TÉ­HÉ­RAN TA­BOU

OU LA RE­CHERCHE DE LA LI­BER­TÉ FIL­MÉE EN RO­TO­SCO­PIE.

Studio Ciné Live - - Critiques - V.T.

L’ART SE NOUR­RIT aus­si de contraintes. De­vant l’im­pos­si­bi­li­té de tour­ner son long mé­trage en Iran en prises de vues réelles vu la te­neur de son his­toire, Ali Soo­zan­deh a op­té pour la ro­to­sco­pie (de vrais ac­teurs sont fil­més sur fond vert, puis re­des­si­nés dans des élé­ments de dé­cors mê­lant 3D et des­sins). Une tech­nique d’ani­ma­tion qui confère à son film suf­fi­sam­ment de dis­tance pour ex­plo­rer avec fran­chise mais pu­deur la sexua­li­té dans le Té­hé­ran d’au­jourd’hui. Le réa­li­sa­teur ger­ma­no-ira­nien suit plus pré­ci­sé­ment les tra­jec­toires en­tre­mê­lées de trois femmes et d’un jeune mu­si­cien de classe moyenne vic­times des res­tric­tions po­li­tiques et re­li­gieuses. Des si­tua­tions dé­cou­lant tout au­tant des lois que des men­ta­li­tés d’un pays ré­gi par et pour les hommes, et où l’hon­neur fa­mi­lial passe avant tout. Sans mar­te­ler les choses, il dé­nonce brillam­ment une so­cié­té com­plexe de­ve­nue hy­po­crite, pa­ra­noïaque et schi­zo­phrène pour mieux ca­cher, der­rière une fa­çade de ver­tu et d’aus­té­ri­té, une vie pri­vée par­fois dé­bri­dée quand il s’agit de sexe, de drogue, d’al­cool ou de cor­rup­tion. Sans ja­mais en­jo­li­ver les si­tua­tions, Soo­zan­deh s’amuse aus­si de la créa­ti­vi­té des Ira­niens pour dé­jouer les in­ter­dits et vivre un sem­blant de li­ber­té. Un grand film, po­li­tique et in­time à la fois.

D’Ali Soo­zan­deh • Avec El­mi­ra Ra­fi­za­deh, Za­hia Amir Ebra­hi­mi… • 1h36 • 4 oc­tobre

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.