In­dus­trie, un risque à prendre ?

L’in­cen­die de Lu­bri­zol a re­lan­cé le dé­bat sur la place des usines Se­ve­so au coeur des bas­sins de po­pu­la­tion.

Tendance Ouest Rouen - - LUBRIZOL - Pierre Du­rand-Gra­tian

Près de 500 000 ha­bi­tants ré­sident dans l’ag­glo­mé­ra­tion de Rouen. Et par­fois, ils ou­blient à quel point ils vivent à proxi­mi­té di­recte d’un ter­ri­toire très in­dus­tria­li­sé, comme l’en­semble de la val­lée de la Seine. On compte 26 en­tre­prises qui sont clas­sées Se­ve­so dont 14 de seuil haut sur le ter­ri­toire de la Mé­tro­pole Rouen Nor­man­die : Ru­bis Ter­mi­nal, Bu­ta­gaz, Shell ou bien sûr Lu­bri­zol… Ce der­nier ac­ci­dent, après ce­lui de 2013 et de la fuite de mer­cap­tan, a re­lan­cé les in­ter­ro­ga­tions sur la proxi­mi­té entre ces sites in­dus­triels et les bas­sins de po­pu­la­tion. “Plus de site Se­ve­so en coeur de Mé­tro­pole”,

plaide Jean-Mi­chel Bé­ré­go­voy, élu EELV à la mai­rie de Rouen. Ce der­nier pointe l’état de vé­tus­té dans les usines, qu’il juge ne pas être as­sez sé­cu­ri­sées, pre­nant en exemple la pré­sence du toit en amiante chez Lu­bri­zol.

Dé­mé­na­ger, pour al­ler où ?

“Il faut cas­ser la doc­trine ac­tuelle qui consiste à mi­ni­mi­ser les risques et à dire que c’est le prix à payer quand il y a des ac­ci­dents. Au XXIe siècle, on veut des villes moins pol­luées dans les­quelles il fait bon vivre.” Oui, mais pour

al­ler où ? “Ce sont bien souvent les usines qui ont été rat

tra­pées par la ville”, af­firme Yves Blein, dé­pu­té du Rhône et pré­sident d’Ama­ris, une as­so­cia­tion de col­lec­ti­vi­tés qui ont des sites Se­ve­so sur leur ter­ri­toire, et dont la Mé­tro­pole de Rouen fait par­tie. Lui pointe les ré­seaux de com­mu­ni­ca­tion qui par­ti­cipent à la sé­cu­ri­té des sites, comme les pi­pe­lines, les ports, les voies fer­rées et les routes, amé­na­gés aux abords des zones in­dus

trielles. “Si vous ins­tal­lez les usines en cam­pagne, vous al­lez mul­ti­plier le nombre de ca­mions qui trans­portent des pro­duits dan­ge­reux sur les routes”, ex­plique-t-il. Pour lui, le risque zé­ro n’existe pas et il est “in­évi­table si l’on veut gar­der une in­dus­trie

chi­mique”. Et les em­plois qui vont avec. Un chan­tage qui ne tient plus pour Jean-Mi­chel Bé­ré­go­voy, qui es­time qu’il y a de larges manques à com­bler dans le ter­tiaire sur la Mé­tro­pole. Quant aux in­dus­tries, il plaide pour plus de re­cherche sur des pro­duits moins dan­ge­reux au­tour de la chi­mie verte. Yves Blein es­time de son cô­té la lé­gis­la­tion bien adap­tée sur les sites Se­ve­so mais pointe un manque d’in­for­ma­tion glo­bale de la po­pu­la­tion, “pas seule­ment en cas d’ac­ci­dent mais au quo­ti­dien”. Le sys­tème de

si­rènes no­tam­ment est, se­lon lui, dé­pas­sé. “Qua­si­ment tout le monde à un smart­phone et on sait au­jourd’hui aver­tir la po­pu­la­tion sur un pé­ri­mètre don­né pour lui don­ner les com­por­te­ments à

adop­ter”, es­time Yves Blein. Que pense l’in­dus­trie el­le­même de sa proxi­mi­té avec les lieux de vie ? Dif­fi­cile d’ob­te­nir des ré­ponses en ce temps où règne l’omer­ta dans les grands groupes, sur­tout en pleine crise. Sol­li­ci­té à de mul­tiples re­prises par notre ré­dac­tion, France Chi­mie Nor­man­die, le lob­by des in­dus­tries chi­miques, s’est conten­té d’une ré­ponse écrite pour in­di­quer que “le cadre ré­gle­men­taire pres­crit par les au­to­ri­tés est res­pec­té”.

Quant aux di­ri­geants de Lu­bri­zol, ils n’ont pas ca­ché leur vo­lon­té de re­prendre vite leur ac­ti­vi­té rouen­naise.

La carte montre les sites Se­ve­so seuil haut du ter­ri­toire de la Mé­tro­pole Rouen Nor­man­die, à l’ex­cep­tion de ce­lui de Brenn­tag à Mont­ville. Il y en a 14 sur 26 sites Se­ve­so dans l’ag­glo­mé­ra­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.