Xa­vier Vi­gna.

Xa­vier Vi­gna, his­to­rien, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Nan­terre et cher­cheur au CNRS, est spé­cia­liste des mou­ve­ments so­ciaux et ou­vriers. Il ana­lyse d’où vient ce­lui des Gi­lets jaunes, ce qu’il cris­tal­lise et ce qui le rend unique dans l’his­toire de France

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR EM­MA­NUELLE ANDREANI

His­to­rien, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Nan­terre et cher­cheur au CNRS, ce spé­cia­liste des mou­ve­ments so­ciaux et ou­vriers ex­plique pour­quoi ce­lui des Gi­lets jaunes est in­édit.

En quoi le mou­ve­ment des Gi­lets jaunes dif­fère-t-il de ce que l’on a connu par le pas­sé? D’abord, un mot pour pré­ci­ser que je n’ai pas en­quê­té sur place, et que je peux aus­si me trom­per. Ce qui me semble nou­veau, c’est que l’on a un mou­ve­ment très dis­sé­mi­né sur le ter­ri­toire et pa­ra­doxa­le­ment très vi­sible sur des ter­ri­toires mo­destes. Je ré­cuse le concept de ‘France pé­ri­phé­rique’, mais le mou­ve­ment est puis­sant dans des pe­tites villes, des bour­gades, avec des formes très éton­nantes, puis­santes, très ra­di­ca­li­sées, dans des lieux où, a prio­ri, il ne se passe pas ce type d’évé­ne­ments. À ce titre, les vio­lences au Pou­zin, en Ar­dèche (voir p.28), ou l’in­cen­die de la pré­fec­ture du Puy-en-ve­lay sont tout à fait éton­nants. La Haute-loire est un dé­par­te­ment conser­va­teur. Que Ma­cron y soit al­lé et qu’il ait été obli­gé de se ca­cher, de par­tir en vi­tesse… Je veux bien qu’il y ait des pro­vo­ca­teurs, tout ce que l’on veut, mais là, on est dans des phé­no­mènes très in­édits. Des phé­no­mènes d’ex­plo­sion so­ciale spec­ta­cu­laires.

Les syn­di­cats n’ont ja­mais sem­blé aus­si ab­sents et in­au­dibles… Même si l’on a des mi­li­tants ici et là, évi­dem­ment, c’est une grande nou­veau­té. Pour moi, ça marque la fin de ce qu’a re­pré­sen­té le mou­ve­ment ou­vrier comme forme his­to­rique –le mou­ve­ment ou­vrier s’en­ten­dant comme l’al­liance entre ou­vriers, syn­di­cats et par­tis po­li­tiques, qui s’était conso­li­dée au xixe siècle. Là, c’est fi­ni. Ils ne sont pas seule­ment ab­sents. Au dé­but au moins, ils ont dé­lé­gi­ti­mé ce mou­ve­ment po­pu­laire, ils l’ont re­fu­sé. Le pre­mier ré­flexe d’ana­lyse sur les Gi­lets jaunes, ça a été de dire que c’était pou­ja­diste, d’ex­trême droite. C’est une vieille tra­di­tion de la culture com­mu­niste: dire que tout ce que l’on ne contrôle pas vient de l’ex­trême droite. Ces phé­no­mènes de cris­pa­tion exis­taient dé­jà en 68, quand la CGT di­sait que le mou­ve­ment so­cial était le fait de gau­chistes fi­nan­cés par le grand pa­tro­nat, par exemple. À l’époque, l’un des pro­blèmes des syn­di­cats, en par­ti­cu­lier de la CGT, qui était alors l’or­ga­ni­sa­tion la plus puis­sante, consis­tait à ac­com­pa­gner le mou­ve­ment so­cial, tout en es­sayant de le ca­na­li­ser, voire de le bri­der. Au mo­ment des né­go­cia­tions de Gre­nelle, il y a eu tout un jeu de la CGT pour abou­tir à un re­le­vé de conclu­sions et al­ler vers la re­prise du tra­vail à par­tir du dé­but du mois de juin.

Vous dites que l’on a par­lé, au dé­but, de mou­ve­ment d’ex­trême droite. Alors qu’il porte aus­si des re­ven­di­ca­tions comme la hausse du SMIC ou le ré­ta­blis­se­ment de L’ISF, mar­quées à gauche… On a dit ce­la à cause du phé­no­mène du ras-le-bol fis­cal. Mais la vé­ri­té, c’est que der­rière la fis­ca­li­té, se pose la ques­tion du prix de l’es­sence. Dont les gens ont be­soin pour al­ler tra­vailler. Et donc, c’est la ques­tion des re­ve­nus et des sa­laires qui est po­sée. Ce sont toutes ces ques­tions­là qui ap­pa­raissent. Qu’est-ce que l’on voit? Une frac­tion consis­tante de la po­pu­la­tion –ou­vriers, sa­la­riés, pe­tits pa­trons, etc.– qui vit mal. Dans des zones qui sont dé­dai­gnées par les pou­voirs pu­blics, ab­sentes de la mé­dia­ti­sa­tion. Ce n’est pas sim­ple­ment la France ru­rale contre la France ur­baine, car les ban­lieues et les zones pé­ri­ur­baines sont concer­nées aus­si. La vé­ri­té, c’est que la vieille ques­tion so­ciale est tou­jours là: la ré­par­ti­tion des ri­chesses, des modes d’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail.

On semble as­sis­ter à une conver­gence des classes po­pu­laires contre Em­ma­nuel Ma­cron… Il ne faut pas ou­blier que Ma­cron a été ‘créé’ par Fran­çois

Hol­lande. Et que le Par­ti so­cia­liste, via le think tank Ter­ra No­va, avait théo­ri­sé le fait que la gauche de­vait aban­don­ner les classes moyennes et po­pu­laires, ré­pu­tées conser­va­trices. Et ça, c’est très im­por­tant. On as­siste à une re­vanche de groupes et de ca­té­go­ries ou­bliées par la gauche de gou­ver­ne­ment. Mais Ma­cron est sur­tout dé­tes­té parce qu’on lui ren­voie le mé­pris de classe qu’il n’a ces­sé de si­gni­fier et d’ex­pri­mer. Il ne cesse de dire: ‘Je vous mé­prise’, et puis après: ‘Non mais je n’ai

pas dit ça comme ça.’ Le len­de­main du pre­mier jour de mo­bi­li­sa­tion, il a em­ployé les termes de ‘classes la­bo­rieuses’. C’est très symp­to­ma­tique, ce­la fait ré­fé­rence au livre de Louis Che­va­lier, Classes la­bo­rieuses et Classes dan­ge­reuses,

ana­ly­sant les po­pu­la­tions pa­ri­siennes au

xixe siècle, jus­qu’aux an­nées 1850-60. Donc il fait de la dé­mo­gra­phie his­to­rique et montre que par­mi ces po­pu­la­tions, avant la classe ou­vrière, il y a une po­ro­si­té avec le crime, la ma­la­die. Pour­quoi em­ployer ce terme? On a l’im­pres­sion que Ma­cron veut ‘faire peuple’ mais n’y ar­rive pas. Il ne com­prend pas toute une par­tie de la so­cié­té fran­çaise, je pense même qu’il ne la voit pas. Et puis, ce qui se passe là est aus­si un point d’abou­tis­se­ment d’un mou­ve­ment de casse de l’état so­cial is­su de la Ré­sis­tance, d’aban­don des ser­vices pu­blics. La po­pu­la­tion qui en a le plus be­soin se ré­volte parce que ce­la fait des an­nées que l’on est en train de lui sup­pri­mer. Der­nier point: je pense que le gou­ver­ne­ment paie aus­si le ré­fé­ren­dum de 2005 sur la Cons­ti­tu­tion eu­ro­péenne. La ma­jo­ri­té fran­çaise avait vo­té contre. Et ce n’était pas seule­ment L’UE, c’était beau­coup plus large. Or, la droite et la gauche par­le­men­taire ont or­ga­ni­sé le ba­layage du suf­frage des Fran­çais. Les gens n’ont pas ou­blié que l’on avait ba­foué le vote po­pu­laire.

Vous avez étu­dié les écrits des ou­vriers aux

xixe et xxe siècles. Des fi­gures po­li­tiques ont-elles dé­jà été aus­si haïes qu’em­ma­nuel Ma­cron? Il y a eu Adolphe Thiers, le bou­cher de la Com­mune. Mais bon, il y avait quelques rai­sons… Clé­men­ceau aus­si était dé­tes­té par les ou­vriers, parce que c’était le flic qui or­ga­ni­sait les ré­pres­sions des grèves à par­tir de 1906. Ma­cron, c’est dif­fé­rent: ce n’est pas seule­ment ce qu’il fait, sa po­li­tique, mais ce qu’il in­carne. Le fait par exemple d’avoir été mi­nistre d’un gou­ver­ne­ment so­cia­liste alors qu’il a tra­vaillé à la banque Roth­schild, ses dé­cla­ra­tions, celles de son en­tou­rage qui vient du pri­vé, CSP+… Ma­cron gère la France comme une en­tre­prise. La start-up

na­tion, ce sont eux-mêmes qui le disent. Ils ont théo­ri­sé ça. Avec des ga­gnants, des per­dants… Or, une fois en­core, il y a quelque chose dans la ques­tion du prix de l’es­sence dont on a be­soin pour vivre, tra­vailler. Ce n’est pas pour con­som­mer, c’est pour vivre. On ré­clame un prix juste. Ce­la me rap­pelle le concept d’éco­no­mie mo­rale, théo­ri­sé par Ed­ward Pal­mer Thomp­son, un his­to­rien an­glais qui a étu­dié les émeutes fru­men­taires (sur le

prix du blé, ndlr) au xviiie siècle. Thom­son re­fuse la vi­sion de la foule comme une convul­sion, ir­ra­tion­nelle, vio­lente, etc. Il consi­dère que les foules se ré­voltent face à un phé­no­mène bien réel, en l’oc­cur­rence un prix du blé ju­gé in­sup­por­table, et ré­clament une baisse au nom d’une éco­no­mie mo­rale, qui n’est pas le prix de l’éco­no­mie po­li­tique. Ces émeutes fru­men­taires, vous les re­trou­vez en France en 1789, puis en 1847, à Bu­zan­çais –ce­la fi­ni­ra mal, ils mas­sa­cre­ront deux pro­prié­taires, in­cen­die­ront des châ­teaux–, jus­qu’à la ré­vo­lu­tion de 1848, qui ar­rive au terme d’un pro­ces­sus de crise éco­no­mique, de dif­fi­cul­tés, de chô­mage, etc. Et en­core en 1911-1913, puis en 1919, après la Se­conde Guerre mon­diale. Mais ce qui est in­té­res­sant, dans ces phé­no­mènes de contes­ta­tion, c’est l’im­pu­ta­tion au po­li­tique, un phé­no­mène ana­ly­sé par l’his­to­rien Er­nest La­brousse. On rend le po­li­tique res­pon­sable de ça, on le somme d’agir.

Alors que dans le cas du prix du blé, il n’était pas di­rec­te­ment res­pon­sable… En ef­fet. Mais au­jourd’hui, il me semble que l’on est pas­sé au-de­là de ça. Puis­qu’il n’en­tend pas, il doit par­tir. Je ne sais pas com­ment ça va évo­luer mais au­jourd’hui, on en est là. On a dé­jà vu ça dans l’his­toire. Je ne dis pas que l’on est dans une si­tua­tion ré­vo­lu­tion­naire, je n’en sais rien. Mais ce sont des re­ven­di­ca­tions qui re­fusent le dis­cours consis­tant à dire: ‘C’est comme ça,

on ne peut rien faire.’ Ma­cron est pré­sident, il est cen­sé avoir du pou­voir, on le somme donc d’agir. Et il ne peut plus dire qu’il n’a pas de marges de ma­noeuvre. Il y a eu la sup­pres­sion de L’ISF ; le CICE aus­si, mis en place par Hol­lande, pour­sui­vi par Ma­cron: 40 mil­liards d’eu­ros, c’est gi­gan­tesque. Or ce­la fait au moins 45 ans que l’on nous dit que c’est la crise. Dans cer­taines ré­gions, dans le Nord par exemple, les dif­fi­cul­tés éco­no­miques ont même com­men­cé dans les an­nées 60. Donc ça fait au moins une gé­né­ra­tion et par­fois deux que les gens ont le sen­ti­ment d’être me­na­cés, d’être sur le dé­clin. Sub­jec­ti­ve­ment en tout cas, on a tous le sen­ti­ment que ça va mal. Et à un mo­ment don­né, il y a le sen­ti­ment d’être ac­cu­lé, puis de ne plus rien avoir à perdre. Il y a toute une par­tie du monde du sa­la­riat qui vit ça, comme une es­pèce de dé­clas­se­ment. Dans la fonc­tion pu­blique, aus­si.

Au­jourd’hui, on re­trouve éga­le­ment des gens que l’on ne voit pas ha­bi­tuel­le­ment dans les mou­ve­ments so­ciaux: des sa­la­riés du ter­tiaire, des in­dé­pen­dants, des mères de fa­mille... Les femmes, ce n’est pas in­édit. Dans toutes les ré­voltes liées à la vie chère, elles ont été en pre­mière ligne. Une his­to­rienne amé­ri­caine, Tem­ma Ka­plan, avait théo­ri­sé ce­la, the fe­male conscious­ness, la conscience fé­mi­nine, qu’elle avait étu­diée lors des émeutes à Bar­ce­lone au dé­but du siècle. Elle mon­trait que comme c’étaient elles qui gé­raient le bud­get, nour­ris­saient la fa­mille, elles étaient en pre­mière ligne, phy­si­que­ment. Là, ce qui me semble in­té­res­sant au­jourd’hui, c’est que l’on a le pre­mier mou­ve­ment mas­sif où l’on voit à ce point des femmes in­sé­rées dans le monde du tra­vail. En 1968, il y avait des ou­vrières, bien sûr. Mais là, ce ne sont pas les ou­vrières d’in­dus­trie, c’est le pe­tit ter­tiaire, la lo­gis­tique… Il y a un dé­pla­ce­ment qui est très ca­rac­té­ris­tique.

Les son­dages montrent qu’il y a un fort sou­tien de la po­pu­la­tion aux Gi­lets jaunes, mal­gré les vio­lences. Ce­la n’a pas tou­jours été le cas. Une grande par­tie de la po­pu­la­tion était très hos­tile à Mai-68, par exemple… Ce­la s’ex­plique sans doute par le fait qu’au­jourd’hui, on as­siste à un mou­ve­ment in­ter­gé­né­ra­tion­nel. On ne peut pas leur im­pu­ter une im­ma­tu­ri­té po­li­tique, comme aux étu­diants, donc ça fa­ci­lite le ral­lie­ment, l’iden­ti­fi­ca­tion. Par ailleurs, beau­coup, même ceux qui ne sont pas dans la rue, font l’ex­pé­rience de ce sen­ti­ment de dé­clas­se­ment. Il y a une iden­ti­fi­ca­tion très forte aux Gi­lets jaunes et à leur co­lère. Et puis, pour une par­tie des Fran­çais, il y a aus­si un re­mords, la mau­vaise conscience d’avoir aban­don­né la France dite pé­ri­phé­rique, qui se­rait ‘la vraie France’ dans l’ima­gi­naire col­lec­tif na­tio­nal. Les pay­sans sont fa­vo­rables au mou­ve­ment, aus­si, et ce­la at­tire de la sym­pa­thie. Glo­ba­le­ment, au­jourd’hui, tout le monde sait à quel point il y a une frac­ture so­ciale. Ce­la étant dit, j’ima­gine que là, dans les jours qui viennent, on va avoir une po­la­ri­sa­tion, que les ca­té­go­ries qui sou­tiennent Ma­cron vont se mettre en mou­ve­ment. En 1968, on croit que le pou­voir, De Gaulle, ne fait rien. Et il pré­pare la grande ma­ni­fes­ta­tion du 30 mai, qui ar­rive comme une es­pèce de nou­veau­té, c’est ‘la France si­len­cieuse’, le re­fus de la vio­lence, etc. Le pou­voir a dé­jà com­men­cé à es­sayer d’or­ga­ni­ser une ré­ponse sur ce thème-là.

On n’avait pas vu de tel ni­veau de vio­lence de­puis Mai-68. Com­ment l’ex­pli­quez-vous? Cette vio­lence-là étonne parce qu’elle n’émane pas sim­ple­ment des groupes po­li­ti­sés. Ces gens sont ré­vol­tés. Ce sont des phé­no­mènes que l’on avait ou­bliés: quand il y a du mé­con­ten­te­ment, et que le pou­voir reste sourd, il y a de la vio­lence. Ma­cron paie le solde de sa sur­di­té. La loi tra­vail, la po­pu­la­tion est contre, il n’écoute pas. Dans les uni­ver­si­tés, l’im­mense ma­jo­ri­té des per­son­nels, des étu­diants sont contre la ré­forme que l’on nous im­pose sans au­cune forme de concer­ta­tion. Il passe comme un rou­leau-com­pres­seur. Là, il y a une re­vanche. Sur cette ques­tion du prix de l’es­sence se greffent tout un tas d’autres griefs.

Pas de syn­di­cats, peu d’élus lo­caux… On a le sen­ti­ment que le pou­voir po­li­tique n’a au­cun re­lais, au­cune prise sur ce mou­ve­ment. Com­ment peut-il s’en sor­tir? En si­tua­tion de crise, en 1936 comme en 1968, le pou­voir a mis en place des né­go­cia­tions tri­par­tites: syn­di­cats, pa­tro­nat et lui. Mais ce mo­dèle de ré­so­lu­tion de crise me semble très com­pli­qué parce que les syn­di­cats et le pa­tro­nat sont aux abon­nés ab­sents. Le pou­voir n’a pas d’in­ter­lo­cu­teur. Ayant cou­pé tous les corps in­ter­mé­diaires, ne vou­lant pas lé­gi­ti­mer ses deux vrais ad­ver­saires, le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal et la France in­sou­mise, Ma­cron est coin­cé. Il n’a per­sonne à qui par­ler.

“Quand il y a du mé­con­ten­te­ment, et que le pou­voir reste sourd, il y a de la vio­lence. Ma­cron paie le solde de sa sur­di­té”

Lire: His­toire des ou­vriers en France au xxe siècle (Per­rin) et L’es­poir et l’ef­froi, luttes d’écri­tures et luttes de classes en France au xxe siècle (La Dé­cou­verte)

À Pa­ris, le 24 no­vembre.

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