Droit aux putes

Pa­vé des bonnes in­ten­tions ha­bi­tuelles, Shé­hé­ra­zade trouve sa sin­gu­la­ri­té dans la tra­jec­toire ca­ho­teuse de son hé­ros, pe­tit frère des quar­tiers mar­seillais.

Technikart - SuperCannes - - L'itw - YAL SADAT

Si­tôt re­trou­vé la lu­mière orange de Mar­seille après un sé­jour en ca­bane, Zach, 17 ans, de­vient mac. Sur le trot­toir, Shé­hé­ra­zade lui a ta­pé dans l’oeil et il se met à la « pro­té­ger ». Voi­là sans doute le dé­but d’un conte na­tu­ra­liste mâ­ti­né de film noir (ou orange, donc), le genre de pots-pour­ris dont on croit de­vi­ner le des­sein mi­li­tant. D’au­tant que le pré­nom « Shé­hé­ra­zade » si­gni­fie « en­fant de la ville » et les dé­crit tous : elle, lui, les autres voyous qui les en­tourent. C’est éga­le­ment ce qu’an­nonce le gé­né­rique, fait d’images d’ar­chives dé­cri­vant l’ar­ri­vée des pre­miers im­mi­grés al­gé­riens sur le vieux port – comme pour sug­gé­rer, dans un élan bour­dieu­sien, que la vio­lence 2018 s’en­ra­cine dans l’his­toire d’une ci­té ayant pro­duit ses propres dé­lin­quants en lais­sant les aïeux sur la touche. Shé­hé­ra­zade se­rait alors une fable dé­ter­mi­niste, mon­trant que seul l’amour per­met de conju­rer le des­tin cri­mi­nel ? C’est un peu l’idée, sauf que Jean-Ber­nard Mar­lin a le bon goût de ne pas fi­ler si fa­ci­le­ment sur les rails du hap­py end : im­pro­vi­sé au­to­jus­ti­cier pour ven­ger sa moi­tié, sorte de che­va­lier ser­vant ja­mais très au clair avec l’éthique (et en­core moins avec son rap­port aux prin­cesses), Zach reste dans une zone floue entre éveil mo­ral et aveu­gle­ment in­dé­crot­table. Un pe­tit frère certes, un en­fant sû­re­ment, mais pas simple à édu­quer, et dont la ré­demp­tion est jo­li­ment lais­sée en sus­pens. Preuve que les bonnes in­ten­tions n’ont rien d’in­com­pa­tible avec un peu d’am­bi­guï­té.

SE­MAINE DE LA CRI­TIQUE

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