tain, y a Her­vé à la teuf!’ Et les na­nas n’avaient pas for­cé­ment en­vie de se ta­per Her­vé. J’avais même peur qu’elles aient honte si j’es­sayais de les em­bras­ser, qu’elles se foutent de moi ou qu’elles aillent le ra­con­ter à leurs co­pines en mode: ‘Pu­tain, y a Her­vé qui a es­sayé

de m’em­bras­ser...’ Si­non qu’elles veuillent bien qu’on s’em­brasse, mais qu’en­suite leurs co­pines se foutent d’elles, genre: ‘T’as em­bras­sé Her­vé, c’est chaud, la vache... Le mec le plus moche de France!’ Tu as da­van­tage une image de beau gosse au­jourd’hui, non? Pas spé­cia­le­ment. Ce qui se passe sur­tout, c’est que main­te­nant on me pro­pose des films un peu dif­fé­rents, du coup les gens se disent que j’ai chan­gé, que je me suis em­bel­li ou je ne sais quoi. Mais ce n’est pas vrai. Je pense sin­cè­re­ment que si j’avais joué un bel­lâtre dans Les Beaux

Gosses, les gens au­raient pen­sé que j’étais beau.

Et toi, tu te trouves comment? Fran­che­ment, j’ai la même tête de­puis tou­jours. Je me suis juste un peu épais­si, et j’ai pris un peu des poils. J’ai une pi­lo­si­té hy­per­bi­zarre. J’ai com­men­cé par avoir des poils uni­que­ment à la base du cou, ex­trê­me­ment haut. J’avais une touffe sur la glotte, et rien d’autre. Mais un coif­feur m’a dit que ça al­lait se dé­ve­lop­per, que j’al­lais en avoir de plus en plus par­tout. En fait, moi, je ne me trouve ni beau ni moche. En­fin, par­fois je me trouve as­sez beau, et par­fois je me trouve vrai­ment laid. Avec ma barbe jus­te­ment, je me trouve ex­trê­me­ment laid. Elle ne pousse pas vrai­ment, on di­rait une barbe de ‘ba­bos’, de mec qui chante du reg­gae, qui crache du feu...

T’es pas dans le dé­lire ‘ba­bos’? Non, pas vrai­ment. Ce­la dit, avec un pote, on a fait le tour du Pé­rou. Mais bon, on est al­lés dans des hô­tels, pas dans des dor­toirs. J’es­saye d’évi­ter les pu­naises de lit. D’ailleurs, quand j’étais là-bas –je ne sais pas pour­quoi je parle de ça mais c’est un peu le même concept de l’en­va­his­se­ment–, en fin de jour­née, sur une plage, il y a eu une in­va­sion de crabes. Des mil­lions de crabes! Gros comme le poing. C’était as­sez flip­pant, on a cou­ru pour fuir. Je me suis dit: ‘Ima­gine: c’est le mo­ment où la na­ture re­prend le des­sus, la guerre des crabes a

com­men­cé!’ S’ils veulent, les crabes, ils te mangent to­ta­le­ment. Ima­gine: tu te pètes la jambe sur la plage en fai­sant je ne sais quoi, genre du skim­board –c’est un truc où tu jettes ta planche en bois et tu glisses. Tu es tout seul au mi­lieu de nulle part, tu te pètes la jambe et là, tu es coin­cé, per­sonne pour ve­nir te cher­cher. Je me suis de­man­dé: ‘Mais qu’est-ce qui t’at­tend?

Quelle est ta fin?’ Parce que tu ne vas pas mou­rir de faim. Avant ça, il y a des crabes qui vont ar­ri­ver et qui vont te man­ger.

À l’in­verse du rou­tard, il y a l’image de l’ac­teur flam­beur. Ça te parle? Non. Je ne suis pas du tout flam­beur. L’autre jour, je re­gar­dais l’ins­ta­gram de Car­di B. Elle avait mis une story d’elle avec son mec. Ils étaient tous les deux dans une boîte de strip-tease, lui avec des liasses de billets, comme ça (il mime le geste de dis­tri­buer des

billets en les frot­tant contre la paume), avec une énorme strip-tea­seuse qui bou­geait son boule à cô­té... Et Car­di B qui criait ‘Come on, my ba­by!!!’ Quand j’ai vu ça, je me suis dit: ‘Mais qu’est-ce que c’est que

cette life?’ Ça res­semble tel­le­ment pas à la mienne. Tu fais une teuf avec ton mec, d’ac­cord, ça c’est top, j’en fais sou­vent avec ma na­na. Mais al­ler dans une boîte de strip-tease... Bon, c’est une an­cienne strip­tea­seuse, donc c’était peut-être ses potes, mais je­ter des billets comme ça... Est-ce qu’ils les ra­massent à la fin de la soi­rée? Est-ce que c’étaient des vrais ou des faux? Je ne sais pas. Qu’est-ce que c’est que cette

rés­soi? Bref, je ne me suis vrai­ment pas iden­ti­fié. C’est comme avoir une Fer­ra­ri, je trouve ça hi­la­rant, mais est-ce que je vais le faire? Pas sûr.

Hi­la­rant? Une grosse ba­gnole, je pour­rais. À Pa­ris, ça ne sert à rien d’avoir une caisse, mais fran­che­ment, si j’ha­bi­tais dans la cam­brousse, peut-être que je pren­drais une voi­ture de sport. (Rires) Pour­tant, ça ne me res­semble ab­so­lu­ment pas mais tant qu’à faire, au­tant être un pu­tain d’ac­teur fran­çais avec une caisse ita­lienne pour al­ler sur les cir­cuits. J’adore conduire, c’est ma pas­sion. Pas trop long­temps, parce que ça me fait mal au crâne ou au dos.

“Dé­jà que j’étais ti­mide avec les filles, ça a été pire après Les Beaux

Gosses. Quand j’al­lais à des fêtes au ly­cée, les gens di­saient: ‘Oh pu­tain, y a Her­vé à la teuf!’ Je de­vais prou­ver que je n’étais pas la même per­sonne que dans le film”

Et tout ce qui tourne au­tour des fêtes, de l’al­cool? J’aime bien tous les al­cools, très sin­cè­re­ment. D’ailleurs, ça se­ra peut-être un pro­blème à un mo­ment don­né de ma vie! En ce mo­ment, je suis dans une phase Cam­pa­ri So­da à l’apé­ro –j’aime bien l’amer­tume. En­suite, du vin rouge, et en di­ges­tif, les whis­kys très tour­bés, ou alors les poires très sèches. J’aime bien les trucs secs, pas su­crés. Parce que le sucre, ça fait mal aux dents et tu fi­nis avec les chi­cots pour­ris au bout d’un mo­ment! Ce sont des trucs de bon vi­vant. Avec l’ac­teur William Leb­ghil, je par­tage va­che­ment cette pas­sion. Ça fait un peu vieillard de le dire, mais la der­nière fois, on s’est fait une blan­quette, avec les pe­tites ca­rottes grillées, les poi­reaux, les pe­tits cham­pis... C’était la meilleure blan­quette de ma vie! J’ai­me­rais bien sa­voir cui­si­ner comme ça. William, il fait vrai­ment bien les plats tra­di­tion­nels comme le gi­got, la blan­quette, la côte de boeuf...

Le tour­nage de Saint Amour, avec De­par­dieu, Ker­vern et De­lé­pine, ça a dû te plaire, du coup. L’avan­tage, c’est que c’était sur la route des vins: beau­coup de beau­jo­lais, de ju­lié­nas... Et les vi­gne­rons ve­naient le mi­di à la can­tine pour la dé­gus­ta­tion de vin. Ce qui, nor­ma­le­ment, n’ar­rive pas du tout. C’est sûr qu’on était plus per­for­mants le ma­tin que l’après-mi­di… Moi, je condui­sais vrai­ment, en plus. La voi­tu­re­tra­vel­ling met­tait trois plombes, donc à un mo­ment, ils m’ont dit: ‘Vas-y, t’as qu’à

conduire.’ J’étais donc sur l’au­to­route, avec De­par­dieu et Poel­voorde à l’ar­rière et l’in­gé son dans le coffre. Ker­vern et De­lé­pine don­naient leurs consignes au tal­kie-wal­kie, et De­par­dieu di­sait: ‘Non, non, al­lez, on va faire tout le film, comme ça je peux ren­trer, on va pas s’em­mer­der!’

C’était n’im­porte quoi. On a fait genre la moi­tié du film à la suite. On fai­sait toutes les scènes! Ima­gi­nez si je m’étais cra­shé avec De­par­dieu et Poel­voorde der­rière, j’au­rais fait du mal au ci­né­ma fran­çais.

Tu es an­gois­sé quand tu pré­pares un film? Au dé­part, quand je lis un scé­na­rio, je me de­mande juste si c’est su­per, pas si je vais y ar­ri­ver. Je ne me pose même pas la ques­tion, je me dis que c’est fa­cile. En­suite, je re­lis le scé­na­rio pour com­men­cer à me pré­pa­rer, et là je me dis: ‘Pu­tain, pour­quoi j’ai ac­cep­té ça? Je ne vais ja­mais ar­ri­ver à faire ce truc-là. C’est une ca­tas­trophe.’ À ce mo­ment-là, qui se si­tue à peu près un mois avant le tour­nage, c’est un mo­ment de stress in­tense. Je pars du prin­cipe que tout va tour­ner au fias­co. Donc en ré­ac­tion, je com­mence à tout ap­prendre. Comme en cours d’his­toire-géo quand j’étais au ly­cée. Je n’avais au­cune mé­thode de tra­vail, j’étais nul. Le seul truc que je sa­vais faire, c’était ap­prendre par coeur. Au­jourd’hui, je fais pa­reil. J’ap­prends tout le film par coeur et je me le ré­pète dans ma tête en per­ma­nence. C’est le seul moyen de me dé­tendre. Genre, je suis dans mon plu­mard et je me fais le film. C’est comme ça que je tra­vaille. La tech­nique ex­trê­me­ment mer­dique.

C’est comme ça que tu as pro­cé­dé pour pré­pa­rer Aman­da, qui se dé­roule dans le Pa­ris post-at­ten­tats? Je flip­pais pas mal, parce que je de­vais chia­ler tout le temps, glo­ba­le­ment. Le 13-No­vembre, je m’en

“Une grosse ba­gnole, je pour­rais. Ça ne me res­semble ab­so­lu­ment pas mais tant qu’à faire, au­tant être un pu­tain d’ac­teur fran­çais avec une caisse ita­lienne”

sou­viens par­fai­te­ment parce que j’ha­bi­tais juste à cô­té du Ba­ta­clan et du Ca­rillon. J’étais dans un bar avec Fé­lix Moa­ti et des potes, j’ai cou­ru jus­qu’à chez moi... Ce que j’ai ai­mé dans ce film, c’est que Hers, le réa­li­sa­teur, re­place ça dans une am­biance na­tu­ra­liste. C’est un peu comme si on met­tait un at­ten­tat dans un film de Roh­mer. Il ne vou­lait pas faire un truc gris et dé­pres­sif, mais mon­trer, d’une ma­nière as­sez juste et lu­mi­neuse, que la vie conti­nue et comment Pa­ris reste Pa­ris mal­gré ça. Parce que c’est la vie.

Est-ce que tu te dis que ce rôle, après trois no­mi­na­tions, va t’ou­vrir la route des Cé­sar? Je pense que j’au­rais plu­tôt dû faire un film mar­quant, genre Le Dis­cours d’un

roi. (Rires) Mais j’es­père. Fran­che­ment, je se­rais très content d’en avoir un, ça me fe­rait plai­sir un pe­tit Sar­cé dans les toi­lettes, parce que pour l’ins­tant, les sou­ve­nirs que j’ai, ce sont des sou­ve­nirs d’échec. En même temps, quand tu en as un, tu es un peu dé­tes­té en­suite, ou di­sons moins ai­mé. Tant que tu ne l’as pas, tu es tou­jours l’out­si­der, on peut dire de toi: ‘Ah, il le mé­ri­tait mais il ne l’a pas eu, c’est un bon gars.’ Et une fois que tu l’as, c’est

plu­tôt: ‘Oui bah ça va, faut pas non plus exa­gé­rer, il n’est pas si bon que ça.’

Tu crois vrai­ment que ça peut t’ar­ri­ver, de de­ve­nir dé­tes­té? Tu as une image de mec sym­pa… Ah, je ne sais pas. Moi, j’ai tou­jours peur de pas­ser pour un mec an­ti­pa­thique, qui se la ra­conte... Tu peux dire n’im­porte quoi, ça peut être per­çu dans les deux sens. Si je di­sais, par exemple: ‘Ah tiens, je me suis ache­té une mo­to, une Su­zu­ki, je fais que ça, j’adore la mo­to’, les gens qui li­ront l’ar­ticle

pour­raient se dire: ‘Pu­tain, gé­nial, c’est un fan de mo­to, comme moi! Sym­pa le gars!’

mais aus­si: ‘Pu­tain, il a cette mo­to. Quel en­cu­lé! Ça y est, comme tous les ac­teurs, il prend une mo­to, il flambe...’ ou en­core: ‘Pu­tain, une mo­to. C’est vrai­ment un

rin­gard! Moi qui l’ai­mais bien...’ Donc on peut se dire: soit il est con, soit il se la ra­conte, soit il est sym­pa. C’est pour ça qu’il ne faut rien dire. D’ailleurs, je ne di­rai plus rien, c’était la der­nière fois! Voir: Aman­da, de Mi­khaël Hers. En salle le 21 no­vembre

Hom­mage aux poi­lus.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.