HU­GO CLÉ­MENT

Technikart - - SOMMAIRE - PAR SYL­VAIN MONIER-LE­CLERCQ PHO­TOS RO­MAIN RIGAL

EN PAS­SANT DE QUO­TI­DIEN À KON­BI­NI, CE TIN­TIN RE­POR­TER 2.0 VIT UNE RÉUS­SITE PRO­FES­SION­NELLE PHÉNOMÉNALE TOUT EN SÉ­DUI­SANT DES STARS DE CI­NÉ­MA ET DES MISS FRANCE. DE QUOI ÉNERVER LES GALÉRIENS OU SUS­CI­TER DES VOCATIONS, C’EST SE­LON. SCOOP!

On vient de ren­con­trer un jour­na­liste heu­reux. En ces temps trou­blés, où la pro­fes­sion su­bit ce que la si­dé­rur­gie a vé­cu dans la France des an­nées 80, ce n’était pas ga­gné. Et pour­tant, Hu­go Clé­ment, 29 ans, jour­na­liste tête de gon­dole de Kon­bi­ni, est un échan­tillon scin­tillant de cette es­pèce en voie de dis­pa­ri­tion. De­puis dé­cembre 2017, le jeune homme a quit­té le show d’in­fo-lol de TF1, Quo­ti­dien, pour in­té­grer ce pure-player, spé­cia­li­sé en « brand content » – l’ap­pel­la­tion fa­çon nou­veau monde pour dé­no­mi­ner le pu­bli-ré­dac­tion­nel de na­guère. Avec ce trans­fert, Kon­bi­ni s’offre une cré­di­bi­li­té au­près des « jeunes » en s’ar­mant d’une cel­lule « news » in­car­née par la star du mé­tier : Hu­go. Et le concer­nant, le mot « star » n’est pas si in­adé­quat.

Avec son air à la James Dean – l’ac­teur X amé­ri­cain dont s’est fol­le­ment épris Bret Eas­ton El­lis –, cet au­teur de « coups » jour­na­lis­tiques as­sez re­ten­tis­sants est de­ve­nu le mo­dèle à suivre des étu­diants – et des étu­diantes ! – d’écoles de jour­na­lisme. Même un vieux rou­tier comme Da­vid Pu­ja­das (53 ans) est tom­bé sous le charme d’Hu­go. « Il a in­ven­té un style » af­firme, en pâ­moi­son, l’ex-pré­sen­ta­teur du 20 heures de France 2. Mais le fa­meux « style Hu­go Clé­ment » ne plaît pas à tout le monde. On se sou­vient d’un por­trait par­ti­cu­liè­re­ment nar­quois du quo­ti­dien Li­bé­ra­tion qui lui re­pro­chait, entre autres gra­cieu­se­tés, d’in­car­ner « un beau re­por­ter ef­fi­cace sur le ter­rain mais pas très struc­tu­ré, comme la té­lé en pro­duit des cen­taines ». Dans ce même ar­ticle si­gné Quen­tin Gi­rard, in­ter­ve­nait aus­si Nas­si­ra El Moad­dem, la ré­dac­trice en chef du Bon­dy Blog qui trai­tait car­ré­ment Hu­go et son pote Mar­tin Weill (grand re­por­ter à Quo­ti­dien) de « ra­cistes » puisque les deux plai­san­tins la sur­nom­maient « Sad­dam » du temps où ils se cô­toyaient à l’ESJ (École Su­pé­rieure de Jour­na­lisme) de Lille. (Il faut avouer que la­dite Nas­si­ra aime or­ga­ni­ser des ex­pé­di­tions pu­ni­tives sur Twit­ter contre ses sup­po­sés op­po­sants. Et à ce pe­tit jeu, elle se ré­vèle sans pi­tié à l’ins­tar de l’ex-dic­ta­teur ira­kien.) À droite, Hu­go ne fait pas vrai­ment l’una­ni­mi­té non plus. À son su­jet, voi­ci ce que l’on peut lire sur un ré­seau so­cial après son in­ter­view de Jac­que­line Jen­kel, une as­so­cia­tion qui oeuvre pour la lé­ga­li­sa­tion du sui­cide as­sis­té : « Che­mise trop bou­ton­née, pan­ta­lon re­trous­sé, pieds in­cur­vés et Stan Smith de FDP, Hu­go Clé­ment vous donne une vé­ri­table le­çon de jour­na­lisme 2.0. : - Lan­gage fa­mi­lier ou vul­gaire (kif­fer, faire chier, re­lou, bran­leurs) pour plaire aux « jeunes ».

- Ab­sence de toute ana­lyse et de toute ques­tion pou­vant en­traî­ner une ré­ponse de plus de 30 se­condes.

- Em­phase sur le res­sen­ti et l’émo­tion­nel plu­tôt que le ra­tion­nel et la lo­gique.

- Di­cho­to­mie entre le ton faus­se­ment rentre-de­dans et le ca­rac­tère com­plai­sant des ques­tions, qui ne mettent ja­mais l’in­ter­lo­cu­teur en dif­fi­cul­té. »

FAUTE PRO­FES­SION­NELLE ?

Un type à la fois abhor­ré par la gauche in­di­gé­niste Li­bé/ Bon­dy Blog, et la droite li­bé­rale Le Fi­ga­ro/Va­leurs ac­tuelles ne peut être fon­ciè­re­ment mau­vais. Et ce­la nous donne l’en­vie d’en sa­voir plus. Nous le re­trou­vons donc dans les lo­caux co­sy de Kon­bi­ni si­tués dans le Xème ar­ron­dis­se­ment à proxi­mi­té du ca­nal SaintMar­tin – for­cé­ment. Le Tin­tin re­por­ter re­vient du Con­go RDC (vé­ri­dique !), où il a cou­vert une fa­mine co­rol­laire d’une guerre ci­vile. As­sez mus­cu­leux (« je pra­tique la boxe thaï, le surf et un peu de yo­ga »), ce vé­gé­ta­rien (« je ne mange pas de chair ani­male, pas de lait mais des oeufs de temps en temps ») porte ef­fec­ti­ve­ment un pan­ta­lon re­trous­sé mais pas de Stan Smith ou de che­mise de­nim trop bou­ton­née. Ce ma­tin-là, le re­por­ter a op­té pour des Ree­bok blanches (lea­ther clas­sic ?) et un t-shirt qui dé­voile des avant-bras ta­toués.

Il nous ex­plique à quel point il est libre et sans contrainte de­puis qu’il a quit­té la té­lé. « Il n’y a pas un chef qui dé­ter­mine ton angle. Ici, c’est moi qui dé­cide et c’est vrai­ment ap­pré­ciable ». Au ni­veau du choix des su­jets, là aus­si c’est, semble-t-il, open bar : « Je peux faire une in­ter­view d’Al­pha Blon­dy, d’un ex-em­ployé d’abat­toir ou le té­moi­gnage sai­sis­sant de Jac­que­line Jen­kel ». Sauf qu’au

su­jet de cette der­nière Hu­go a omis de pré­ci­ser aux in­ter­nautes que Jac­que­line était une mi­li­tante ac­tive du sui­cide par as­sis­tance. Faute pro­fes­sion­nelle ? Hu­go re­la­ti­vise : « Je ne crois pas qu’il exis­tait un quel­conque conflit d’in­té­rêts dans ce té­moi­gnage. » Et le jour­na­liste de se rap­pro­cher d’un Mi­chel Fou­cault qui dé­tes­tait lui aus­si l’in­jonc­tion mar­xiste « D’où tu parles ? » qui fai­sait flo­rès dans les an­nées 70. La so­cio­lo­gie jus­te­ment, c’est dans cette ma­tière qu’oeu­vraient les pa­rents d’Hu­go. Des pa­rents « de gauche mais pas gau­chistes » qui ont en­sei­gné à Stras­bourg puis à Tou­louse. « Comme le di­rait Bour­dieu qui a pas­sé sa thèse en même temps que mon père, j’ai bé­né­fi­cié d’un haut ca­pi­tal cultu­rel » re­con­naît-il. En consé­quence, Hu­go réus­si­ra ses études sans trop se fou­ler : de Sciences Po Tou­louse à l’ESJ Lille donc. Puis ce se­ra la ré­dac­tion de France 2, Le Pe­tit Jour­nal (Ca­nal +), Quo­ti­dien (TF1)…

« Un bon jour­na­liste est un jour­na­liste qui a de la chance » pré­cise l’adage qui pour­rait ré­su­mer le par­cours du bon­homme. Le 13 juillet 2012, alors qu’il est à Bré­ti­gny-sur-Orge (91) pour un tout autre su­jet de re­por­tage pour France 2, voi­là que le RER C dé­raille. Ré­sul­tat, Clé­ment et son équipe sont les pre­miers sur le coup. Il re­trouve le même cas de fi­gure le 13 no­vembre 2015. « On re­ve­nait d’un re­por­tage avec l’équipe, et sur la route on re­père plein de ca­mions de CRS qui roulent à fond. On dé­cide de les suivre et ils nous conduisent jus­qu’au Ba­ta­clan qui était at­ta­qué par les ter­ro­ristes ». Par la suite, au Pe­tit Jour­nal et à Quo­ti­dien, Clé­ment prend (et aime) de plus en plus la lu­mière en har­ce­lant co­mi­que­ment le mi­nistre de la Dé­fense Jean-Yves Le Drian, ou en épin­glant le jour­na­liste Ni­co­las Do­me­nach en flag de voyage de presse en Côte d’Ivoire, payé aux frais de la prin­cesse. Hu­go fait mar­rer, Hu­go prend la confiance, Hu­go plaît au pu­blic… Au point de faire de l’ombre à Bar­thès ?

En cou­lisses, cer­tains confessent que Yann était un peu ja­loux de ce jeune gom­meux am­bi­tieux. D’au­tant que le gars ne s’en cache

« À KON­BI­NI, IL N'Y A PAS UN CHEF QUI DÉ­TER­MINE TON ANGLE. ICI, C'EST MOI QUI DÉ­CIDE ET C'EST VRAI­MENT AP­PRÉ­CIABLE. »

pas : « Cette ex­po­si­tion, je l’as­sume. Si je n’en vou­lais pas je ne mon­tre­rais pas ma tête à la té­lé. » Fort lo­gi­que­ment, Clé­ment est peu à peu de­ve­nu un client pour la presse people sur­tout quand, lors du der­nier fes­ti­val de Cannes, il sé­duit Asia Ar­gen­to. Un mois après, le couple est shoo­té par le Dai­ly Mail à la fa­veur d’une es­ca­pade amou­reuse à Rome. Pro­blème : le chef cuis­tot amé­ri­cain An­tho­ny Bour­dain, le « ré­gu­lier » d’Asia, se don­ne­ra la mort quelques heures après la pu­bli­ca­tion des pho­tos. Coup dur pour le jeune homme qui su­bit un « shits­torm » sur sa page Ins­ta, éma­nant de fans de Bour­dain. Hu­go dé­cide alors de por­ter plainte contre le Dai­ly Mail afin de clore cette triste af­faire une bonne fois pour toutes. La presse people, lui qui ja­dis a fait un stage chez Voi­ci, il ac­cepte de faire avec comme un people lamb­da. « L’autre jour, j’ai lu que ma soeur al­lait épou­ser Mar­tin Weill alors qu’ils ne se sont ja­mais ren­con­trés » s’amuse-t-il. Au fil de la dis­cus­sion, on com­prend peu à peu les ré­ac­tions vis­cé­rales que peut sus­ci­ter ce vé­gé­ta­rien/pro­prié­taire d’un ap­par­te­ment dans le Ma­rais/qui fait du surf à Biar­ritz/avec sa nou­velle co­pine Alexan­dra Ro­sen­feld (Miss France 2006) : sa ca­pa­ci­té à jouir sans en­trave de sa réus­site aus­si bien pro­fes­sion­nelle que per­son­nelle. Soit un sym­pa­thique bo­bo dont l’in­so­lente win rap­pelle celle de Jean-Luc De­la­rue au dé­but des an­nées 90. Hu­go Clé­ment, le nou­veau JLD ? Il y a un peu de ça – mais alors un De­la­rue sans tise, sans coke et sans putes. On ne lui sou­haite pas le même des­tin en tout cas.

GENDRE PAR­FAITIl est spor­tif, il ne mange pas de viande, il est de gauche, il sort avec des stars et il est sym­pa. C'est louche…

JOUR­NA­LISTE MO­DÈLEDa­vid Pu­ja­das l'adore, les étu­diants en jour­na­lisme voient en lui un mo­dèle à suivre. De leur cô­té, « Li­bé » et le Bon­dy Blog l'abhorrent. Bon signe ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.