Été ET AVOIR

Studio Ciné Live - - Édito - Éric Li­biot, di­rec­teur de la ré­dac­tion

AVANT, c’était pas for­cé­ment mieux. De­main, on ne sait pas et au­jourd’hui, faut voir. Dé­brouillez-vous avec ça. Les ra­tio­ci­na­tions conser­va­trices, les en­vo­lées idéa­listes et les ana­lyses fa­ta­listes dé­pendent de l’hu­meur des temps et de cha­cun. Et c’est sou­vent dif­fé­rent d’un jour sur l’autre. Il n’y a qu’au ci­né­ma que la fin est im­muable ; Nor­man Bates se fait tou­jours ar­rê­ter, Jack Daw­son se noie ir­ré­mé­dia­ble­ment, et Phi­lippe et Driss sont dé­sor­mais in­sé­pa­rables au-de­là de tout. Ce­la dit, d’après cer­tains tra­vaux de psy­né­philes, nous re­voyons un film dans l’es­poir se­cret et in­cons­cient que la fin se­ra dif­fé­rente et, en même temps, pour re­vivre les sen­sa­tions ori­gi­nelles. Va sa­voir Charles. « En même temps »… Je n’ai pas écrit ce­la dans un aveu­glant élan ma­cro­nien, mais parce que les amoureux de ci­né­ma que nous sommes sa­vons bien que ça se passe ain­si. Le pré­sident de la Ré­pu­blique n’a rien in­ven­té. Il y a les films « dou­dous », ceux qui nous pro­tègent dans une sorte de ré­gres­sion in­fan­tile vo­lon­taire, il y a les films qui élec­trisent à chaque fois et donnent en­vie de se re­muer le bulbe, il y a les films qui ex­citent avant de les avoir vus, il y a (sur­tout ?) ceux dont on rêve. La ci­né­phi­lie est ce grand pays (en même temps) ima­gi­naire et contem­po­rain, fu­tu­riste et da­té, dans le­quel il fait bon vivre parce qu’on y des­sine les pay­sages à vo­lon­té, qu’on y ren­contre des amis ai­mants, qu’on y dort et qu’on y vit aus­si bien. On sait sur­tout qu’il est né­ces­saire de le quit­ter pour mieux y re­ve­nir. Le ci­né­phile est for­cé­ment moins idiot qu’un autre parce qu’il n’est jus­te­ment pas dupe de ce qui l’en­toure. Cet été 2017 ra­conte par­fai­te­ment ce pays. Dé­but juillet sont res­sor­tis quelques chefs-d’oeuvre d’An­dreï Tar­kovs­ki (dont Stal­ker, qui ra­conte d’ailleurs comment les dé­si­rs se trans­forment en illu­sions), dé­but août dé­barque une belle ri­bam­belle buñue­lienne (dont Le charme dis­cret de la bour­geoi­sie, rê­ve­rie ab­surde sur l’écume des jours) avant que Ta­ke­shi Ki­ta­no n’ar­rive sur les écrans avec Ha­ni-bi (mé­lo po­li­cier à pleu­rer par­tout) et L’été de Ki­ku­ji­ro (road-mo­vie en che­mise à fleurs à pleu­rer par­tout). Entre temps, Dun­kerque, de Ch­ris­to­pher No­lan, se­ra mon­té au front et Valérian, de Luc Bes­son, au­ra dé­col­lé. Quant à Une femme douce, de Ser­gueï Loz­nit­sa, ma­gni­fique por­tait de la Rus­sie im­bi­bé à la vod­ka au poivre, et 120 bat­te­ments par minute, de Ro­bin Cam­pillo, l’un des plus beaux films de Cannes, ils sont dé­jà prêts à bou­le­ver­ser les fau­teuils. Stu­dio Ci­né Live trace des routes sur cette carte-là, charge à vous de les em­prun­ter, ou pas, de pré­fé­rer les grands axes aux che­mins vi­ci­naux – et ré­ci­pro­que­ment. Un jour­nal de ci­né­ma a, me semble-t-il, l’obli­ga­tion d’exer­cer son oeil cri­tique sans pro­sé­ly­tisme, mais avec fer­me­té et sin­cé­ri­té. La presse – ci­né­ma ou autre, d’ailleurs – meurt de se com­plaire dans la com­mu­ni­ca­tion quand elle doit conti­nuer à in­for­mer en toute connais­sance de cause. On s’y ef­force ici tous les mois et pas seule­ment en été. Mer­ci de votre fi­dé­li­té. Bonnes va­cances à ceux et celles qui.

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