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Des idées pour se cou­cher moins bête

En­core un peu de sur­sis avant de voir dé­bar­quer les pre­miers teen mo­vies à trot­ti­nettes élec­triques.

BMX ou ska­te­board : le voi­là le plus dé­ter­mi­nant des di­lemmes da­do­les­cence. Cest que chaque vé­hi­cule-to­tem a sa fonc­tion sym­bo­lique :

des­trier at­ti­tré des ga­min.e.s des sub­urbs, le pre­mier per­met de fuir en quelques coups de pé­dale la pri­son pa­villon­naire du monde adulte (et gé­né­ra­le­ment sauver en che­min un être ve­nu dailleurs, comme dans E.T., Super 8 ou Stran­ger Things) ; moins ac­ces­sible et lo­co­mo­teur, le se­cond est pré­fé­ré par le.la mar­gi­nal.e des mé­tro­poles le.la ska­teur.euse sé­man­cipe de la mo­ro­si­té am­biante de lin­té­rieur, en re­con­ver­tis­sant la ville en­tière en aire de jeu.

Un jeu à la fois dan­ge­reux (on y passe le plus clair de son temps à se cas­ser la gueule), éli­tiste (beau­coup aban­donnent sans ja­mais avoir sor­ti un trick) et trans­gres­sif (la po­lice est, plus que la chute, len­ne­mi nu­mé­ro un).

De quoi ex­pli­quer la fé­ti­chi­sa­tion gourmande du skate par le cinéma dau­teur amé­ri­cain : Lar­ry Clark (Was­sup Ro­ckers), Gus van Sant (Pa­ra­noid Park), et au­jourd­hui, à la sur­prise gé­né­rale, Jonah Hill. Sur tous les fronts de­puis dix ans (un grand huit, fait de co­mé­dies ré­gres­sives chez Apa­tow et de rêves da­no­blis­se­ment chez Scor­sese, ryth­mé par une trans­for­ma­tion phy­sique en yo-yo per­ma­nent), Hill est tout de même par­ve­nu à fo­men­ter un bap­tême du feu der­rière la ca­mé­ra. Il y scrute les pre­miers bo­bos et ol­lies de Ste­vie, 13 ans, pour qui lap­pren­tis­sage de la planche vau­dra bien sûr ce­lui de la vie.

Cest que Ste­vie traîne une fa­mille qui pèse lourd : un père absent, une mère dé­pas­sée, un grand frère violent. Alors, quand une porte souvre pour in­té­grer un crew, la­do­les­cent fonce à pleines roues, au risque de la dés­illu­sion. Dans 90s, on se dé­robe ain­si à un ter­ri­toire ac­ci­den­té pour mieux en ex­pé­ri­men­ter un autre lé­ter­nel ri­tuel du co­ming of age mo­vie, ren­du à sa plus simple ex­pres­sion par une mise en scène au cor­deau, qui dif­fuse sur ce trip vin­tage un par­fum din­tem­po­ra­li­té que ne lais­sait pas soup­çon­ner le titre (qui ne ment pour­tant pas sur le shoot de pop culture 90s). Lar­ry Clark sans lim­passe cra­dingue, Gus Van Sant sans lem­phase exis­ten­tielle : la planche est en par­fait équi­libre. L.B. 90s de Jonah Hill avec Sunny Suljic, Lu­cas Hedges, 1 h 25.

PHO­TOS : TO­BIN YELLAND ; CY­RILLE CHOUPAS ; DR

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