OÙ VAS-TU, JOHN­NY ?

CES DER­NIÈRES AN­NÉES, FRASQUES ET BIDES COMMERCIAUX ONT FRAPPÉ JOHN­NY DEPP. MAIS LA CAR­RIÈRE DE LA STAR NE SE PORTE PAS SI MAL… DIAG­NOS­TIC.

Studio Ciné Live - - News Hollywood - PAR OLI­VIER BONNARD

En avril der­nier, les tou­ristes de Dis­ney­land en Ca­li­for­nie ont eu la sur­prise de se re­trou­ver nez à nez avec John­ny Depp, en chair et en os, in­vi­té sur­prise de l’at­trac­tion « Pi­rates des Ca­raïbes ». Jo­lie opé­ra­tion mar­ke­ting pour re­do­rer un bla­son qui en a bien be­soin. Sur­réa­liste, la scène avait aus­si quelque chose d’un peu triste. L’ex-bad boy joue dé­sor­mais les GO de luxe… Comme ré­duit à une ca­ri­ca­ture gri­ma­çante de lui-même, ce Jack Spar­row en­com­brant dont il ne peut plus se pas­ser. À l’ins­tar d’un Mi­chael Jack­son, John­ny Depp s’est-il per­du dans son propre per­son­nage ? « Su­pers­tar n’est pas un mé­tier fa­cile, com­mente l’uni­ver­si­taire Jea­nine Ba­sin­ger, spé­cia­liste du star-sys­tem. C’est beau­coup de stress, de ten­ta­tions, de tra­vail. Un Clint East­wood a su s’en sor­tir, parce qu’il a pris le contrôle en pas­sant de l’autre cô­té de la ca­mé­ra. Depp, lui, est dans une spi­rale au­to­des­truc­trice. » John Bar­ry­more, Er­rol Flynn… L’his­toire d’Hollywood est pleine de ces tra­jec­toires bri­sées par les ex­cès en tous genres. « Les ac­teurs sont moins dé­pen­dants de leur phy­sique que les ac­trices, mais ce­la ne si­gni­fie pas que vieillir de­vant la ca­mé­ra leur est plus fa­cile, avance Ba­sin­ger. Dès les an­nées 40, les hommes se fai­saient lif­ter, eux aus­si. Ils por­taient des ta­lon­nettes, des cor­sets pour re­te­nir leur ventre… On n’ima­gine pas la ra­pa­ci­té des jour­na­listes, des pho­to­graphes et des fans. C’est as­sez hor­rible, en vé­ri­té. Et je crois que la plu­part des ac­teurs de­viennent stars avant de com­prendre pleine- ment ce que ce­la va si­gni­fier pour le res­tant de leurs jours. Peut-être que John­ny Depp en a marre et vou­drait s’éva­der. Peut-être que ses frasques, c’est une fa­çon de crier “Lais­sez moi sor­tir !”… »

LA SÉDUCTION DE L’OUTSIDER

La crise de la cin­quan­taine fait très mal, à Hollywood. Spé­cia­le­ment à l’heure de l’info en conti­nu et des ré­seaux so­ciaux. La chute de John­ny Depp est de­ve­nue le feuille­ton du mo­ment, le seul ca­pable de ri­va­li­ser avec la sit­com « Do­nald T. à la Mai­son-Blanche ». Dé­sor­mais, on n’ignore plus rien des dé­tails les plus sca­breux de ses dé­mê­lés fi­nan­ciers avec ses ex-ma­na­gers (l’ac­teur se­rait au bord de la ruine, alors qu’il a en­gran­gé quelque 650 mil­lions de dol­lars au cours de sa car­rière) ; de son dé­li­rant train de vie (il dé­pen­se­rait 2 mil­lions de dol­lars par mois, dont 30 000 en grands vins, et se vante d’avoir dé­bour­sé 5 mil­lions de dol­lars pour dis­per­ser au ca­non les cendres de son pote Hun­ter S. Thomp­son) ; de son manque de pro­fes­sion­na­lisme sur le tournage de Pi­rates des Ca­raïbes 5 (re­tards à ré­pé­ti­tion, re­cours à une oreillette), et, avant ça, de ses amours tu­mul­tueuses (les bleus d’Am­ber Heard en une des ta­bloïds)… Dans un pa­pier par­ti­cu­liè­re­ment fouillé, le Hollywood Re­por­ter brosse le por­trait d’un homme ob­sé­dé par l’ar­gent. En 2008, quand ses conseillers fi­nan­ciers tentent de le dis­sua­der d’ache­ter une énième pro­prié­té, il leur en­voie le mail sui­vant : « Je vais ap­pe­ler Tra­cey [Ja­cobs] et Jake [Bloom], [res­pec­ti­ve­ment agent et avo­cat de la star, NDLR], et les pous­ser à de­man­der des ca­chets in­dé­cents pour rem­plir le verre jus­qu’à ce qu’il dé­borde, pu­tain ! Quoi qu’il en coûte pour ac­qué­rir [cette mai­son], fai­sons-le ! ! ! NOUS DEVONS ACHE­TER CETTE BARAQUE ! ! ! » Et le cinéma dans tout ça ? Sa­cré ac­teur le moins ren­table en 2015 par le ma­ga­zine Forbes, sa car­rière semble à l’épreuve des bides les plus san­glants (Char­lie Mort­de­cai, Trans­cen­dance) comme de la mau­vaise pub. On le ver­ra bien­tôt dans Le crime de l’Orient-Ex­press, de Ken­neth Bra­nagh. Il se­ra l’homme in­vi­sible du Dark Uni­verse d’Uni­ver­sal, re­join­dra la sa­ga des Ani­maux fan­tas­tiques – quitte à fâ­cher cer­tains fans d’Har­ry Pot­ter, qui ont rap­pe­lé à J.K. Row­ling les soup­çons de vio­lence do­mes­tique qui pèsent sur lui. Il est éga-

le­ment pres­sen­ti pour le rôle de John McA­fee, créa­teur de l’an­ti­vi­rus du même nom. Bref, Depp n’a ja­mais au­tant bos­sé. « L’Amé­rique a tou­jours ai­mé les out­si­ders et elle se pas­sionne pour les nau­frages, rap­pelle Jea­nine Ba­sin­ger. Avec lui au moins, on ne s’en­nuie pas. Re­gar­dez tous ces ac­teurs in­ter­chan­geables dans les films de su­per­hé­ros… Lui mène une vie flam­boyante. » John­ny Depp es­til la der­nière vraie su­pers­tar d’Hollywood ? Fi­na­le­ment, le meilleur rôle de John­ny, c’est peut-être ce­lui de Depp. « La fable dont il est le hé­ros in­vo­lon­taire a aus­si va­leur d’aver­tis­se­ment pour nous autres, gens or­di­naires, pour­suit Ba­sin­ger : nous sommes bien contents de ne pas être une star de cinéma. »

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