Nos­tal­gie de la lumière

Une (fausse) ex-idole yéyé ra­conte se­rei­ne­ment son cré­pus­cule face-ca­mé­ra dans jo­li deuxième film d’Alex Lutz.

Technikart - SuperCannes - - L'itw - FRAN­çOIS GRELET

« Un film fran­çais et fier de l’être », c’était l’un des car­tons les plus ri­go­los du (deuxième) gé­né­rique de dé­but de c’est aus­si le cre­do de portrait pris sur le vif d’un vieux chan­teur « Car­pen­tier » au cré­pus­cule de sa vie et odys­sée dis­crète en pleine France des res­to­routes. La forme un peu usée du « faux docu » offre au ri­go­lo té­lé Alex Lutz l’oc­ca­sion de lais­ser de cô­té tout en­ro­bage pour se fo­ca­li­ser sur l’es­sen­tiel, c’est-à-dire lui-même. La per­for­mance d’ac­ting est stu­pé­fiante, conçue pour stu­pé­fier (make-up exem­plaire, ges­tuelle im­pres­sion­niste, voix gé­nia­le­ment dé­la­vée). La sen­si­bi­li­té du ci­néaste, en­core plus scot­chante. La fas­ci­na­tion de Lutz pour notre show­biz lo­cal ne tient ni du nos­tal­gique mor­bide ni du kitsch ri­go­lard, c’est un désos­sage cli­nique, pres­qu’ex­tra-lu­cide, du ve­det­ta­riat « lamb­da », ce so­cio-type qui pose une fois tous les trois ans ses fesses sur le ca­na­pé de Mi­chel Dru­cker et re­garde si­non le temps pas­ser, haut­per­ché dans sa Ma­drague per­so. Son Guy est un pa­pi en­core frin­guant et cas­sant fa­çon Sar­dou, au­cune illu­sion sur sa car­rière et ses chan­sons, pas de honte non plus. Un peu mé­ga­lo peut-être, mais plus par ha­bi­tude que par convic­tion. Lutz le (se) re­garde écu­mer les salles mu­ni­ci­pales, ain­si que les Cam­pa­nile ac­cueillant qui les ac­com­pagnent, tout en dis­ser­tant face à son fils-ca­ché (qui tient la ca­mé­ra). C’est un bel ob­jet parce que sans frime ni rêve d’ab­so­lu, comme son hé­ros. Une évo­ca­tion middle-class du geste créa­tif, ra­me­née à quelques rares pe­tits éclairs qui, mis bout à bout, fi­nissent par construire une vie.

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