Vio­lences : créer le dé­bat

La Manche mul­ti­plie les ac­tions pour lut­ter contre les vio­lences faites au femmes.

Tendance Ouest Caen - - NORMANDIE -

Dans les col­lèges et les ly­cées, il est des phrases qui n’ont rien d’in­ha­bi­tuel. “Quand tu l’en­tends m’ap­pe­ler Ma pute ou La Sa­lope avec ses potes, c’est pour ri­go­ler. C’est nor­mal, non ?” Ter­rible constat d’une jeune gé­né­ra­tion, qui n’est pas épar­gnée par le fléau des vio­lences sexistes et sexuelles. “D’un point de vue d’adulte, c’est in­ad­mis­sible. Mais pour les jeunes, c’est de­ve­nu presque ba­nal”, ex­plique Ka­tia Le­maire, di­rec­trice de la Mai­son des ado­les­cents de la Manche, à Saint- Lô. “Cou­cher avec quel­qu’un sans le vou­loir vrai­ment, faire une fel­la­tion dans les toi­lettes… Les jeunes filles ac­ceptent de plus en plus l’inac­cep­table.”

13 % de plaintes

D’où l’idée, par la struc­ture spé­cia­li­sée dans l’ac­cueil et l’écoute des 11 à 25 ans, de lan­cer une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion via des vi­déos. Sur­noms, té­lé­phone, pre­mière fois : les thèmes choi­sis sont ceux de la vie quo­ti­dienne des ados. “L’idée est de les faire ré­flé­chir, pour créer le dé­bat. Pas de leur faire la mo­rale, ou les an­gois­ser”, pré­cise Ka­tia Le­maire. De­puis 2017, un pro­to­cole dé­par­te­men­tal vise aus­si à mieux struc­tu­rer les ac­tions exis­tantes me­nées sur le ter­rain. “Par exemple, un sys­tème d’échange entre les ser­vices du pro­cu­reur et le mi­lieu mé­di­cal a été mis en place pour mieux ac­com­pa­gner les vic­times dans leur par­cours, de l’exa­men mé­di­cal au dé­pôt de plainte.” Re­pré­sen­tants de l’État, des col­lec­ti­vi­tés lo­cales et des as­so­cia­tions sont una­nimes : si la Manche avance dans la lutte contre les vio­lences faites aux femmes, c’est grâce à sa force de ré­seau. “De l’hé­ber­ge­ment d’ur­gence aux ser­vices so­ciaux en pas­sant par les po­li­ciers et les gen­darmes, il existe un vrai lien entre les dif­fé­rents ac­teurs”, se fé­li­cite Anne- Flo­rence Pas­silly, chef de ser­vice au Centre d’hé­ber­ge­ment et de ré­in­ser­tion so­ciale Louise Mi­chel (CHRS) de Cher­bourg. En 2018, deux places sup­plé­men­taires dé­diées ont été créées dans la struc­ture gé­rée par l’as­so­cia- tion Femmes, soit six au to­tal. “Des phé­no­mènes comme l’af­faire Wein­stein et Ba­lance Ton Porc ont per­mis une li­bé­ra­tion de la pa­role, sou­ligne Gaëlle James, dé­lé­guée dé­par­te­men­tale aux droits des femmes et à l’éga­li­té. Ce­la ne veut pas dire qu’il y a plus de cas, mais qu’ils sont mieux dé­tec­tés.” Consé­quence : l’aug­men­ta­tion du nombre de plaintes.

De jan­vier à oc­tobre 2018, les plaintes pour at­teintes et vio­lences sexuelles dans la Manche ont aug­men­té de 13 %.

315 plaintes ont été en­re­gis­trées pour at­teintes sexuelles et viols dans la Manche en 2018. Soit 13 % de plus qu’en 2017.

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