CANNAL HIS­TO­RIQUE

UNE SÉ­RIE TÉ­LÉ À CANNES ? Les sé­ries ont elles leurs places à Cannes ? Peut-ont dé­cou­vrir pour la pre­mière fois un film sur son écran d’or­di­na­teur ? Twin Peaks tranche ses dé­bats qui anime le Fes­ti­val en pro­po­sant un ob­jet hy­bride qui trans­cende les dé­fin

Technikart - SuperCannes - - News - JONATHAN BRODA

Le grand su­jet de ce Fes­ti­val n’est pas la qua­li­té des oeuvres, le re­nou­vel­le­ment des au­teurs, les thé­ma­tiques ré­cur­rentes, mais plu­tôt la dis­tri­bu­tion / dif­fu­sion des films ou pour le nom­mer au­tre­ment la sa­cro­sainte Chro­no­lo­gie des mé­dias. A la veille de la pro­jec­tion à Cannes des deux pre­miers épi­sodes de la sai­son 3 de Twin Peaks - ou au sur­len­de­main de leur dif­fu­sion aux Etats-Unis - qu’en est-il ?

Tout d’abord, pen­ser que le long mé­trage a tou­jours été le for­mat du cinéma est une inep­tie ab­so­lue. Dans le cinéma des pre­miers temps (avant 1915), et dans le cinéma muet en gé­né­ral (avant 1930) dif­fé­rents for­mats co­ha­bi­taient. Les pre­mières stars de cinéma furent des co­mé­diens/per­son­nages ré­cur­rents de films courts : Max Lin­der en France, Fat­ty Ar­bu­ckle, Bus­ter Kea­ton et bien sur Char­lot aux Etats-Unis… Alors que Fan­tô­mas, Les Vam­pires ou Ju­dex (de 1913 à 1916) im­posent Louis Feuillade et ses sé­rials dans les­quelles le pu­blic suit les aven­tures de pro­ta­go­nistes ré­cur­rents. Ne sont-ils pas les an­cêtres de nos sé­ries ?

Plus près de nous cer­tains ci­néastes uti­li­sèrent leur nom comme une marque de cinéma qui pou­vait se dé­cli­ner dans d’autres mé­dias. La fa­meuse sé­rie « Hit­ch­cock Present » (1955-1962) reste une ma­trice ma­jeure de la sé­rie té­lé mo­derne. Cop­po­la lui aus­si a bien compris l’in­ter­ac­tion fé­conde ! Dé­cli­nant une oeuvre pro­po­sée sur deux sup­ports dif­fé­rents, il fait suc­ces­si­ve­ment Le Par­rain 1 (71), le Par­rain 2 (74) et la sé­rie TV en 4 épi­sodes Le Par­rain (77). Puis Le par­rain 3 (90) qui de­vait per­mettre de mettre en boîte une sé­rie de 9 épi­sodes de 50 min en 2002… Épi­sodes que nous at­ten­dons tou­jours.

D’autres ci­néastes ont dé­mon­tré leur goût de la sé­ria­li­té : Fran­çois Truf­faut avec son oeuvre au­tour d’An­toine Doi­nel/ Jean-Pierre Léaud : Les 400 coups (59), An­toine et Colette (Court-mé­trage, 62), Baisers vo­lés (1968), Do­mi­cile conju­gal (1970) et en­fin L’amour en fuite (1979). Six films sur 20 ans, une sé­rie plus longue qu’Ur­gence ? Alors que le tour­nage du film Boy­wood de Ri­chard Link­la­ter (2015) s’est éta­lé sur plus 10 ans, dis­po­si­tif trou­blant.

Donc rien de si nou­veau sous le so­leil can­nois avec la pro­jec­tion de la troi­sième sai­son de Twin Peaks. Mais en fait si, car quand Lynch ac­cepte de réa­li­ser Twin Peaks à l’aube des 90’s il crée une ma­chine qui n’a rien avoir avec les sé­ries d’alors. Un monstre com­po­sé de deux sai­sons (90-91) et d’un film (92) qui ra­conte les 7 derniers jours avant le dé­but de la sai­son 1… Un uni­vers suf­fi­sam­ment fort pour être ré­ac­ti­vé 25 ans plus tard. Et at­ten­du de­puis deux ans comme ra­re­ment l’a été un film ou une sé­rie. La chro­no­lo­gie de l’im­mé­diat c’est ça : on veut revenir à Twin Peaks séance te­nante.

Au dé­but des an­nées 20, deux des pre­miers théo­ri­ciens fran­çais du cinéma ont cherché à dé­fi­nir com­ment nom­mer les per­sonnes qui font des films. Louis Del­luc pro­po­sa « ci­néaste », Ric­ciot­to Ca­nu­do pen­chait plu­tôt pour « écra­niste ». Del­luc a ga­gné, mais au­jourd’hui, la ques­tion se re­pose. Sur grand comme sur pe­tit écran Da­vid Lynch est l’écra­niste que nous at­ten­dons tous.

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