Ve­ry best rus­kov

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Avait-on vrai­ment be­soin d’un Ki­ta­no russe ou d’un Ca­mus au Cau­case ? Prio­zerck ré­pond (presque) par l’af­fir­ma­tive avec la Tendre In­dif­fé­rence du monde, bro­dant une mé­lo-co­mé­die post­mo­derne sur le ca­ne­vas de la ro­mance im­pos­sible. À his­toire simple, trai­te­ment post­mo­derne. C’est la mé­thode Adil­khan Yerz­ha­nov dans

la Tendre in­dif­fé­rence du monde. Ré­gion de Prio­zersk, à la fron­tière entre Russie et Suède : un homme est tué par ses créan­ciers et laisse sa fa­mille cri­blée de dettes ; la fille, Sal­ta­nat (Di­na­ra Bak­ty­bae­va, croi­se­ment in­ouï entre Mi­chelle Yeoh et Gong Li), part pour la ville où son oncle veut la ma­rier ; son ami Kuan­dyk, grand gaillard ba­gar­reur, dé­cide de l’es­cor­ter. Il l’aime (de­puis tou­jours ?), fol­le­ment, in­con­di­tion­nel­le­ment, sans cher­cher à s’en ca­cher, tan­dis qu’elle rêve d’un ailleurs meilleur, très im­pro­bable, mal­gré la ten­dresse qu’il lui ins­pire. Yerz­ha­nov a le mé­rite de nom­mer ses sources dès le troi­sième plan, ré­plique qua­si-iden­tique du plus cé­lèbre plan de Ju­gat­su (Ki­ta­no dans un champ avec une cou­ronne de fleurs). Ki­ta­nesque, le film l’est un peu par­tout, de son at­trait pour l’hu­mour froid et le slaps­tick au ra­len­ti (hi­la­rante scène de course-pour­suite à pieds entre des contai­ners) à ses plans fixes com­po­sés comme des ta­bleaux de maître zen (et même ses plans de ta­bleaux, fa­çon Ha­na-Bi). Ce qui ne l’em­pêche pas de ci­ter aus­si, dans le désordre, Ca­mus (le titre), Van Gogh ( les Mois­son­neurs, rem­pla­cés par des flics en­dor­mis) et même notre Be­bel na­tio­nal, ce qui fait sans doute trop, même pour un film si­tué dans un pays où les gens ont un phy­sique asia­tique, parlent russe et se sa­luent par un « sa­lam aley­koum ». Cet em­pi­lage dé­com­plexé, un peu trop ma­lin pour sem­bler mo­deste, n’em­pêche pour­tant pas Yerz­ha­nov de faire du ci­né­ma (le sien), en scope somp­tueux et dé­cou­page mil­li­mé­tré, pre­nant le temps de lais­ser le mé­lo in­fu­ser la co­mé­die, et la vio­lence se dis­soudre dans la mé­lan­co­lie. On guet­te­ra la sor­tie de sa pro­chaine com­pi­la­tion.

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