Squats L’État sé­vit à Caen

Neuf squats ont été éva­cués à Caen cette an­née. Un dur­cis­se­ment de la po­li­tique de l’État qui en ef­fraie cer­tains.

Tendance Ouest Caen - - LA UNE - Si­mon Abra­ham

Près de 250 per­sonnes ont été ex­pul­sées de neuf squats à Caen et dans son ag­glo­mé­ra­tion cette an­née. C’est le double par rap­port à 2017. L’État mène une po­li­tique qu’il dé­crit comme “dé­ter­mi­née” contre ces squats. Ce qui en in­quiète cer­tains.

Eh­san, Af­ghan de 27 ans, a fui la mi­sère de son pays. Il est ar­ri­vé à Caen après un pas­sage par la “jungle” de Ca­lais. À l’ap­proche de l’hi­ver, il es­père tou­jours ob­te­nir l’asile. En at­ten­dant, il a po­sé ses quelques af­faires dans le squat du Ma­rais, der­rière la gare de Caen. Un an­cien centre EDF. L’un des plus vastes squats de France. 32 000 m², où vivent près de 200 per­sonnes, d’une quin­zaine de na­tio­na­li­tés. Beau­coup de fa­milles et d’en­fants. Le squat a été ou­vert en avril der­nier. Deux mois plus tard, la jus­tice en a or­don­né la fer­me­ture, avec un dé­lai d’un an. Tous les exi­lés vont pas­ser la trêve hi­ver­nale ici. Mais le prin­temps risque d’être mou­ve­men­té.

2018 : 9 squats éva­cués

Le Ma­rais est sur la liste des squats à ex­pul­ser. Tout comme neuf autres, vi­dés de­puis le mois d’avril. Le der­nier en date le 24 oc­tobre, quar­tier de la Gué­ri­nière. Une éva­cua­tion ten­due. Des di­zaines de CRS, face à des ma­ni­fes­tants mon­tés sur les toits, contre l’ex­pul­sion. En 2018, 239 per­sonnes ont été ex­pul­sées de neuf squats à Caen. C’est 50 % de plus qu’en 2017. Il ne reste plus que quatre squats dans l’ag­glo­mé­ra­tion caen­naise. “Notre po­li­tique contre les squats est dé­ter­mi­née. Il n’y a au­cune gloire à en ou­vrir”, lance Laurent Fis­cus, pré­fet du Cal­va­dos.

“Des as­so­cia­tions pro­clament qu’elles mettent les gens à l’abri. Mais elles les mettent en dan­ger.” Dans le vi­seur, l’AG de lutte contre toutes les ex­pul­sions. Ce col­lec­tif ras­semble, à Caen, 50 membres et 500 sym­pa­thi­sants. Ré­coltes de dons, ac­com­pa­gne­ment

ad­mi­nis­tra­tif des exi­lés, ges­tion des squats : “c’est un ac­com­pa­gne­ment hu­ma­ni­taire avant tout”, ex­prime Luc, membre du col­lec­tif.

“La rue n’est pas plus saine

qu’un squat”, ré­pond- il à l’État. L’oc­cu­pa­tion d’une pro­prié­té pri­vée, bien que dé­ser­tée, est illé­gale en France. Face à l’ar­ri­vée de ces exi­lés à Caen, l’État aug­mente le nombre de places dans les hé­ber­ge­ments d’ur-

gence. 2 700 cet hi­ver dans l’ag­glo­mé­ra­tion, contre 2 000 en 2016. 20 mil­lions

d’eu­ros sont in­ves­tis. “Ils y se­ront plus en sé­cu­ri­té que dans des squats aux bran­che­ments sau­vages avec risques d’in­cen­dies”, ajoute Laurent

Fis­cus. “Il y a de l’hy­giène dans les squats. Des élec­tri­ciens in­ter­viennent, tout est dans les normes”, ré­pond Jo­na­than, qui cô­toie les exi­lés au Ma­rais. Se­lon lui, les 2 700 places en hé­ber­ge­ment d’ur­gence sont in­suf­fi­santes. “L’État va lo­ger les fa­milles, mais lais­ser de cô­té les hommes seuls. Une fa­mille à la rue ça choque, pas un homme seul.” Les der­niers squats sont en sur­sis. Deux camps, aux points de vue op­po­sés, se font face. Le Ma­rais se­ra bien­tôt vi­dé. Mais quand ? Pas avant le prin­temps c’est cer­tain. “On s’at­tend à voir

ve­nir au moins 300 po­li­ciers. Ça va être un ba­zar monstre, même si, pour le mo­ment, les ex­pul­sions se sont tou­jours

bien pas­sées”, lance Jo­na­than. Cer­tains exi­lés iront en centres d’hé­ber­ge­ment. D’autres se ver­ront pré­sen­ter le dis­po­si­tif d’aide au re­tour vo­lon­taire dans leur pays. Comme ce fut le cas pour les pré­cé­dentes ex­pul­sions.

Eshan, jeune Af­ghan, vit de­puis plu­sieurs mois dans le squat du Ma­rais, près de la gare de Caen, comme près de 200 autres per­sonnes, dont beau­coup d’en­fants.

■■Les forces de l’ordre ont ex­pul­sé 35 per­sonnes d’un squat, quar­tier de la Gué­ri­nière, le 24 oc­tobre.

Laurent Fis­cus est le pré­fet du Cal­va­dos de­puis le 1er jan­vier 2016.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.