“Je me sens pri­son­nière”

Society (France) - - REPORTAGE -

Kong Ning, peintre

“Un ar­tiste est sen­sible aux dé­tails de son temps. Si Vincent van Gogh vi­vait à notre époque, il pein­drait des por­traits avec des

masques.” Convain­cue d’épou­ser le sens de l’his­toire, Kong Ning re­prend une à une ses an­ciennes toiles, et ajoute un masque an­ti­pol­lu­tion sur le vi­sage de ses mo­dèles. Cette an­cienne ma­gis­trate re­con­ver­tie dans l’art se pique éga­le­ment de mode. Elle a conçu une robe de ma­riée com­po­sée de 999 masques an­ti­pol­lu­tion. Cette oeuvre, bap­ti­sée La Ma­riée bru­meuse, Kong Ning la porte dans les rues de Pé­kin les jours de forte pol­lu­tion, pour ap­pe­ler au chan­ge­ment des men­ta­li­tés. “Si nous ne fai­sons rien, la pol­lu­tion va de­ve­nir ca­tas­tro­phique. Il y a ur­gence. Quand il y a un pic de pol­lu­tion, ça me met de mau­vaise hu­meur. Je me sens pri­son­nière. Je veux crier, sor­tir, cou­rir, mais je ne peux pas. Je reste chez moi, en­fer­mée.” Kong Ning couvre la bouche de ses mo­dèles, ce qui ne l’em­pêche pas de l’ou­vrir. Elle a es­sayé d’ex­po­ser ses ta­bleaux sur la place Tia­nan­men, le centre du pou­voir chi­nois, un site ul­tra­sen­sible qua­drillé par la po­lice. La ten­ta­tive a du­ré quelques se­condes. Im­mé­dia­te­ment ar­rê­tée, Kong Ning est dé­sor­mais dans le col­li­ma­teur de la jus­tice. •PPB Comme Van Gogh avant elle.

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