Por­trait : Ra­chel Weisz

Vic­time ou cou­pable ? Dans My Cou­sin Ra­chel, adap­té de Daph­né du Mau­rier, la co­mé­dienne bri­tan­nique souffle le chaud et le froid. Conversation avec une ci­né­phile tou­jours à l’af­fût d’une dé­cou­verte.

Studio Ciné Live - - Sommaire - Par Thier­ry Cheze Pho­to williams et hi­ra­ka­wa

Cest le type de phrase qui fait fa­ci­le­ment mon­ter le rouge aux joues : « Thier­ry, ça fai­sait trop long­temps. » Elle est sur­tout rare dans un monde d’in­ter­views à la va-vite où nouer une quel­conque re­la­tion est im­pos­sible. Mais voi­là, il y a des ex­cep­tions. Dont Ra­chel Weisz. Notre conversation, en­ta­mée voi­là douze ans au mo­ment de The Constant Gar­de­ner, connaît ain­si un nou­vel épi­sode en ce mois de juin dans un hô­tel lon­do­nien où elle as­sure la pro­mo­tion de My Cou­sin Ra­chel. Notre échange re­prend pile là où le der­nier s’était ar­rê­té trois ans plus tôt. Le temps pour elle d’en­chaî­ner une bonne de­mi-dou­zaine de films aux quatre coins du monde. Car cette globe-trot­teuse sta­kha­no­viste ne chôme pas. « Il me manque juste deux ou trois vies pour tout faire. » Toute de noir vê­tue, d’une classe in­ti­mi­dante, elle vous ob­serve de ses yeux rieurs et dé­ter­mi­nés. Ses ré­ponses sont brèves et pré­cises. Elle ne cherche pas à mul­ti­plier les su­per­la­tifs. Du coup, on per­çoit vite quand les ques­tions ne trouvent au­cun écho en elle. Mais aus­si lors­qu’elles l’ins­pirent, sur­tout lors­qu’il s’agit d’évo­quer ce qu’elle aime le plus : ses met­teurs en scène. Là, la pa­role se li­bère. De Ro­ger Mi­chell, elle loue l’at­ten­tion sin­cère por­tée aux autres. Pour My Cou­sin Ra­chel, il lui a pro­po­sé un jeu in­édit au­tour de son hé­roïne. Une veuve soup­çon­née par le cou­sin de son dé­funt mari d’avoir tué ce der­nier pour tou­cher son hé­ri­tage qui va tom­ber sous son charme vé­né­neux. Ra­chel est-elle vic­time ou cou­pable ? That is the ques­tion… et tout le sel de ce sus­pense ro­ma­nesque. « Je ne connais­sais pas ce ro­man de Daph­né du Mau­rier », avoue-t-elle. « Ses livres sont de vraies mé­ca­niques de pré­ci­sion. Or mes en­vies lit­té­raires me portent plu­tôt à l’op­po­sé. En re­vanche, dès la lec­ture du scé­na­rio, j’ai ado­ré es­sayer de de­vi­ner si cette femme était cou­pable ou non. Ro­ger m’a alors pro­po­sé de choi­sir ma ver­sion des faits et de la jouer sans la lui ré­vé­ler. Il ne sait d’ailleurs tou­jours pas ce que j’ai dé­ci­dé. » Avant d’ajou­ter, es­piègle : « Donc vous ima­gi­nez bien que je ne vais pas vous la dé­voi­ler ! »

LA PAS­SION DES RÉA­LI­SA­TEURS

On se dit for­cé­ment que c’est l’ex­pé­rience et l’ac­cu­mu­la­tion des films et des rôles qui lui per­mettent d’ac­cep­ter ce pe­tit jeu d’équi­li­briste sans fi­let. Mau­vaise pioche. « À n’im­porte quel stade de ma car­rière, j’au­rais ado­ré. Sim­ple­ment, on ne me l’avait ja­mais pro­po­sé. » Et pour­tant, des aventures, elle en a vé­cues. Re­ve­nons-en d’ailleurs au fil rouge de son par­cours. Son lien avec les met­teurs en scène et son art du mot juste pour cha­cun. La gen­tillesse de Ro­ger Mi­chell donc. La pas­sion pour les ac­teurs de Pao­lo Sor­ren­ti­no (Youth). Le goût ob­ses­sion­nel de la pré­ci­sion de Te­rence Davies (The Deep Blue Sea) : « Un ob­jet dé­pla­cé de cinq mil­li­mètres peut le mettre dans une rage folle, mais c’est aus­si ce qui fait de chaque plan un ta­bleau. » Ou la mi­san­thro­pie as­su­mée de Yor­gos Lan­thi­mos (The Lobs­ter). « Sur un pla­teau, Yor­gos ne vous donne pas plus de di­rec­tion qu’il ne ré­pond aux ques­tions que vous lui po­sez. Mais c’est ce qui rend cette col­la­bo­ra­tion pas­sion­nante. » Pas éton­nant que la co­mé­dienne voue un culte à Isabelle Hup­pert, « la meilleure d’entre nous, celle dont chaque film semble être le pre­mier ». Comme elle, Ra­chel Weisz voit énor­mé­ment de films et n’hé­site pas à ex­pri­mer aux réa­li­sa­teurs son en­vie de tour­ner avec eux. Comme ce fut le cas avec Lan­thi­mos. « J’avais vu et ai­mé Ca­nine et Alps. Alors je le lui ai écrit. Tout le monde de­vrait le faire. C’est for­cé­ment flat­teur pour un met­teur en scène de sa­voir qu’on aime son tra­vail, non ? » Peu de ces bou­teilles à la mer res­tent d’ailleurs lettre morte. On la re­trou­ve­ra ain­si pro­chai­ne­ment dans Déso­béis­sance, de Se­bas­tian Le­lio, le réa­li­sa­teur chi­lien de Glo­ria, avant un pro­jet avec Mélanie Laurent, dont elle a ado­ré Res­pire. Avec Ra­chel Weisz, la vie au ci­né­ma pa­raît simple, car elle pro­longe à chaque fois un dé­sir ou une en­vie. D’ailleurs, très vite, l’in­ter­viewée se fait in­ter­vie­weuse, vous de­mande ce qui vous a plu à Cannes, prend note de films et de réa­li­sa­teurs à dé­cou­vrir. Comme au­tant de ren­dez­vous fan­tas­més pour l’ave­nir. Jus­qu’à ce que les trente mi­nutes s’achèvent. Bien trop vite. « À la pro­chaine », conclue telle avec un dé­li­cieux ac­cent. See you soon, Ra­chel…

De Ro­ger Mi­chell • Avec Ra­chel Weisz, Sam Cla­flin… • 1 h 30 • Sor­tie : 26 juillet

My Cou­sin Ra­chel

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