De l’air

Lâ­chez nos seins, fran­che­ment c’est gon­flant.

Stylist - - Stylist - Par Va­len­tine Pé­try

Lâ­chez mes seins, c’est gon­flant

Àqui mon­trez-vous vos seins ? Peu de monde, ré­pondent les sta­tis­tiques. Se­lon un son­dage Ifop-plaisx réa­li­sé l’an der­nier, les boob­ca­tions ne sont plus d’ac­tua­li­té : si 43 % des Fran­çaises de moins de 50 ans étaient to­pless sur la plage en 1984, elles étaient moins de 22 % en 2017. Ce qui n’em­pêche pas 100 % de la po­pu­la­tion d’avoir un avis sur votre poi­trine. « Les seins ap­par­tiennent à tout le monde sauf aux femmes, as­sène Ca­mille Froi­de­vaux-met­te­rie, pro­fes­seure de sciences po­li­tiques et au­teure de Le Corps des femmes, la ba­taille

de l’in­time (Philosophie Ma­ga­zine Édi­teur, 2018). La so­cié­té se les ap­pro­prie : ils sont dé­ta­chés du corps et ob­jec­ti­fiés par le re­gard des hommes.» Un oeil col­lec­tif pa­triar­cal qui « veut » les voir, vi­sibles et vo­lu­mi­neux. « Ils sont dé­jà trans­for­més par le sou­tien-gorge, comme deux ob­jets à pré­sen­ter aux autres. La meilleure illus­tra­tion étant le suc­cès ré­cent des sou­tiens-gorge à coque, qua­si­ment le seul mo­dèle dis­po­nible dès la pré-ado­les­cence », pour­suit-elle. Si vos seins doivent ré­pondre à un stan­dard bien nor­mé (ronds/hauts/fermes), les ac­cep­ter tels qu’ils sont est un choix dont on ne vous laisse pas le luxe. Pour­tant, à qui sont-ils ? À vous !

FAITES-LEUR DU BIEN

Peu im­porte de quoi ils ont l’air, ils sont à vous donc ils sont par­faits. Ce­ci étant dit, vous en oc­cu­per un peu peut vous rap­por­ter gros (et on ne parle pas en taille de bon­net).

Vous se­rez plus en forme : « On pense à bros­ser le bas du corps mais le haut est aus­si im­por­tant, af­firme Ca­role Hon­nart, fon­da­trice de Doux Good, pour faire cir­cu­ler la lymphe, ac­cé­lé­rer la cir­cu­la­tion san­guine et raf­fer­mir les tis­sus. » Bros­sez les bras, puis par­tez du nom­bril vers le haut du buste en contour­nant la poi­trine, en­fin pas­sez au mi­lieu des seins jus­qu’aux ais­selles. « C’est la porte d’éva­cua­tion des toxines, bros­sez dou­ce­ment et pas­sez deux ou trois fois au même en­droit », conseillet-elle. À faire au moins trois fois par se­maine pour ga­gner en éner­gie.

Vous se­rez plus forte : es­sayez-vous à l’avi­ron. Nous sommes conscient.e.s que nous ve­nons de perdre 98 % de notre lec­to­rat suite à cette phrase mais pour les 2 % qui res­tent (mer­ci), la ki­né Jo­ce­lyne Rolland as­sure que « c’est un sport par­fait pour les femmes qui passent leur vie cour­bées de­vant un or­di­na­teur et l’un des rares qui muscle l’en­semble du corps et aug­mente le rythme car­diaque ». En ti­rant les bras vers l’ar­rière, vous ou­vrez la cage tho­ra­cique, mus­clez les ab­dos, les jambes et le dos. Elle a d’ailleurs créé le pro­gramme Avi­rose, à des­ti­na­tion des femmes ayant sui­vi un trai­te­ment du can­cer du sein. « La chi­mio­thé­ra­pie fait fondre les muscles des membres in­fé­rieurs. Pour re­cons­truire un sein, on pré­lève par­fois de la graisse du ventre ou un muscle dor­sal. Il faut donc ré­édu­quer et so­li­di­fier toute cette zone », ex­plique-t-elle. Si ça vous semble trop hard­core, le Pi­lates, c’est bien aus­si. « Il per­met d’ou­vrir, de se re­dres­ser, de le­ver le men­ton et de ser­rer les omo­plates », pour­suit-elle.

Vous se­rez plus chill : leur taille vous fout vrai­ment le seum ? Com­men­çons par sou­li­gner que vous êtes trop vieille pour par­ler comme ça. En­suite, faites-vous une rai­son : la mé­de­cine es­thé­tique ne peut rien pour vous quand il s’agit de mo­di­fier leur vo­lume. « Le vam­pire lift ne sert à rien, les in­jec­tions d’acide hya­lu­ro­nique ne sont pas safe et les fils lif­tants ne sou­tiennent pas les muscles, donc peuvent pro­vo­quer des com­pli­ca­tions », in­siste Jé­rôme Mon­nier, chi­rur­gien es­thé­tique. Pas la peine de brow­ser sur le Net en pleine nuit (on vous connaît) : ga­gnez plu­tôt deux heures de som­meil. Si vous vou­lez vrai­ment faire quelque chose, il conseille d’en­tre­te­nir la qua­li­té de la peau avec de la ra­dio­fré­quence, qui re­lance la pro­duc­tion de col­la­gène ou de LED, en sti­mu­lant les fi­bro­blastes pour une peau plus lisse et lu­mi­neuse.

Post-it men­tal : « Le conseil de pres­ser ses mains l’une contre l’autre de­vant soi pour to­ni­fier le buste est une fausse bonne idée, ça creuse la poi­trine. À la place, chaque jour, cro­che­tez vos doigts et le­vez les coudes vers l’ex­té­rieur en es­sayant de les dé­cro­che­ter », Jo­ce­lyne Rolland.

PIMPEZ-LES SI VOUS VOU­LEZ

On vous di­rait bien que votre per­sonne est sa­crée mais ce terme vient d’être un peu gal­vau­dé il ar­rive d’avoir vrai­ment en­vie de trans­for­mer ce que la na­ture vous a don­né. Si c’est votre cas, alors vous avez rai­son et per­sonne ne vous juge.

Vous vou­lez les ré­duire : leur vo­lume pou­vant faire mal au dos et/ou à l’es­time de soi, il est pos­sible d’ôter une par­tie de la glande mam­maire et de la graisse. Au-de­là de 300 grammes en­le­vés par sein, l’opé­ra­tion est par­tiel­le­ment rem­bour­sée par la Sé­cu­ri­té so­ciale et cou­verte par cer­taines mu­tuelles (FYI : ça coûte entre 750 € et 2 500 €). Ce n’est une pe­tite in­ter­ven­tion pour per­sonne. « Les pa­tient.e.s trans­genres qui veulent une abla­tion totale de la poi­trine doivent vrai­ment s’adres­ser à un chi­rur­gien très spé­cia­li­sé, in­siste Jé­rôme Mon­nier, il faut pré­le­ver une quan­ti­té de peau adé­quate pour que l’épi­derme soit ten­du, sans que les ci­ca­trices ne s’écartent et soient trop larges.» Trou­vez un mé­de­cin bien­veillant et spé­cia­li­sé en vous ren­sei­gnant au­près du mi­lieu as­so­cia­tif (comme Ac­cep­tess-t) et dou­blez avec un pe­tit check sur bdd­trans.fr. Les opé­ra­tions d’abla­tion de poi­trine (idem pour la va­gi­no­plas­tie et la phal­lo­plas­tie) peuvent être prises en charge par la Sé­cu­ri­té so­ciale. « Mais le pro­ces­sus est long et com­plexe, il faut au moins deux ans de sui­vi psy, ce qui peut in­ci­ter cer­taines per­sonnes à se faire opé­rer à l’étran­ger », aver­tit Mag­da­le­na Smi­lov, mé­de­cin gé­né­ra­liste.

Vous vou­lez du vo­lume : « La moi­tié des clientes qui veulent une aug­men­ta­tion consultent après une gros­sesse, sou­ligne Jé­rôme Mon­nier. Elles res­sentent une grande culpa­bi­li­té car la poi­trine a chan­gé et perd entre 20 % et 30 % de son vo­lume. » Les so­lu­tions : une aug­men­ta­tion par pro­thèse ana­to­mique – il en existe 192 dif­fé­rentes (ver­sus 60 rondes, moins na­tu­relles) en si­li­cone co­hé­sif, qui durent entre dix et quinze ans et qui sont re­com­man­dées aux per­sonnes trans­genres – ou par li­po­filling : de la graisse est pré­le­vée sur la pa­tiente puis ré­in­jec­tée dans le sein. Pas mal pour am­pli­fier mais pas pour cor­ri­ger une forme. « Il s’agit d’une au­to­greffe, qui prend mieux avant 30 ans : les cel­lules sont vi­vantes, il faut qu’elles “prennent”. En gé­né­ral, 30 % d’entre elles sont dé­truites par le corps. Il peut ar­ri­ver que ce­la ne prenne pas de la même ma­nière sur les deux seins », pour­suit-il. Le ré­sul­tat s’es­tompe au fil des an­nées et peut du­rer entre trois et dix ans. Vous vou­lez al­ler plus haut comme Ti­na Are­na (on se rac­com­pagne vers la sor­tie, on re­vient) : il s’agit d’ôter de la peau pour lif­ter l’en­semble. Les ci­ca­trices s’es­tompent dans 95 % des cas. La plus stres­sante, la ver­ti­cale du ma­me­lon jus­qu’au sillon, s’es­tompe en trois mois. Si elle est réus­sie, l’opé­ra­tion est peu dou­lou­reuse car on ne touche que la peau. Ce lift est pra­ti­qué en am­bu­la­toire : vous ren­trez le ma­tin, sor­tez le soir et re­tour­nez bos­ser deux jours après.

Post-it men­tal : « Il est éga­le­ment pos­sible de ré­duire la taille des té­tons, sous anes­thé­sie lo­cale ou en même temps qu’une autre pro­cé­dure. La ci­ca­trice dis­pa­raît au bout d’un an dans 95 % des cas et elle peut être re­prise ou ta­touée », Jé­rôme Mon­nier.

FAITES-Y AT­TEN­TION

Se­lon la Ligue contre le can­cer, il y a 54 000 nou­veaux cas de can­cer du sein en France chaque an­née, ce qui en fait le can­cer le plus fré­quent.

Vous avez une pe­tite tren­taine : pas de pa­ra­no, la ques­tion du dé­pis­tage est non né­go­ciable, celle du sur-dé­pis­tage (un pal­page an­nuel) vi­ve­ment dis­cu­tée dans la com­mu­nau­té mé­di­cale car elle n’al­lon­ge­rait pas l’es­pé­rance

de vie. « L’âge des pre­miers dé­pis­tages est dé­bat­tu, on le conseille sou­vent au­tour de la tren­taine, par­fois dès 25 ans », ré­sume Anne-eli­sa­beth Ma­zel, mé­de­cin. Seul votre mé­de­cin dé­ter­mi­ne­ra quand vous pal­per. Et les gy­né­co­logues ne sont pas les seul.e.s à pou­voir le faire. Sages-femmes/maïeu­ti­ciens en ca­bi­net, mé­de­cins gé­né­ra­listes... Vous pou­vez de­man­der un exa­men en même temps qu’une consul­ta­tion pour une an­gine. « Je pro­pose à mes pa­tientes de leur ap­prendre à s’au­to-pal­per si elles se sentent à l’aise, pas si ça les stresse », conti­nue-t-elle.

Vous ne sa­vez pas si vous êtes « à risque » :

pre­nez ren­dez-vous avec votre mé­de­cin. Vous pou­vez avoir be­soin d’un sui­vi plus fré­quent si l’un des membres di­rects de votre fa­mille a eu un can­cer du sein (fé­mi­nin comme mas­cu­lin), des ovaires, de l’uté­rus. Ce qui in­clut : pa­rents, soeurs, frères, en­fants, grands-pa­rents, tantes et oncles. « En cas de doute, le mé­de­cin vous oriente vers une consul­ta­tion on­co­gé­né­tique, qui ef­fec­tue un arbre gé­néa­lo­gique, pro­pose un test ADN et dé­ter­mine le risque », ex­plique-t-elle. La fré­quence du dé­pis­tage est adap­tée en­suite.

Vous êtes trans­genre : vous de­vez éga­le­ment être sui­vie. « Ces pa­tientes confient sou­vent que les vi­sites chez les mé­de­cins sont an­gois­santes, elles craignent d’être ju­gées ou mal gen­rées et ont du mal à trou­ver un pro­fes­sion­nel qua­li­fié, car il n’y a au­cune for­ma­tion sur leur prise en charge pen­dant le cur­sus de mé­de­cine gé­né­rale », rap­pelle Mag­da­le­na Smi­lov. Or, les trans­sexuelles M to F (male to fe­male) qui suivent un trai­te­ment hor­mo­nal à base d’oes­tro­gènes pré­sentent un lé­ger sur-risque. « On re­com­mande un dé­pis­tage après cinq ans de trai­te­ment hor­mo­nal, d’au­tant plus im­por­tant si vous avez pris des hor­mones sans être sui­vie », ex­plique-t-elle. Chez les pa­tients F to M qui ont eu une abla­tion de la glande mam­maire, des ovaires et de l’uté­rus, le risque est bas. Chez ceux qui dé­cident de conser­ver leur uté­rus et leurs ovaires tout en sui­vant un trai­te­ment à base de tes­to­sté­rone, « le risque n’est pas nul et mé­rite un sui­vi ». Oui, c’est très flou. « Il existe très peu d’études sur ce su­jet », dé­plore le mé­de­cin. Si un can­cer se dé­clare, il est re­com­man­dé de stop­per tout trai­te­ment hor­mo­nal. « Ils sont consi­dé­rés comme des fac­teurs de risques, et éthi­que­ment, nous n’avons pas vrai­ment d’études pour quan­ti­fier leur ef­fet mais in­ter­rompre le trai­te­ment est très dou­lou­reux pour les pa­tients », pour­suit-elle.

Post-it men­tal : « Si vous ne vous sen­tez pas à l’aise avec votre mé­de­cin, chan­gez ! Votre san­té est trop im­por­tante pour ne pas consul­ter. Je re­com­mande le site gy­nand­co.word­press.com, ba­sé sur des re­tours de pa­tientes, qui liste les pra­ti­cien.ne.s fé­mi­nistes et safe, ain­si que trans­friend­ly, fat­friend­ly, gay­friend­ly, res­pec­tueux.ses des tra­vailleuses sexuelles ou des toxi­co­manes », Anne-eli­sa­beth Ma­zel.

LE CIEL, LES BAL­LONS ET MAM­MAIRE

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