PSYCHOTÉRAPIE DU MOIS GUILTY, GUILTY, GUILTY...

Technikart - - SELECTOR - XA­VIER MA­GOT

Ré­cit au­to­bio­gra­phique sur l’en­fance v(i)olée, Les Cha­touilles, pre­mier film d’An­dréa Bes­cond et Alex Mé­tayer est avant tout un grand film psy­cha­na­ly­tique sur la ré­si­lience.

Quand on dé­couvre Les Cha­touilles en salle, on ne sait rien. Ou très peu. La thé­ma­tique hau­te­ment so­cié­tale et prompte à de longues ef­fu­sions la­cry­males nous pa­raît pré­vi­sible et, pour tout dire, la ru­meur si em­pa­thique au­tour du film nous fait un peu peur. Gros­sière er­reur. Que ce soit bien clair, Les Cha­touilles est sans doute l’un des films les plus émou­vant de l’an­née. Re­wind. 2016. Au­réo­lé d’un beau suc­cès théâ­tral, la pièce au su­jet dif­fi­cile (comment vivre après avoir été abu­sé sexuel­le­ment en­fant) en­chaîne les ré­com­penses et a ra­pi­de­ment les hon­neurs d’une adap­ta­tion sur grand écran. D’An­dréa Bes­cond, sa réa­li­sa­trice et in­ter­prète prin­ci­pale, on n’en sait alors guère plus. Dan­seuse et cho­ré­graphe, pre­mière femme blanche à s’être in­té­grée à la scène Hip-Hop/Krump US et com­pagne de l’hu­mo­riste Alex Mé­tayer. WTF ?

À l’image, on la dé­couvre et on pense sou­dain à une Léa Dru­cker bo­dy­buil­dée. Dans son film, elle ap­pa­raît tout d’abord gar­çonne, mal dé­gros­sie, un brin caille­ra, qui bouillonne, éructe, bous­cule mais ne fait pas bien peur. Et sou­dain, en quelques mi­nutes à peine, tout se ren­verse, An­dréa se met à nu, fra­gile, friable, per­due. Elle nous prend par la main et nous em­mène avec elle. La ma­gie opère. On ne la lâ­che­ra plus, ni elle, ni sa pu­deur. La pu­deur de ceux qui ont vé­cu, peut-être trop. Il faut dire qu’elle re­vient de loin, An­dréa, et elle n’a plus peur de le ra­con­ter. Odette à 8 ans, adore la danse et veut de­ve­nir étoile. Mais voi­là, Gil­bert, phy­sique de gendre idéal et meilleur ami de la fa­mille l’ap­pré­cie énor­mé­ment, un peu trop même et lui pro­pose sou­vent de ve­nir jouer à la pou­pée avec lui. La pou­pée, ce se­ra elle, évi­dem­ment. Du­rant plu­sieurs an­nées, le voi­sin par­fait va lui pro­di­guer les cha­touilles qui vont lais­ser sur la fillette des tra­ces in­dé­lé­biles. Ar­ri­vée à l’âge adulte, Odette est bien de­ve­nue dan­seuse mais plus d’étoile, ni dans les yeux ni ailleurs. Elle en­chaîne sans convic­tion les co­mé­dies mu­si­cales foi­reuses, se dé­fonce aus­si sou­vent qu’elle baise, foire toutes ses his­toires et ne trouve ab­so­lu­ment au­cun sens à sa vie. Las, elle dé­cide en­fin d’en­ta­mer une psy­cho­thé­ra­pie.

NID DES NÉ­VROSES

Sorte d’Oli­ver Twist au fé­mi­nin, Odette, double fic­tion­nel de Bes­cond n’es­saie pour­tant ja­mais de nous faire lar­moyer. Loin des cli­chés et du pa­thos que ce genre de ré­cit pour­rait lais­ser pré­sa­ger, le film par­vient même par en­droit à adop­ter un ton proche de la co­mé­die et réus­sit ain­si à échap­per à la prise d’otage af­fec­tive à la­quelle on s’at­ten­dait. Mieux, en in­sé­rant phy­si­que­ment son per­son­nage prin­ci­pal au centre même de ses sou­ve­nirs, tel le spec­ta­teur de sa propre exis­tence, les réa­li­sa­teurs ren­voient même au Spi­der de Cro­nen­berg avec le­quel le film par­tage éga­le­ment le même constat sur l’en­fance en­vi­sa­gée comme le nid de toutes les né­vroses à ve­nir. Et rien que pour ça, il faut vrai­ment se lais­ser em­bar­quer.

en salle le 14 No­vembre

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