Vos potes ne sont plus dis­pos le soir ?

Stylist - - News - Par Ma­rie Kock

V

EN­TRÉE

Parce que vous avez cé­dé aux si­rènes des ma­ga­zines à grand ti­rage, vous vous êtes pe­tit à pe­tit lais­sé convaincre par le concept de la « qua­li­té de vie ». Soit l’idée que le bon­heur, c’est de la place pour ins­tal­ler une buan­de­rie, un as­cen­seur et une adresse proche hô­pi­tal. Vous avez donc tro­qué votre pe­tit ap­par­te­ment proche bars et proche potes contre un moins pe­tit ap­par­te­ment à vingt mi­nutes de mé­tro, deux ar­rêts de bus et dix-huit mi­nutes de marche. Il va sans dire que plus per­sonne ne vous ap­pelle au dé­bot­té du coin de la rue (la seule rai­son qui au­rait pu les pous­ser à s’y trou­ver, c’est de vou­loir faire un achat en gros de mo­quette), et que vos fêtes d’an­ni­ver­saire en ont pris un coup ques­tion am­biance de­puis que seuls vos voi­sins du des­sous trouvent la force de se poin­ter. Ar­rê­tez de vous voi­ler la face : vos amis pré­fé­raient votre an­cien vous (celle qui ha­bi­tait dans le 10e) et tentent de vous le dire gen­ti­ment en ne fré­quen­tant que votre vous ac­tif – celle qui tra­vaille sur

la ligne 4 –, à l’heure du dé­jeu­ner.

Chan­ge­ment de ré­gime :

in­ves­tis­sez dans une ré­si­dence se­con­daire au-de­là de vos moyens mais qui re­do­re­ra votre image au­près de vos potes (de­ve­nez « celle qui a une pis­cine »).

PLAT

À peine en­ta­mée votre bran­dade de mo­rue, vous vous sen­tez dé­jà per­due comme dans un ro­man russe. Alors que votre crew de base ne comp­tait que cinq per­sonnes, le pote avec qui vous dé­jeu­nez vous noie sous un na­me­drop­ping qui vous est aus­si étran­ger qu’une ga­le­rie Say Who. Non vous ne sa­viez pas que Lo­la était trop mar­rante ni que Bas­tien, sous ses abords de pe­tite frappe, avait en réa­li­té un coeur de Saint­ber­nard. Mais ap­pa­rem­ment vous êtes bien la seule, tous les autres ayant ré­pon­du pré­sent à la vi­rée gé­niale à Deau­ville alors que ce n’était pas pré­vu

(tel­le­ment que vous n’avez ja­mais re­çu l’in­vi­ta­tion). Dom­mage parce que votre BFF n’a ja­mais au­tant ri que ce soir-là, ce qu’elle vous dit en s’étouf­fant à moi­tié dans son pain. Avant de vous confier, l’air sou­dai­ne­ment grave, tous les pro­blèmes qui l’an­goissent mais dont elle ne par­le­rait pour rien au monde au sein de sa nou­velle bande, de peur de cas­ser l’am­biance (sur­tout celle de Bas­tien qui, mal­gré sa gen­tillesse lé­gen­daire, a ten­dance à cas­ser des portes dès qu’il s’en­nuie). Un peu in­quiète qu’elle n’ait tou­jours pas tou­ché à son gas­pa­cho, vous lui rap­pe­lez gen­ti­ment que ses sou­cis ne sont pas une rai­son pour s’af­fa­mer. Dieu mer­ci, elle vous ras­sure : c’est juste qu’elle va en­core se la col­ler avec Ju­lia (don’t know, don’t care) le soir même et qu’elle es­saie de faire at­ten­tion. Mais pas à vous ma­ni­fes­te­ment.

Chan­ge­ment de ré­gime : créez votre propre ligue des amis ima­gi­naires, avec qui vous pour­rez vivre en­fin des soi­rées dignes de ce nom (trou­vez un bar qui ac­cep­te­ra que vous oc­cu­piez seule et hi­lare une table de 12 per­sonnes)

DES­SERT

Ce n’est pas un chat, ni une mère de fa­mille nom­breuse. Pour­tant, vous ne pou­vez pas cap­ter son at­ten­tion plus d’une mi­nute et de­mie. Hy­per-frus­trant puisque vous aviez pré­vu de lui ex­pli­quer par le me­nu votre der­nière épi­pha­nie psy­cha­na­ly­tique : une pas­sion­nante his­toire de confi­tures, de symp­tômes de sclé­rose en plaque et de faillite trans­gé­né­ra­tion­nelle. Mais ma­ni­fes­te­ment, votre pote Cé­dric n’en a rien à foutre, puis­qu’à la men­tion de votre pa­ra­ly­sie des deux bras, il était en train de sou­rire à son té­lé­phone. Puis à vous, en es­pé­rant que ce soit rac­cord avec la conver­sa­tion (same player, shoot again). Bien sûr, vous vous ré­jouis­sez que votre ami de tou­jours soit tom­bé amou­reux mais vous ne com­pre­nez pas bien pour­quoi il se pas­se­rait de vos longues soi­rées avi­nées à dé­tes­ter le monde en­semble et à en re­prendre une pe­tite der­nière parce que vous n’al­liez quand même pas vous lais­ser pié­ti­ner par la so­cié­té. Sauf qu’à votre contre-uto­pie, il en a pré­fé­ré une plus simple : celle de pou­voir dor­mir tran­quille­ment chaque soir dans des draps frais et des bras ai­mants. Booooo­ring certes mais avouez que ça vous laisse du temps tran­quille pour ré­gler vos propres pro­blèmes d’oe­dipe, sobre comme tout, dans votre ap­part que per­sonne n’a osé dé­ran­ger de­puis long­temps.

Chan­ge­ment de ré­gime : pas­sez vos dé­jeu­ners sur les fo­rums Doc­tis­si­mo où cha­cha­pou­lette pren­dra très au sé­rieux le moindre de vos four­mille­ments de l’in­dex (at­ten­tion, elle risque de vous convaincre que ça res­semble moins à une SEP qu’à une Park’s).

CA­FÉ

En­fin fa­çon de par­ler puisque, comme la ca­féine vous fait soi-di­sant pal­pi­ter les sour­cils, vous évi­tez à tout prix ce poi­son pour l’es­to­mac, no­tam­ment pour pou­voir vous la col­ler tran­quille­ment au san­cerre sans pas­ser par la case Ren­nie. Sauf que l’al­cool vous rend la langue un peu trop bien pen­due (les joues aus­si mais c’est une autre his­toire) et que, au grand dam de vos amis, vous vous en ser­vez pour res­sas­ser tou­jours la même his­toire – pour ceux qui ne vous ont pas re­vue de­puis 2007, oui vous vous de­man­dez tou­jours pour­quoi Phi­lippe a be­soin de se ma­rier, de di­vor­cer puis de se re­ma­rier avec quel­qu’un d’autre alors que vous sa­vez bien qu’il n’aime que vous. Ce qui, en fin de soi­rée, se ter­mine tou­jours par des en­vois de haï­kus re­gret­tables au dit Phi­lippe (« Il pleut sur Pa­ris/sous le char­don et l’or­tie/j’ai per­du mes clés »), que vous peau­fi­ne­rez pour­tant avec eux au pro­chain apé­ro : «“le cri de la gre­nouille”, c’est clair non comme image ? »). Bref, vous avez épuisé votre ta­lent jeu­nesse, votre foie et la pa­tience de vos amis, qui es­pé­raient qu’en vous can­ton­nant au dé­jeu­ner, ils pour­raient vous par­ler d’autre chose – leur vie par exemple.

Chan­ge­ment de ré­gime : s’ils se mettent à vous pe­tit-dé­jeu­ne­zo­ner, il est temps de vous trou­ver de nou­veaux amis, no­tam­ment aux AA.

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