RÈ­GLE­MENT DE COMPTES À OK CROISETTE

Studio Ciné Live - - News Hollywood - OLI­VIER BONNARD

Le meilleur film de Cannes 2017 ? Le wes­tern de série B qui s’est dé­rou­lé en coulisses, avec Pe­dro A. dans les ha­bits du shé­rif, pré­ve­nant, dès le pre­mier jour, que la Croisette était trop pe­tite pour qu’il re­mette la Palme à un film qui au­rait l’au­dace de se pas­ser de sor­tie en salle – et ce, avant même d’avoir vu les­dits films, Ok­ja, du SudCo­réen Bong Joon Ho, et The Meye­ro­witz Sto­ries, de l’Amé­ri­cain Noah Baum­bach, tous deux dis­tri­bués par Net­flix. Cannes lui fait écho, pré­ve­nant qu’à par­tir de l’an­née pro­chaine, tout film pré­sen­té en com­pé­ti­tion au­ra l’obli­ga­tion de sor­tir en salle. Et Net­flix, le bad guy de l’his­toire, de ré­tor­quer que le fes­ti­val de­vra alors se pas­ser du Scor­sese, The Irish­man, que seul le géant du Net au­ra été ca­pable de se payer. Vu d’ici, le wes­tern a des al­lures de com­bat d’ar­rière-garde. Car le vrai pro­blème der­rière le scan­dale Net­flix, c’est l’in­dé­bou­lon­nable chro­no­lo­gie des mé­dias, et ce dé­lai dé­li­rant de trente-six mois (tren­te­six mois !) avant de pou­voir dif­fu­ser un film en strea­ming. Comme si les modes de consom­ma­tion du cinéma n’avaient pas chan­gé. Comme si les spec­ta­teurs n’exi­geaient pas l’ins­tan­ta­néi­té, sous peine de pi­ra­ter. Comme si les ma­jors n’avaient pas tour­né le dos aux au­teurs pour s’oc­cu­per de créer des mul­ti­vers. Comme si on était en­core dans les an­nées 90 et que l’ex­plo­sion du Net n’avait pas tout chan­gé. Je ne dis pas que c’est pour le mieux. Moi aus­si, j’ai­me­rais ne voir que des bons films, en salle uni­que­ment. Moi aus­si, je pré­fère l’ap­proche plus tra­di­tion­nelle d’Ama­zon, qui res­pecte la pri­mau­té de la salle. Mais on ne peut pas de­man­der à un dis­tri­bu­teur d’al­ler contre ses in­té­rêts et son bu­si­ness mo­del. Que les géants du Net contri­buent au fi­nan­ce­ment de la créa­tion au­dio­vi­suelle fran­çaise, c’est nor­mal. Mais la chro­no­lo­gie des mé­dias doit être as­sou­plie, et le day and date au­to­ri­sé : le strea­ming et la salle sa­tis­font des ap­pé­tits qui ne se re­coupent que fai­ble­ment, comme l’a rap­pe­lé Will Smith, l’ad­joint re­belle du shé­rif Al­modó­var.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.