Les sor­ties de films DVD/Blu-ray : Mr et Mme Adel­man, The Lost Ci­ty of Z…

MON­SIEUR & MA­DAME POUR SON PRE­MIER LONG DE RÉA­LI­SA­TEUR, NI­CO­LAS BEDOS FILME L’HIS­TOIRE D’UN COUPLE SUR PLU­SIEURS DÉ­CEN­NIES. AM­BI­TIEUX. TROP POUR CER­TAINS. L’IN­TÉ­RES­SÉ RÉ­POND.

Studio Ciné Live - - Sommaire -

ADEL­MAN

Ni­co­las Bedos re­çoit chez lui, en plein coeur de Pa­ris. La Seine se ré­ver­bère sur les car­reaux des fe­nêtres grandes ou­vertes. « C’est un ap­part de fri­meur ! » L’homme de 37 ans dit ça dans un sou­rire qui s’es­tompe vite, comme s’il re­gret­tait dé­jà cette saillie qui pour­rait se re­tour­ner contre lui. Ni­co­las Bedos est du genre pa­ra­no et ne s’en cache pas : « Je suis pru­dent et mé­fiant par ex­pé­rience ! » En in­ter­view, il dis­serte, laisse cou­ler ses phrases, s’ar­rête par­fois pour re­trou­ver le fil d’une idée per­due et de­mande dans la fou­lée à son in­ter­lo­cu­teur ce qu’il en­tend ti­rer de tout ça. Son pre­mier long de réa­li­sa­teur, Mon­sieur et Ma­dame Adel­man, lui res­semble un peu. On y parle et bouge beaucoup. Les tra­vel­lings glissent sur un ré­cit qui s’étend sur près de cin­quante ans d’une vie conju­gale et lit­té­raire. Celle de Vic­tor (Ni­co­las Bedos him­self) et Sa­rah (Do­ra Tillier, éga­le­ment cos­cé­na­riste), deux amoureux des mots. La cri­tique a été bonne et les plus de 300 000 en­trées at­testent de l’in­té­rêt du pu­blic. Ni­co­las Bedos s’im­pa­tiente sur son ca­na­pé, es­père que n’ont pas été re­te­nues que les va­che­ries. Son oeil ma­li­cieux sou­dain se fronce.

« Mon­sieur et Ma­dame Adel­man n’est pas da­van­tage le film d’un émule de Woo­dy Al­len ou d’Ing­mar Berg­man que la ten­ta­tive an­gois­sée d’un ama­teur de “faire ci­né­ma” plu­tôt que de ti­rer pro­fit, et fraî­cheur, de son in­ex­pé­rience. » L’am­bi­tion même du film se­rait donc sus­pecte et ma mise en scène, une dé­bauche de vir­tuo­si­té clin­quante, de bling bling. Soit. Mon film est ce­lui d’un ci­néaste frus­tré, d’un type qui a failli si­gner son pre­mier film vers 20 ans et dont les goûts se sont dé­com­plexés. J’ai de­puis dé­cou­vert beaucoup de films, écrit des scé­na­rios, fait des ren­contres qui m’ont construit. Si j’avais fait ce film à 24 ans, il au­rait res­sem­blé à une pe­tite chro­nique, ca­mé­ra à l’épaule. Ce mon­sieur du Monde l’au­rait sans doute trou­vé nom­bri­liste et un peu ano­din, mais conforme à son idée d’un pre­mier long mé­trage. Cette mo­des­tie re­ven­di­quée me gonfle. On peut trou­ver dans ma mise en scène des mou­ve­ments de ca­mé­ra dé­pla­cés par rap­port à l’am­biance, à la nar­ra­tion… Alors, par­lon­sen ! Je me sou­viens avoir com­po­sé au dé­part une mu­sique très mé­lo­dieuse, presque dé­gou­li­nante, que j’ai fi­na­le­ment chan­gée, car elle pré­cé­dait trop l’émo­tion. Mon sou­ci a été d’être le moins ca­co­pho­nique pos­sible, de trou­ver une forme de so­brié­té dans la vir­tuo­si­té. À l’image, au fond, du couple dont je ra­conte l’his­toire. « On ose ne pas ai­mer un en­fant “dif­fé­rent”, et le dire, on ose se ré­veiller sou­la­gé après des rêves meur­triers (…), on ose par­ler cru, c’es­tà-dire vrai. Oui, Sa­rah et Vic­tor vieilli­ront en­semble, et Ni­co­las Bedos ose­ra lais­ser à la femme, à sa femme, le der­nier mot. D’amour. » Mon film est quand même beaucoup moins ir­ré­vé­ren­cieux que ceux de Todd So­londz, de cer­tains Ba­criJaoui ou Woo­dy Al­len. J’ai connu plus mé­chant et j’es­père l’être beaucoup plus à l’ave­nir. Je traîne der­rière moi la ré­pu­ta­tion d’un type ex­ces­sif, in­cor­ri­gible… Je suis l’an­ti-Macron ! J’ai­me­rais pour­tant ne pas être si cli­vant. Dans la rue, pour un re­gard noir, je re­çois un com­pli­ment. Je me console des uns avec les autres.

« Il ne mé­nage pas mon­sieur, l’écri­vain en crise qu’il in­carne, pré­fé­rant por­ter son at­ten­tion ad­mi­ra­tive sur ma­dame (…) Et laisse Do­ria Tillier lui pi­quer la ve­dette. » J’adore fil­mer une femme tour à tour bou­le­ver­sée, amou­reuse, dé­çue et cap­tu­rer la beau­té der­rière cha­cune des émo­tions. Do­ra a re­çu tous les éloges de la presse. Elle le mé­rite. Je re­marque ce­pen­dant que pas une cri­tique – bonne ou mau­vaise – n’a par­lé de mon tra­vail d’ac­teur. Il doit y avoir en France une forme de ju­ris­pru­dence : on ne parle ja­mais du tra­vail d’un ac­teur quand il est en même temps ci­néaste. Beaucoup n’ont vu dans mon per­son­nage qu’une ex­ten­sion sup­po­sée de moi-même, de mon per­son­nage « té­lé ». C’est un peu dommage.

« Pen­dant deux heures ex­té­nuantes (…) le film dé­roule un ré­cit ul­tra-ba­vard et ré­pé­ti­tif, pré­texte à un fes­ti­val de pon­cifs sur le couple, l’art, la ma­la­die ou la fa­mille (…) C’est un peu l’en­fer qui se pro­file ! » Je peux concé­der que mon film a cer­taines lon­gueurs. À l’ave­nir, je se­rai plus sé­vère même si au mon­tage j’ai taillé sec. J’ai es­sayé de tordre un peu mes phrases. Ve­nant du théâtre, il fal­lait évi­ter au maxi­mum les mots qui claquent un peu trop. Mes per­son­nages sont écri­vains, donc culti­vés, ils ne peuvent pas par­ler comme dans un film de Du­mont. Mon per­son­nage veut en mettre plein la vue à cette fille et s’écoute par­ler. J’aime le foi­son­ne­ment. La peur d’en­nuyer l’autre est très pré­sente chez moi. Quant à « l’en­fer qui se pro­file », le mé­pris et la haine qui se dé­gagent de cet ar­gu­ment désa­morcent toute cré­di­bi­li­té. Ma mère me di­sait : « Tra­vaille , tu les au­ras à l’usure ! » Le plus im­por­tant au­jourd’hui, c’est d’avoir le droit de faire un deuxième film. Blu-ray/DVD • De et avec Ni­co­las Bedos • Avec aus­si Do­ria Tillier, De­nis Po­da­ly­dès, • Le Pacte • Dis­po

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