“Par­fois, j’ai honte, quand j’y pense”

Society (France) - - COUVERTURE - – AM

Ri­chard, 58 ans in­té­ri­maire Cham­pi­gny-sur-marne (Val-de-marne) “J e ne re­fuse ja­mais de mis­sion, alors je me fais des tra­jets de trois heures al­ler-re­tour pour al­ler au bou­lot en ce mo­ment. Pour­quoi j’ac­cepte? Sans ça, je ne peux pas vivre. Je ne me pose pas trop de ques­tions. On dit que ceux qui sont dans la merde, c’est de leur faute. Je crois que je suis as­sez d’ac­cord. Au fond de moi, je sens tou­jours que c’est de ma faute, que je n’ai pas tou­jours fait les bons choix, j’ai zap­pé les études et j’ai pas­sé ma jeu­nesse à dé­con­ner. Je vis dans un ap­part-hô­tel parce que c’est plus simple, dans un genre de co­lo­ca­tion. On n’a pas de plaque de cuis­son, donc je mange des cas­se­croûte ou des plats au mi­cro-ondes. Le jeu­di, il y a une soi­rée hard rock au ca­fé en bas mais si­non, le reste du temps, je ne fais pas grand-chose. Le vrai mé­tro­bou­lot-dodo. Là, on vient de pas­ser Noël, et j’ai rap­por­té des livres de cui­sine et des BD que l’on fait au bou­lot à tout le monde. C’était ça, mes ca­deaux. Il y a quelques an­nées, il m’est ar­ri­vé de de­man­der à mon frère de me don­ner de l’ar­gent que j’of­frais en­suite à mon ne­veu. Par­fois, j’ai honte, quand j’y pense. Au quo­ti­dien, c’est aus­si un peu de la peur, un truc qui te suit tout le temps. Tu as beau vivre un mo­ment sym­pa, tu sais qu’au fond de toi, il y a ça qui traîne. ‘Com­bien

il me reste?’ Alors avec les co­pains, on a tous la même tech­nique: on consomme tou­jours aux mêmes en­droits, comme ça, si la carte ne passe pas, on peut de­man­der cré­dit. Ils nous connaissent.”

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