Cli­mat Coup de chaud

Face aux pre­mières consé­quences du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, les pro­fes­sion­nels tâchent de faire face.

Tendance Ouest Rouen - - NEWS - Pierre Du­rand-Gra­tian

À Rouen et aux alen­tours, les consé­quences du ré­chauf­fe­ment com­mencent à se faire sen­tir. Les pro­fes­sion­nels des parcs et jar­dins ou en­core l’of­fice na­tio­nal des fo­rêts s’or­ga­nisent pour faire face.

Il n’y a plus de sai­son ma bonne dame. L’ex­pres­sion po­pu­laire ne s’est ja­mais au­tant vé­ri­fiée à Rouen et dans son ag­glo­mé­ra­tion. Dans les parcs, jar­dins et fo­rêts, tous constatent les pre­miers signes du ré­chauf­fe­ment : les étés chauds sont plus fré­quents, les pé­riodes de sé­che­resses aus­si, les hi­vers sont plus doux, et les in­ter­sai­sons, sont de moins en moins mar­quées. Au Jar­din des plantes de Rouen, qui pos­sède sa propre sta­tion mé­téo, la moyenne des tem­pé­ra­tures des étés 2016, 2017 et 2018 est de 20,4°C soit 1,8°C de plus que sur les étés 1975, 1976 et 1977. “Le prin­temps et l’au­tomne per­mettent aux plantes de s’adap­ter mais comme ils sont moins mar­qués, cer­taines plantes sont per­dues”, ex­plique Em­ma­nuel Du­plaix, res­pon­sable ad­joint du Jar­din des plantes. Et de ci­ter en exemple le for­sy­thia, dont la flo­rai­son an­nonce le prin­temps, et qui a fleu­ri à l’au­tomne 2017. Thier­ry Hay, qui gère la cel­lule parcs et jar­dins du Dé­par­te­ment de Seine-Ma­ri­time, fait le même constat : “Il y a une ving­taine d’an­nées, on avait de la neige chaque hi­ver et on avait jus­qu’à -15°C fré­quem­ment sur le parc de Clères.” Le froid avait l’avan­tage d’éli­mi­ner plus fa­ci­le­ment les pa­ra­sites et ma­la­dies, qui dé­sor­mais ré­sistent mieux, comme le ca­la­rose qui touche le frêne ou la py­rale du buis.

Le hêtre me­na­cé

Et puis, les jar­di­niers constatent des des­centes de cimes chez les hêtres. “L’arbre est stres­sé et se met en mode sur­vie en sa­cri­fiant une par­tie de ses ra­mures”, ex­plique Em­ma­nuel Du­plaix. Ce phé­no- mène a été an­ti­ci­pé de­puis bien long­temps par l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts (ONF), qui gère les grandes fo­rêts do­ma­niales, syn­di­cales ou dé­par­te­men­tales au­tour de Rouen. “On avait dé­jà consta­té les ef­fets du ré­chauf­fe­ment en 2000”, ex­plique Jean-Fran­çois Che­ny, res­pon­sable du ser­vice fo­rêt pour l’agence ter­ri­to­riale de Rouen. “Jus­qu’à main­te­nant, on de­vait se battre pour

la res­source avec la pres­sion de la so­cié­té de consom­ma­tion. Dé­sor­mais, il faut faire face au chan­ge­ment cli­ma

tique.” Car le hêtre, arbre sym­bole et ma­jo­ri­taire en Seine-Ma­ri­time, qui aime le froid et l’hu­mi­di­té, pour­rait bien dis­pa­raître de nos fo­rêts. “Im­pos­sible de dire quand ou comment ré­agi­ra l’es­pèce”, tem­père ce­pen­dant Jean-Fran­çois Che­ny, d’au­tant que d’autres fac­teurs entrent en jeu comme le type de sol. Et l’ONF a dé­jà pris les me­sures pour faire face en in­tro­dui­sant de nou­velles es­sences. “On fait tou­jours de la ré­gé­né­ra­tion na­tu­relle de hêtres mais on in­tro­duit aus­si du chêne Ses­sile qui ré­siste mieux”, ex­plique Jean- Fran­çois Che­ny. D’autres es­pèces sont aus­si tes­tées sur des pe­tites par­celles pour me­su­rer leur ré­ac­tion, comme le no­to­fa­gus, une es­pèce de hêtre d’Amé­rique du Sud, le chêne pu­bes­cent, ou le cèdre. Au­tant d’arbres que l’on re­trouve à l’ar­bo­re­tum du Pe­tit Charme dans la fo­rêt de Rou­mare. Une mul­ti­tude d’es­pèces y ont été plan­tées en 1975, ce qui per­met dé­sor­mais de me­su­rer les ef­fets du chan­ge­ment cli­ma­tique. Et de pré­fi­gu­rer donc nos fo­rêts de de­main.

L’ONF conti­nue à fa­vo­ri­ser la ré­gé­né­ra­tion des hê­traies mais in­tro­duit aus­si du chêne Ses­sile.

Aux Jar­dins des plantes, les abé­lias étaient en­core en fleurs, dé­but no­vembre. Leur flo­rai­son s’achève ha­bi­tuel­le­ment en oc­tobre.

Em­ma­nuel Du­plaix, res­pon­sable ad­joint du Jar­dins des plantes de Rouen.

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