# Peace andLove

Fan­tasmes et mu­ta­tions d’une jeune sy­rienne juste avant la pluie de bombes. Le pre­mier film de Gaya Ji­ji, Mon tis­su pré­fé­ré dé­tri­cote un à un les cli­chés du ci­né­ma arabe.

Technikart - SuperCannes - - Édito - MI­CHAËL PATIN

L’his­toire se dé­roule à Da­mas en 2011, juste avant le dé­but de la guerre ci­vile. La réa­li­sa­trice est une jeune Sy­rienne for­mée en France, lau­réate en 2016 du prix Wo­men in Mo­tion. Le cas­ting est à 80% fé­mi­nin, avec à sa proue la su­blime Ma­nal Is­sa dans le rôle de Nah­la. Dif­fi­cile de ne pas se faire le film dans sa tête quand on est sou­mis à un tel af­flux de signes conver­gents – vive les femmes libres en terre hos­tile, et mer­ci pour le ra­chat de conscience face au conflit le plus hor­rible et mal com­pris de l’époque. Sauf que Mon tis­su pré­fé­ré n’est pas ce film-là. La part de réel, le sou­bas­se­ment po­li­tique, sont éva­cués dans les quelques plans de Da­mas fil­més en vi­déo avant et après les bom­bar­de­ments, que la ci­néaste, prag­ma­tique et ins­pi­rée, est al­lée chi­per sur You­tube ; le reste, par op­po­si­tion for­melle tran­chante, est un es­pace pu­re­ment men­tal. Ce­lui d’une guerre in­té­rieure qui gronde plus fort que celle cou­vant au de­hors, une guerre de soi contre soi, né­ces­saire à la trans­for­ma­tion – er­ra­tique, dan­ge­reuse – d’une fille en femme. Nah­la n’a rien du per­son­nage-mar­tyr voué à nous faire la le­çon par les larmes, ni de l’hé­roïne ré­sis­tante ca­li­brée pour l’iden­ti­fi­ca­tion : c’est un mystère, un puits de contra­dic­tions sans fonds, un uni­vers en constante dé­fi­ni­tion (sexuelle, sen­ti­men­tale, mo­rale). Tout à la fois biche et sor­cière, fra­gile et mé­chante, elle rêve en­core au prince char­mant mais aime dé­jà faire peur aux hommes qui l’ap­prochent. Et ce sont ses rêves qui font ci­né­ma, bous­cu­lant nos per­cep­tions, re­mo­de­lant le monde à son image frag­men­tée. « On at­tend tou­jours le même film des réa­li­sa­teurs du Moyen-Orient, c’est un constat qui me révolte et que je veux dé­mo­lir », nous confiait Gaya Ji­ji. C’est aus­si ce qu’on es­pé­rait se­crè­te­ment.

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