So­nia Kri­mi.

Society (France) - - SOMMAIRE - LU­CAS DUVERNET-COPPOLA

La dé­pu­tée de la Manche a pris l’ha­bi­tude de faire en­tendre une voix di­ver­gente chez La Ré­pu­blique en marche. La pé­riode ne l’in­cite pas à ren­trer dans le rang.

Élue dans la Manche, la dé­pu­tée So­nia Kri­mi a pris l’ha­bi­tude de faire en­tendre une voix di­ver­gente chez La Ré­pu­blique en marche. La pé­riode ne l’in­cite pas à ren­trer dans le rang. Au contraire.

Le 10 dé­cembre der­nier, quelle a été votre ré­ac­tion après l’al­lo­cu­tion du pré­sident, lors de la­quelle il a no­tam­ment an­non­cé une hausse du SMIC de 100 eu­ros? Je n’ai pas sau­té au pla­fond, mais je ne dis pas non: il a co­ché les bonnes cases, les quatre me­sures so­ciales an­non­cées (hausse du SMIC, an­nu­la­tion de la hausse de la CSG pour les re­traites de moins de 2 000 eu­ros, prime de fin d’an­née dé­fis­ca­li­sée pour les em­ployeurs, an­nu­la­tion de la hausse

des taxes sur le car­bu­rant, ndlr) sont très im­por­tantes. Ce n’est que le dé­but, car une vraie jus­tice so­ciale se bâ­tit et se construit. Le pre­mier geste est po­si­tif, main­te­nant il faut que toutes les concer­ta­tions se mettent en place. Je note aus­si qu’il a com­pris qu’il avait bles­sé. C’était très im­por­tant de re­con­naître ça. J’ai l’im­pres­sion d’avoir re­trou­vé un peu de bien­veillance, j’es­père que le dia­logue qu’il veut en­ta­mer va aus­si se ré­per­cu­ter sur notre par­ti, et que l’on au­ra plus de li­ber­té de re­mon­ter les su­jets.

Le 23 no­vembre, vous aviez en­fi­lé un gi­let jaune. Au sein de votre camp, cer­tains vous ont ac­cu­sée de ‘fra­ter­ni­ser’ avec le mou­ve­ment et vous ont in­ci­tée à quit­ter le groupe LREM. Vous vous étiez dé­jà op­po­sée à la po­li­tique mi­gra­toire de Gé­rard Col­lomb, et aviez connu les mêmes cri­tiques. Ex­pri­mer un autre point de vue est donc im­pos­sible? Il faut connaître le groupe La Ré­pu­blique en marche à l’as­sem­blée de l’in­té­rieur. Il est consti­tué à 90% de dé­pu­tés qui dé­marrent, dont je fais par­tie, et à 10% de pro­fes­sion­nels de la po­li­tique, ou de faux nou­veaux. Ils se connais­saient avant, ils ont fait la cam­pagne pré­si­den­tielle et ont presque tous eu des postes. Ils sont main­te­nant porte-pa­role, dans les mi­nis­tères, etc. Quand je dis ‘pro­fes­sion­nels de la po­li­tique’, je le dis aus­si po­si­ti­ve­ment: on a be­soin de gens qui connaissent la dif­fé­rence entre une loi or­di­naire et une loi or­ga­nique, qui savent com­ment se battre pour avoir un rap­port ou un amen­de­ment. Le pro­blème, c’est que ces 10% ex­pliquent la vie aux autres. Com­ment il faut vo­ter, là ‘non’, là ‘oui’. Et dès que quel­qu’un sou­haite faire quelque chose, ils vont ré­pondre ‘non’ ou, plus sou­vent: ‘C’est dé­jà pré­vu.’ Je m’in­quiète beau­coup pour notre dé­mo­cra­tie in­terne. Je veux dis­cu­ter, pas que l’on m’ex­plique la vie entre deux portes.

Vous êtes en train de struc­tu­rer un pe­tit groupe de dé­pu­tés qui es­saient de pen­ser au­tre­ment. C’est un groupe de 20, 30 dé­pu­tés. On se réunit tous les mer­cre­dis. On voit et on in­vite des gens. Glucks­mann, des pro­fes­seurs de droit, de so­cio­lo­gie, y com­pris des per­sonnes qui ac­com­pa­gnaient Ma­cron au dé­part. On leur donne carte blanche, ils nous disent ce qu’ils veulent, on leur de­mande sim­ple­ment: ‘Dites-nous com­ment on fait pour im­po­ser une pa­role plus so­ciale.’

Dé­fendre vos idées en in­terne, de­vant tous les dé­pu­tés LREM, ce ne se­rait pas pos­sible? On me re­proche de dire les choses à l’ex­té­rieur, mais je ne dis pas toute la vio­lence qui peut exis­ter en in­terne. Je ne dis pas la fa­çon dont on se fait hu­mi­lier, par­fois. Je suis loyale à Ma­cron, mais loyale ne veut pas dire conforme. On me re­proche d’avoir une pa­role forte, mais elle est forte parce qu’elle est seule au mi­lieu de 300 per­sonnes qui ne disent rien, no­tam­ment parce qu’elles ont peur. Quand on dit quelque chose de dif­fé­rent de ce qui vient d’en haut, on nous ac­cuse de ne pas connaître, de ne pas être as­sez dans l’hé­mi­cycle, on nous cite une liste des me­sures prises par le gou­ver­ne­ment qui res­semble de plus en plus à une liste à la Pré­vert. Mais sur le ter­rain, les gens ne veulent plus l’en­tendre, elle ne suf­fit plus. On ne peut plus dire que l’on a sim­ple­ment mal ex­pli­qué, on a ra­té quelque chose dans la mé­thode. Il y a une crise de la dé­mo­cra­tie in­terne, et ça se voit sur le ter­rain. Les dé­pu­tés ne sont en­voyés que pour ré­ci­ter, et comme ils ne sont pas par­tie pre­nante des dé­ci­sions prises, ils n’ar­rivent pas à les dé­fendre.

De plus en plus de gens re­prochent aus­si à Em­ma­nuel Ma­cron son ar­ro­gance. Bien sûr qu’il y a un cô­té don­neur de le­çon quand il fait la mo­rale à un ga­min. Sur le ter­rain, les gens nous citent tou­jours ses pe­tites phrases. Ma­cron fait des er­reurs, mais tout le monde en fait, moi aus­si. Alors, qu’est-ce qu’on fait? On tue? On guillo­tine? La res­pon­sa­bi­li­té est col­lec­tive, je suis aus­si res­pon­sable. Je n’ai pas su faire, je n’ai pas réus­si à aler­ter suf­fi­sam­ment tôt, je n’ai pas su prendre mon té­lé­phone et ap­pe­ler di­rec­te­ment Ma­cron… Il faut que l’on se res­sai­sisse tous, que l’on fasse au­tre­ment.

Ma­cron prô­nait jus­te­ment pen­dant la cam­pagne une grande ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale. On a été élus sur notre bien­veillance. On n’in­sul­tait pas les autres, on ne ré­pon­dait pas aux at­taques, on tra­vaillait avec des ar­gu­ments, quand on ne connais­sait pas, on di­sait ‘je ne

sais pas’. Une par­tie du centre gauche a re­joint Ma­cron après son dis­cours hu­ma­niste d’or­léans sur l’ac­cueil des ré­fu­giés. Je voyais une droite et une gauche qui s’en­tre­tuaient, et moi, j’étais ca­pable d’ad­mi­rer Ed­gar Mo­rin, Jean d’or­mes­son et Fa­tou Diome. Je me di­sais que l’on pou­vait tra­vailler en­semble de fa­çon équi­li­brée. Je conti­nue à le croire. Mais on doit être très clairs, on doit se re­mettre en ques­tion. Bien sûr qu’il faut ré­for­mer, mais il ne faut pas ou­blier au pas­sage les ‘der­niers de cor­dée’, et je me fous qu’ils ne fassent pas par­tie de notre élec­to­rat. Je veux al­ler les cher­cher pour les em­me­ner avec nous. Les dé­pu­tés ne de­vraient pas tra­vailler pour ceux qui les ont élus, ils sont dé­pu­tés de tous les Fran­çais. Il faut mettre les plus dé­mu­nis avant les autres.

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