L’EX­PO DU MOIS EN DI­RECT DE LA TOILE

Technikart - - SELECTOR - SA­MUEL BELFOND

Le Pa­lais de To­kyo a eu la riche idée de confier sa « carte blanche » à l’Ar­gen­tin pas­sion­né par le tis­sage de ré­seaux Tomás Sa­ra­ce­no. Arach­no­phobes s’abs­te­nir ! Qu’il a dû être ter­rible, le cal­vaire des mon­daines et mon­dains arach­no­phobes,

lors du ver­nis­sage de l'ex­po­si­tion On Air. Le Pa­lais de To­kyo, in­ves­ti par l'ar­tiste Tomás Sa­ra­ce­no, leur pro­met­tait l'en­fer, soit près de 500 arai­gnées pul­lu­lant dans le centre d'art. Que l'on ras­sure les sui­vants, d'ara­néides il n'est en pas, ou peu, pour trou­bler la vi­site de cette ex­po­si­tion spec­ta­cu­laire et sans pré­cé­dent.

(Pré­cau­tion d'usage : ne cé­dez pas à la gré­gaire vi­site du sa­me­di après-mi­di, qui vous ver­ra pei­ner au mi­lieu des fa­milles et tou­ristes. Le Pa­lais de To­kyo est ou­vert jus­qu'à mi­nuit, ho­raire au­quel vous trou­ve­rez la quié­tude idéale pour dé­cou­vrir On Air).

In­ves­ti d'un dis­cours fort sur la res­pon­sa­bi­li­té de l'homme vis à vis de son en­vi­ron­ne­ment, Tomás Sa­ra­ce­no, ar­chi­tecte de for­ma­tion, prend pour pa­lette des phé­no­mènes na­tu­rels qui échappent à la per­cep­tion hu­maine im­mé­diate, de la pous­sière in­fime aux vi­bra­tions cos­miques en pas­sant, donc, par ces arai­gnées qui peuplent le Pa­lais de To­kyo. La pre­mière salle de l'ex­po­si­tion est sai­sis­sante : dans l'obs­cu­ri­té, comme à perte de vue, ne sortent des té­nèbres que d'im­menses toiles sus­pen­dues dans des cubes de verre, comme un « pay­sage flot­tant ».

Ces toiles d'arai­gnées se dé­clinent, au fil des pièces, er­rant dans les airs, ins­tru­ments de mu­sique, ré­vé­lées par des la­sers, re­pro­duites en très grand nombre sur pa­pier. Elles entrent en ré­so­nance - au sens propre - avec ces phé­no­mènes in­dé­ce­lables que Sa­ra­ce­no trans­forme en au­tant de sources so­nores et mu­si­cales : pous­sières cos­miques, fré­quences ra­dio, voire sons de dau­phins cap­tés en di­rect de­puis la Mé­di­ter­ra­née. En ce sens, l'ar­tiste pré­sente son pro­jet comme une « Jam Ses­sion cos­mique ». Ce­la pour­rait pa­raître éso­té­rique, mais il faut vivre cette ex­po­si­tion sans se pré­tendre scien­ti­fique ou cri­tique d'art. On Air est une ex­pé­rience sen­so­rielle épous­tou­flante.

MOU­VE­MENT SO­CIAL

La se­conde par­tie de l'ex­po­si­tion, consa­crée au pro­jet

Aé­ro­cène de l'ar­tiste, vient illus­trer ces ques­tion­ne­ments de ma­nière plus lit­té­rale. Pro­jet col­la­bo­ra­tif ini­tié par Sa­ra­ce­no,

Ae­ro­cène réunit, à tra­vers le monde, des vo­lon­taires, pour construire des struc­tures gon­flables vo­lant au seul moyen de l'éner­gie so­laire. Si l'idéa­lisme du pro­jet pour­rait ins­pi­rer, comme l'es­père l'ar­tiste, l'en­trée dans une nou­velle ère, sa pré­sen­ta­tion semble ici – en contraste à la grâce du reste – se dé­tour­ner de la poé­sie de l'oeuvre au pro­fit du pé­da­go­gique : il fau­drait au­jourd'hui que chaque ex­po­si­tion de­vienne un mou­ve­ment so­cial ! Cer­tains se sou­vien­dront d'ailleurs du di­dac­tique ate­lier de fa­bri­ca­tion de lampes – dé­dié à la cause mi­gra­toire – de l'ar­tiste Ola­fur Elias­son à la der­nière Bien­nale de Ve­nise.

On Air n'en de­meure pas moins une réus­site écla­tante, la plus grande peut-être du Pa­lais de To­kyo de­puis la carte blanche of­ferte à Ti­no Seh­gal il y a deux ans. Et nous dé­montre de­puis son ou­ver­ture, si­mul­ta­née à celle de la FIAC mi-Oc­tobre, que l'art contem­po­rain a sou­vent un in­té­rêt plus grand lors­qu'il n'est pas conçu pour sur­plom­ber un ca­na­pé Con­ran.

On Air : Carte Blanche à Tomás Sa­ra­ce­no au Pa­lais de To­kyo (13 Ave­nue du Pré­sident Wil­son, 75116 Pa­ris) jus­qu’au 6 jan­vier 2019

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