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C’est qui ce gros tas dans la glace ? Ah ben c’est vous. Enfin pas tout à fait.

Stylist - - Décryptage - Par Hu­go Lin­den­berg

ans la vie, il y a deux sortes de per­sonnes. Les autres et vous. Vous qui lais­sez pour­rir dans votre fri­go tout ce que vous ache­tez, qui ra­tez les oeufs en neige, qui n’avez pas de projet de livre dans un ti­roir, pas de sex-friend, qui n’êtes ja­mais as­sise à cô­té de quel­qu’un de connu dans l’avion. Et les autres, qui ont du ta­lent, un ex­trac­teur à jus, une vie fa­bu­leuse, faite de ren­contres for­tuites et de ha­sards dé­li­cieux. Mais sur­tout, les autres sont su­per-beaux et vous, vous êtes moche moche moche. Ça, c’est dans votre tête. En réa­li­té, vous vous dou­tiez dé­jà que les choses étaient un peu plus com­pli­quées, mais cet été, il est ap­pa­ru en­core plus clai­re­ment que «les autres» avaient aus­si leurs pro­blèmes et que c’étaient les mêmes que les vôtres. Comme Ca­ra De­le­vingne qui vient de son­ner la fin de sa car­rière de man­ne­quin parce que ce mé­tier a fi­ni par lui faire dé­tes­ter son corps et son ap­pa­rence. Comme Mi­ley Cy­rus qui ra­con­tait cet été à Marie Claire, que son rôle d’han­nah Mon­ta­na l’avait ren­due com­plè­te­ment dys­mor­pho­phobe (oui, c’est comme ça que ça s’ap­pelle ce que vous avez). Et peut-être comme Sha­ron Stone qui a dit que ses fesses res­sem­blaient à un tas de crêpes après avoir po­sé nue pour le Har­per’s Ba­zaar il y a un mois, mais on ne peut pas ju­ger pour cause de Pho­to­shop. Et vous, c’est quoi votre pro­blème?

LA DISMORPHO- PA­RA­NO

Alors qu’elle est per­sua­dée d’être un bou­din ato­mique, tout le monde semble faire comme si de rien n’était. Ses amis ont même ten­dance à la trou­ver «jo­lie», ce qui ne lui fa­ci­lite pas la vie: im­pos­sible de sa­voir si elle est pas­sée maître dans l’art de la dis­si­mu­la­tion ou si ses potes, pris de pi­tié pour elle, ont dé­ci­dé de lui ca­cher la vé­ri­té. Soit les gens ri­canent en li­kant ses sel­fies sur Ins­ta­gram, soit elle est la seule à voir ces cuisses dé­me­su­rées, son nez de co­chon d’inde en­rhu­mé et son double men­ton (à cause du­quel elle re­garde tou­jours un peu en l’air). La vé­ri­té se si­tue pro­ba­ble­ment quelque part entre ces deux hy­po­thèses mais ce­la n’en­lève rien au constat sui­vant: il y a au moins une chose sur la­quelle elle est par­fai­te­ment

“VOUS ÊTES PER­SUA­DÉE D’ÊTRE UN BOU­DIN ATO­MIQUE”

dans la norme (ce trou à rat): son in­ter­pré­ta­tion per­son­nelle de son re­flet dans le mi­roir. Dans le doute per­ma­nent face à son phy­sique, elle in­ter­prète tout en fonc­tion de ses com­plexes. Un­tel ne la rap­pelle pas après un ren­dez-vous aus­si chaud qu’un clip de Kend­ji Gi­rac? Elle se per­suade que c’est parce qu’il a pris conscience de ses mul­tiples dif­for­mi­tés. Et cer­tai­ne­ment pas parce que saoule, elle a chu­té de sa chaise en in­ter­pel­lant le ser­veur qu’elle ap­pe­lait «pa­pa». La phrase qu’elle re­doute qu’on dise sur elle: «Tu vois, on di­rait que c’est Guy Car­lier qui a ava­lé Guy Car­lier.» Ou «Mais si tu sais, la meuf un peu dif­forme».

L’APOL­LON

COM­PLEXÉ

Ve­gan, spor­tif, et donc un brin re­lou, il n’en est pas moins ex­trê­me­ment bien fou­tu. Il faut bien que la vie de moine boud­dhiste as­so­ciée à un ré­gime raw ait quelques avan­tages. En l’oc­cur­rence, elle n’en a que deux: sa­voir cra­cher du feu et avoir le corps de Brad Pitt jeune. Ce qui vous a na­tu­rel­le­ment ame­née à pré­fé­rer l’in­vi­ter di­rect chez vous: il ne boit pas et vous n’aviez pas en­vie d’être ivre au mo­ment du spec­tacle de son corps en HD (pour une fois que votre lit ac­cueille autre chose qu’un gra­phiste plus frêle que vous). Sauf qu’après vous avoir fait l’amour avec l’au­dace d’un dres­seur de lion, le voi­là qui com­mence à se tor­tiller pour ren­trer dans son ca­le­çon avec la grâce d’un rat-taupe nu. De­vant votre désar­roi, il vous confesse, gê­né, que la taille de son sexe le com­plexe. Ce qui vous laisse sans voix (avouons-le, vous n’en aviez dé­jà plus beau­coup). Mais vous fait quand même un peu plai­sir. Si même les êtres qui collent en tout point aux ca­nons de la beau­té de leur époque sont in­ca­pables d’en pro­fi­ter, jus­qu’à al­ler cher­cher dans leur cu­lotte (le seul en­droit un peu ca­ché) des rai­sons de s’in­quié­ter, c’est qu’il est temps de re­la­ti­vi­ser. Et que du coup, votre nez n’est peut-être pas si grand que vous le voyez (ou alors vous avez vrai­ment un pro­blème avec les pro­por­tions). La phrase qu’il re­doute qu’on dise sur lui: «Il est à “ça” de la per­fec­tion», avec le pouce et l’in­dex écar­tés de 4 cm.

LA MOCHE PRÉ­TEN­TIEUSE

On confond sou­vent la beau­té avec autre chose: la jeu­nesse, l’at­ti­tude, Jus­tin Bie­ber. Elle, on ne sait pas avec quoi elle confond, mais elle est ma­ni­fes­te­ment per­sua­dée d’avoir été mou­lée avec des gènes boos­tés au kale. Tant de confiance en soi sur une per­sonne si ba­nale

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