MAXIME CHATTAM, CHAIR DE COQ

Technikart - - SELECTOR - BAP­TISTE LIGER

MAXIME CHATTAM LE SI­GNAL

Un livre ça peut faire peur. Très peur. Et pas for­cé­ment pour les rai­sons at­ten­dues. En ef­fet, dans cer­tains quar­tiers dit « sen­sibles » (pas dans le sens ha­bi­tuel), on tremble à l'idée de pa­raître à la ter­rasse d'un ca­fé avec un ou­vrage peu fré­quen­table, qui pour­rait pi­quer d'ef­froi ceux qui zyeutent la cou­ver­ture. Il en va ain­si non seule­ment de quelques plumes po­pu­laires dans le do­maine de la ro­mance ou du po­lar bon mar­ché, mais aus­si de cer­taines per­son­na­li­tés du fan­tas­tique na­tio­nal grand pu­blic. Ain­si, pro­non­cez le nom de Maxime Chattam et vous au­rez des so­bri­quets comme « le Ste­phen King fran­chouillard », « le Marc Lé­vy de l'épou­vante » ou « le Guillaume Mus­so du th­riller hor­ri­fique ». Pas re­lui­sant. Si les chiffres sont tou­jours à re­la­ti­vi­ser, il convient de si­gna­ler que le gar­çon a tout de même ven­du (se­lon Al­bin Mi­chel) 7 mil­lions d'ou­vrages rien qu'en langue fran­çaise et s'avère tra­duit dans une quin­zaine de langues en sa­chant que, dans bien des pays - où la cri­tique est en­thou­siaste à son su­jet -, on se moque comme du Grinch qu'il soit le ma­ri de l'ani­ma­trice Faus­tine Bol­laert ! Et si c'était bien, Maxime Chattam ?

GRAND ADO YAN­KEE

Na­tif d'Her­blay, ce fils de jour­na­liste ima­gi­nait, dans les an­nées 90, de­ve­nir ac­teur – ce qu'il a été, briè­ve­ment, avant de re­prendre des études de lettres et de cri­mi­no­lo­gie. Mais il se re­trouve ven­deur à la FNAC et se met à écrire. Et le voi­là qui, en 2002, pu­blie le pre­mier vo­let de L'Âme du Mal chez Mi­chel La­fon – mai­son con­si­dé­rée jus­te­ment comme l'An­té­christ du bon goût… Le suc­cès – cri­tique comme pu­blic - est im­mé­diat et le voi­là qui, au fil des ans, de­vient l'une des ve­dettes eu­ro­péennes du genre. De quoi per­mettre à ce qua­dra­gé­naire beau gosse aux airs de grand ado yan­kee de vivre au­jourd'hui, avec sa fa­mille, dans une im­mense mai­son non loin de Chan­tilly (où il a un in­croyable bu­reau ca­bi­net de cu­rio­si­tés !), en­tou­ré de pauvres bougres sou­mis à l'I.S.F. ! Une quin­zaine d'an­nées plus tard, Maxime Chattam (de son vrai nom Drouot) pu­blie donc son 23ème ro­man qui compte par­mi ses plus belles réus­sites - Son meilleur livre ? Et qui n'a pas à rou­gir de ses mo­dèles an­glo-saxons, par­fai­te­ment as­su­més. Car Le Si­gnal fait peur, très peur.

VA­RIA­TION « KINGUIENNE »

Tous les codes et cli­chés sont au ren­dez-vous de ce page tur­ner de plus de 700 pages, qui nous plongent dans la « pe­tite ville pau­mée » de Ma­hin­gam Falls – en Nou­velle An­gle­terre -, où vient de s'ins­tal­ler une fa­mille bo­bo de l'Up­per East Side tout ce qu'il y a de plus pré­sen­table. Dans le clan Spen­cer, Mon­sieur écrit du théâtre, Ma­dame est connue pour son « Dai­ly Show » la té­lé, les en­fants sont mi­gnons - le cou­sin aus­si -, et le chien Smaug aboie. Mais bien­tôt, non loin de « la Ferme », d'étranges phé­no­mènes vont se dé­rou­ler, aler­tant quelque peu le lieu­te­nant Ethan Cobb… Nous voi­là alors en­traî­nés dans une sorte de grosse va­ria­tion « kinguienne », des­ti­née à tous ceux qui ont été mar­qués par Ça et Stran­ger things. Tel est le pacte avec le lec­teur, et il est ici par­fai­te­ment rem­pli. Si le style n'a rien de flam­boyant et s'il vaut mieux ne pas ti­quer sur les cli­chés (fai­sant par­tie du plai­sir cou­pable), Le Si­gnal se ré­vèle une re­dou­table ma­chine ro­ma­nesque, nar­ra­ti­ve­ment maî­tri­sée, in­croya­ble­ment gé­né­reuse et qui montre un amour im­mo­dé­ré du genre. Maxime Chattam ne joue pas au pe­tit ma­lin - même s'il dis­sé­mine bien des ré­fé­rences lit­té­raires ou ci­né, par­fois poin­tues - et as­sume ici un pre­mier de­gré qui fait un bien fou. Sur­tout lorsque l'au­teur écrit, dans les re­mer­cie­ments, ces quelques mots à son épouse : « Je n'ou­blie­rai ja­mais com­bien tu as pu m'in­ter­dire de faire du mal à la fa­mille Spen­cer. Par­don, ché­rie, c'était pour le bien de l'his­toire ! »

Le Si­gnal, Al­bin Mi­chel, 752 pages, 23,90 €

Pho­to Jean-Fran­çois Ro­bert

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