« ILS SONT CAN­DI­DATS SANS CANDIDATER À RIEN ! »

QUI DE MIEUX POUR DÉ­PAR­TA­GER LES PRÉ­TEN­DANTS À LA COURONNE QUE LE LÉON ZI­TRONE DES AN­NÉES 2000 ? IN­TER­VIEW « FAN DE ».

Technikart - - REPORTAGE - PHO­TO JULIEN FAURE STÉ­PHANE BERN Der­nier ou­vrage pa­ru : Piques et ré­pliques de l’His­toire (Al­bin Mi­chel, 2017) EN­TRE­TIEN BRU­NO LUS & VA­LEN­TIN LE ROUX

Entre Louis XX et Hen­ri VII, qui sou­te­nez-vous ?

Sté­phane Bern : Ils se fâchent tous les deux si je sou­tiens trop l’un ou trop l’autre ! J’es­saie de gar­der un jeu d’équi­libre, et je ne suis pas fai­seur de roi. Mais si je ne veux pas re­nier ma jeu­nesse, le can­di­dat le plus lé­gi­time est l’hé­ri­tier des Orléans. Hen­ri VII d’abord – mais c’est un mon­sieur de 83 ans – donc je pen­che­rais plu­tôt pour son fils, Jean d’Orléans. Il se trouve que je suis aus­si ami avec Louis XX, et que j’ai beau­coup d’af­fec­tion pour lui. Mais j’ai l’im­pres­sion que vivre en Es­pagne et ve­nir inau­gu­rer une fois de temps en temps un mo­nu­ment, ce n’est pas ça être pré­ten­dant.

Du coup, ça de­vrait consis­ter en quoi d'être hé­ri­tier à la Couronne en 2017 ?

Pour moi, c’est être au quo­ti­dien avec les Fran­çais et se pré­oc­cu­per de leur de­ve­nir. La lé­gi­ti­mi­té est com­plè­te­ment à re­cons­truire au­jourd’hui… Parce qu’au fond, ils sont can­di­dats sans candidater à rien. Ils disent : « On n’a pas be­soin de pré­tendre, nous sommes ce que nous

sommes ! » On ne peut pas re­ven­di­quer le titre uni­que­ment grâce à ses an­cêtres. Il faut aus­si faire des choses qui, au quo­ti­dien, jus­ti­fient que vous ayez l’adhé­sion po­pu­laire. Je pense qu’ils de­vraient avoir un rôle cultu­rel et pro­mou­voir la fran­co­pho­nie. Ils sont là pour té­moi­gner de l’His­toire de France. À mon avis, le fils d’Hen­ri VII, le prince Jean, y ar­rive plu­tôt bien.

Pour­tant, la fa­mille Orléans semble en perte de vi­tesse…

J’ai du mal à com­prendre pour­quoi, d’un coup, tous les mo­nar­chistes qui étaient du cô­té d’Hen­ri VII se sont dé­tour­nés et at­ta­chés à

Louis XX. Les rai­sons sont sû­re­ment es­sen­tiel­le­ment po­li­tiques. Hen­ri VII était quel­qu’un avec des po­si­tions très au­da­cieuses, très à gauche. À la fois très conser­va­trices sur un cer­tain nombre de su­jets, et par­fois très no­va­trices : l’al­liance avec Fran­çois Mit­ter­rand dans les an­nées 80, par exemple. La branche Bour­bon était plu­tôt tra­di­tion­na­liste et ca­tho­lique. Au­jourd’hui, j’ai le sen­ti­ment que les Orléans sont par­fois plus tra­di­tion­na­listes que les Bour­bon. Donc, là aus­si, il y a eu une sorte de glis­se­ment. Peut-être aus­si que les scan­dales fa­mi­liaux à ré­pé­ti­tion chez les

« JE PENSE QU’UN BON CHEF D’ÉTAT DOIT SE COMPORTER COMME UN ROI. ET QUAND JE VOIS EM­MA­NUEL MA­CRON... »

Orléans ont joué...

Le conflit pas­sionne-t-il au­tant qu'avant ?

Je n’ai pas l’im­pres­sion. Quand j’ai com­men­cé dans les an­nées 80, que je col­lais des af­fiches, il y avait vrai­ment des que­relles im­por­tantes… Des ar­ticles pa­rais­saient tout le temps. C’était in­cen­diaire. Je me sou­viens, lorsque je dé­fen­dais les Orléans, le camp des Bour­bon m’en­voyait des ju­ristes, et les gens m’adres­saient des cour­riers. Au­jourd’hui, comme plus per­sonne ne sait rien, ça ne sus­cite plus de po­lé­mique. Je re­mets les pré­ten­dants au­tant que je peux dans l’ac­tua­li­té mais, d’une ma­nière gé­né­rale, il y a une désaf­fec­tion pour le roya­lisme.

Dans ces condi­tions, croyez-vous vrai­ment au re­tour de la mo­nar­chie en France ?

Non, vous sa­vez, c’est comme les ca­tho­liques qui croient au pa­ra­dis ! C’est un idéal, mais vous n’êtes pas pres­sé d’y al­ler. Et je crois qu’au­jourd’hui, on va cher­cher des mo­nar­chies de sub­sti­tu­tion à l’étran­ger, comme en Gran­deB­re­tagne ou à Mo­na­co. De Gaulle di­sait d’ailleurs : « Les Fran­çais ont le goût du prince mais ils vont le cher­cher à l’étran­ger. »

Et per­son­nel­le­ment, quel est votre idéal ?

Je suis plu­tôt pour une mo­nar­chie consti­tu­tion­nelle – main­te­nant, il y a le prin­cipe de réa­li­té qui s’im­pose à tous. Dans l’im­mé­diat, c’est im­pos­sible. Mais les ins­ti­tu­tions de la Vème Ré­pu­blique donnent plus de pou­voir au pré­sident que n’en avait Louis XIV. Je pense qu’un bon chef d’État doit se comporter comme un roi. Et quand je vois Em­ma­nuel Ma­cron, je me dis que fi­na­le­ment, à bien choi­sir, notre roi ré­pu­bli­cain n’est pas si mal…

COU­COU ! — MON­SIEUR BERN SUR­PRIS À L’HEURE DU YO­GA DANS LE SA­LON DE L’UN DE SES HÔ­TELS PAR­TI­CU­LIERS DE L’OUEST PA­RI­SIEN (ON SUP­POSE).

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