#Mad­senS­hine

Mi­chael Mad­sen a un film au mar­ché ( Trunk, un po­lar en huis-clos dans une voi­ture). De sa belle voix éraillée, il ra­conte Cannes, Ta­ran­ti­no, Kev Adams, Har­vey Wein­stein, et pour­quoi il va mieux.

Technikart - SuperCannes - - Édito - RE­CUEILLI PAR BEN­JA­MIN ROZOVAS

Notre su­per D.A Ka­tia crashe l’in­ter­view pour dire à Mi­chael com­bien elle l’aime. « You’re so cha­ris­ma­tic ». Gê­né mais re­con­nais­sant, Mad­sen s’épanche sur ce que lui ins­pire sa se­mi-cé­lé­bri­té. Je n’ai ja­mais vou­lu être connu. Spé­cia­le­ment à Los An­geles, où ça de­vient une ques­tion de vie ou de mort, comme de se te­nir au-des­sus d’une trappe amo­vible. On vous at­tend au tour­nant pour vous faire tom­ber. Si vous dé­con­nez, vous le paie­rez triple. Vous ap­par­te­nez à une race spé­ciale d’en­foi­rés.

Vous de­vriez dé­mé­na­ger…

Ahah, ouais. Je me dé­brouille pour quit­ter L.A. dès que je peux.

Vous avez fait ce film en France avec Kev Adams… Sym­pa, Kev ?

Huh. Well… Il m’a fait me sen­tir vieux, ce con. Il n’avait pas l’air de beau­coup s’amu­ser. Po­li, mais ti­mide. Il di­sait : « Je veux al­ler aux Etats-Unis faire car­rière. » Je lui de­man­dais pour­quoi et il me ré­pon­dait, « Pour de­ve­nir une star là-bas. » Bon, d’accord. MAIS POUR­QUOI PUTAIN ? Aha­hah… Vous avez vu le film ?

Non.

Moi non plus. Je jouais un nar­co­lep­tique. Je de­vais faire sem­blant de rou­piller.

Vous ve­nez à Cannes de­puis 1992 (Re­ser­voir Dogs)… Tout a chan­gé de­puis.

Moi, j’ai chan­gé. Avant, j’étais constam­ment sur le fil. Tou­jours en plein rush, pow pow pow ! Main­te­nant, j’as­pire à ra­len­tir… ’S time to slow the

fu­cking car, man. Et à la vi­tesse à la­quelle j’al­lais, c’est pas fa­cile…

L’image de « Bad Boy » colle à la peau…

Ouais, et ça fait chier. « S’il est aus­si bon dans ce re­gistre, c’est qu’il est comme ça dans la vie ». Et puis bon, merde, pfff… C’est sans doute un peu vrai. C’était vrai de Ro­bert Mit­chum, de Lee Mar­vin, de Bo­gart ou de Si­na­tra, mais ce genre de mecs n’existe plus. Tu l’as dit : le monde a chan­gé.

Comment avez-vous vé­cu ce qui s’est passé avec Har­vey ?

Je suis obli­gé de ci­ter Quen­tin, le seul qui ait dit quelque chose de sen­sé.

« Je sa­vais, j’au­rais dû par­ler, mais je ne l’ai ja­mais fait ». Moi aus­si, je sa­vais. En­fin, j’igno­rais que c’était aus­si grave… Mais bref, j’al­lais ap­pe­ler qui ? CBS ? Tout le monde avait la trouille de ce mec. Bon Dieu, il était Ce­cil « Fu­cking » B. De Mille ! Même ici à Cannes, quand il se poin­tait à une soi­rée ou une pro­jo, les gens se ra­ta­ti­naient et se met­taient à chu­cho­ter. C’était pas un type sym­pa. Plu­sieurs fois, j’ai es­sayé de lui prendre la tête en étau, af­fec­tueu­se­ment tu vois, et il se dé­ga­geait en se tor­tillant… Har­vey don­nait tou­jours l’im­pres­sion d’être en stress, d’avoir mille trucs en tête…

Et pour cause.

Tu m’étonnes. Une fois, j’étais avec Quen­tin sur la plage du Ma­jes­tic pour un cock­tail, et la femme d’Har­vey vient vers nous, avec sa pe­tite fille. Quen­tin me les pré­sente et la fillette, spon­ta­né­ment, me donne sa pou­pée – un bout de chif­fon avec un noeud rose. Je l’ai dans la main, la fillette m’ex­plique pour­quoi c’est sa pré­fé­rée, quand sou­dain Har­vey dé­barque sur la ter­rasse. On pou­vait voir de là où on était qu’il était fu­rieux. Rou­geaud, trans­pi­rant. Son film Grace de Monaco ve­nait de se faire dé­fon­cer… Il voit que je tiens la pou­pée et il me l’ar­rache des mains, pour la rendre à sa fille. Là, Quen­tin s’en mêle : « Har­vey, non-non-non, Mi­chael est avec nous, il va faire Les

Huit Sa­lo­pards avec nous ». J’ai vu un grand vide dans son re­gard, une grande confu­sion. Il a ar­ra­ché la pou­pée des mains de sa fille et me l’a ren­due…

Wow.

Ouais. C’était pire les jours où ses films se plan­taient.

Vous pre­nez en­core plai­sir à faire l’ac­teur ?

Je re­dé­couvre. J’ai com­pris main­te­nant que c’était un truc de né­vro­sés et qu’il est pré­fé­rable de ne pas être « trop bon ». J’ai sept en­fants, tu vois. Ça va, quand ils sont pe­tits mais en gran­dis­sant, ils se font une im­pres­sion de toi à tra­vers les films. Mon père était un homme dan­ge­reux et flip­pant, et je ne veux pas que mes gosses aient peur de moi. Je de­viens hé­si­tant à jouer les vi­lains. Je le suis en­core dans ce film,

Trunk. Je meurs tou­jours à la fin des films. Je ne connais ja­mais la ré­demp­tion. Je ne pars pas dans le cou­cher de so­leil avec la fille. Je me fais abattre comme un rat.

Et tous les quatre ans, vous re­ce­vez un script de Ta­ran­ti­no…

Et l’at­tente est tou­jours trop longue ! Ce se­ra notre cin­quième en­semble, pour Once Upon a Time in Hol­ly­wood.

Je joue le shé­riff dans la fausse sé­rie té­lé wes­tern à l’in­té­rieur du film… Mes gosses n’aiment que les films que je fais avec Quen­tin. Je suis tel­le­ment fier d’eux, si tu sa­vais. Ils ont bien réus­si. J’étais pote avec Christian Bran­do, un gars su­per tor­tu­ré. Il me di­sait tout le temps, « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie, Mi­chael ? », et au bout du compte il est mort. Le ga­min de Bing Cros­by ? Bim, une balle dans la tête ! Les fils de Paul New­man, Steve McQueen, Mi­chael Dou­glas… J’y pense sou­vent putain. Mais je n’ai ja­mais eu la car­rière de ces gars, donc j’es­saye de pas trop m’in­quiè­ter.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.