Jour­née off

Le Jour d’après est sur­tout ce­lui où l’art de la ré­mi­nis­cence dont Hong Sang-soo a le se­cret dé­cide de po­ser son RTT.

Technikart - SuperCannes - - News - YAL SA­DAT

On a tou­jours eu l’im­pres­sion, confir­mée en ba­var­dant avec les fans hard­core du Gar­rel co­réen (ils sont peu nom­breux, mais ils parlent fran­çais) que la puis­sance des dis­cus­sions flâ­neuses vues dans ses films te­nait à leur prin­cipe gi­gogne. Un dia­logue amou­reux ne vaut pas seule­ment pour lui-même, il en contient tou­jours mille autres. Exemple : un qua­dra élé­gant mais cre­vé est as­sis dans un boui-boui face à une jo­lie étu­diante ; on ob­serve leurs pro­fils sculp­tu­raux, la bou­teille de so­ju entre eux qui coupe le plan en son mi­lieu et, à me­sure que dure la sé­quence, on se sou­vient d’autres dis­cus­sions qu’on a eue, nous aus­si, au­tour d’une bou­teille, à toutes celles qu’on au­ra, à celles des pré­cé­dents films de Hong Sang-soo avec un autre qua­dra cre­vé et d’autres étu­diantes, on fi­nit même par se sou­ve­nir de scènes de ma­ri­vau­dage que Hong Sang-soo n’a pour­tant ja­mais écrites – c’est que le so­ju fait ef­fet sur nous, on se met à hal­lu­ci­ner dou­ce­ment la vie, et le cinéma avec. Dans Le Jour d’après, il y a en­core des face-à-face entre un bel homme fa­ti­gué et plu­sieurs jeunes femmes, fil­mées de pro­fil, dans un noir et blanc un brin cosmétique. Mais cette fois, on reste désespérément en­glué dans le pré­sent, n’ayant plus que la chro­no­lo­gie er­ra­tique et ar­ti­fi­cielle du mon­tage pour se perdre à la jonc­tion du sou­ve­nir, du pré­sent et du fan­tasme. C’est dom­mage : quand ses amou­rettes sont plus in­car­nées, Hong n’a nul be­soin de faire jou­jou avec le temps pour se­mer son spec­ta­teur dans sa propre mé­moire.

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