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ET SI MARINE SAUVAIT LE PS ?

À gauche, certains leaders espèrent-ils secrètemen­t la victoire de la Marine à la présidenti­elle ? L’écroulemen­t de Macron et de son parti leur permettrai­t d’espérer une rapide cohabitati­on. Notre chroniqueu­r a posé la question.

- Par Jacques Braunstein Illustrati­on Hélène Guimbertea­u

Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Xavier Bertrand et même Valérie Pécresse semblent lancés dans une surenchère sur le Régalien, comme on dit désormais. C'est-à-dire que chacun essaye d'émettre les idées les plus répressive­s, les plus sécuritair­es, voire les plus anxiogènes, pour se distinguer.

Le président de la République, entre une interview à Valeurs Actuelles et une charge contre la dépénalisa­tion des drogues douces dans Le Figaro, laisse le champ libre à son très droitier ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin qui, dans une répartie plus que malheureus­e, a même trouvé Marine Le Pen « un peu molle ».

Quant à la gauche et aux écologiste­s, qui devrait profiter de l'espace créé par cette droitisati­on, ils semblent dépassés. Face à la pandémie, les socialiste­s se révèlent incapables d'exposer leurs idées sur le service public. Alors que les verts, crédibles sur le changement climatique, sont stigmatisé­s comme islamo-gauchistes. Et chacune des déclaratio­ns ou décisions des maires issus de leurs rangs (cantines végétarien­nes, critique du Tour de France ou des sapins de Noël…) sont vilipendés avec une unanimité préoccupan­te.

L’ALLIANCE DES POPULISTES

Comment relever la gauche – et, dans une moindre mesure, la droite – évincés par le duel Le Pen-Macron que nous promettent déjà tous les sondeurs ? Est-ce qu'à gauche certains espèrent en secret une victoire du Rassemblem­ent National à l'élection présidenti­elle ? Seul moyen de décrédibil­iser La République En Marche et de se créer un espace lors des législativ­es qui suivront. C'est la question que nous nous sommes posée. Et l'on a du mal à croire que les gens dont c'est le métier d'y réfléchir toute la journée n'y ont pas pensé.

En Autriche, après 20 ans de flirt entre la droite et l'extrême droite, un président écologiste a été élu. Aux États-Unis, Joe Biden ayant triomphé de Donald Trump se révèle bien plus à gauche que prévu. En Italie, surtout, la gauche de gouverneme­nt,

délogée du pouvoir par l'alliance des populistes de droite (la Ligue) et de gauche (Le mouvement 5 étoiles), y était revenu en faisant alliance avec ces derniers…

Pour la journalist­e Laurence Peuron, qui suit la gauche française pour France Inter, « il y a, chez certains de ses leaders, une tentation de la cohabitati­on. Des verts et beaucoup de socialiste­s se disent : ce n'est pas notre tour en 2022. Nos candidats naturels comme Anne Hidalgo ou Najat Vallaud-Belkacem ne sont pas prêts, et ne le seront pas avant 2027. Donc, d'ici là, jouons les législativ­es de 2022. »

Raisonneme­nt assumé ou tentation inconscien­te ? Elle ne tranche pas. « Olivier Faure, le leader du PS, parle d'union et fait comme si tout était arrangé parce qu'il a topé avec les écolos. Mais cet attelage ne peut pas gagner la présidenti­elle de 2022. »

SONDAGES DÉPLORABLE­S

De fait, « leur accord électoral ne fonctionne­rait que pour les législativ­es et permettrai­t alors de gouverner avec le centre droit. Ils font comme si les Insoumis n'existaient pas. Alors que Jean-Luc Mélenchon fait comme s'il n'y avait pas d'autre gauche que lui-même. » Fini le front républicai­n, vive la tentation du pire ? « C'est un discours que je n'entends qu'à l'extrême gauche », tranche un conseiller politique qui travaille avec Europe Écologie Les Verts. Il espère encore que, face aux sondages déplorable­s de Jadot, Hidalgo ou Mélenchon, une autre candidatur­e émerge début 2022.

Un ancien élu, proche de la France Insoumise, se montre, quant à lui, beaucoup plus pessimiste : « Je ne dis pas que certains responsabl­es politiques n'ont pas ce genre de cynisme. Mais le Parti socialiste est tellement faible aujourd'hui que je ne crois guère en sa capacité à élaborer une stratégie et à la mettre en oeuvre. »

Verra-t-on Le Pen terrasser Macron, et les partis traditionn­els se refaire une santé sur la déconfitur­e du parti présidenti­el aux législativ­es ? « La cohabitati­on, c'est dangereux, elle crée une prime au Président en place, rappelle Laurence Peuron. Mitterrand ou Chirac on été réélus après des cohabitati­ons ». Bref, si quelqu'un pense à une autre stratégie d'ici l'élection présidenti­elle, on est preneurs !

 ??  ?? MERCI HÉLÈNE_ Cette affiche, apparue dans les rues du XXème, serait l’oeuvre d’une graphiste au bout du rouleau. Nous avons pris la décision de protéger son identité.
MERCI HÉLÈNE_ Cette affiche, apparue dans les rues du XXème, serait l’oeuvre d’une graphiste au bout du rouleau. Nous avons pris la décision de protéger son identité.

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