AU RE­VOIR LÀ-HAUT

AL­BERT DUPONTEL ADAPTE PIERRE LE­MAITRE. UNE GRANDE FRESQUE IN­TIME ET PO­PU­LAIRE.

Studio Ciné Live - - Critiques -

C’EST UN AT­TE­LAGE IN­AT­TEN­DU. Et, donc, for­cé­ment ex­ci­tant. D’un cô­té, Pierre Le­maitre et son Au re­voir là-haut, pas­sion­nante tra­gé­die pi­ca­resque cen­trée sur deux sol­dats bri­sés par la guerre de 14-18. De l’autre, Al­bert Dupontel et son gé­nie co­mique ab­surde. At­te­lage pas for­cé­ment pré­vi­sible, et pour­tant sou­hai­té par l’écri­vain. C’est Dupontel et per­sonne d’autre que Le­maitre a sou­hai­té pour por­ter à l’écran son prix Gon­court. Très vite, on com­prend que cet homme de plume a eu l’oeil, et le bon. Dès les scènes de tran­chées, qui plongent au coeur de l’ac­tion sans confondre am­pleur et gran­di­lo­quence – car vé­cues à hau­teur d’hommes –, ces sol­dats sont for­cés par leur lieu­te­nant sa­dique (Laurent La­fitte, re­mar­quable) de li­vrer un ul­time as­saut alors que l’ar­mis­tice est ac­quis. C’est dans la boue, le sang et les larmes qu’on fait donc connais­sance avec Maillard (Dupontel, très ins­pi­ré aus­si de ce cô­té­là de la ca­mé­ra) et Pé­ri­court (Na­huel Pe­rez Bis­cayart, confir­mant, après 120 battements par mi­nute, qu’il est dé­jà bien plus qu’une ré­vé­la­tion). Deux an­ti-hé­ros plon­gés dans d’autres en­fers non moins suf­fo­cants après 1918. La mi­sère et le chô­mage pour le pre­mier. Le trau­ma­tisme mo­ral et la dou­leur phy­sique pour le se­cond, à la gueule cas­sée. Ces so­li­tudes vont s’as­so­cier dans une ar­naque aux mo­nu­ments aux morts qui cible les te­nants d’un pa­trio­tisme de pa­co­tille. Un jeu dan­ge­reux pro­mis à un sort fu­neste, mais à tra­vers le­quel ces deux grands bles­sés de la vie vont se re­cons­truire, au gré de re­bon­dis­se­ments sa­vam­ment or­ches­trés et su­bli­més par une mise en scène mê­lant mou­ve­ments amples de la ca­mé­ra et pré­ci­sion des cadres. Quelque part entre Eu­gène Sue et Jean-Pierre Jeunet, il y a donc du sus­pense dans Au­re­voir là- haut, mais aus­si une poé­sie in­sen­sée, des pointes d’hu­mour et des en­vo­lées poi­gnantes. L’his­toire est d’ailleurs si forte que le par­ti pris d’une construc­tion en flash-back ap­porte un ar­ti­fice bien in­utile. C’est le seul bé­mol à ap­por­ter à ce som­met de ci­né­ma po­pu­laire. Il n’est pas si fré­quent qu’un grand livre donne nais­sance à un aus­si beau film. T.C.

De et avec Al­bert Dupontel • Avec aus­si Na­huel Pe­rez Bis­cayart, Laurent La­fitte… • 2 h 23

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