« Je suis l’homme le plus heu­reux du monde »

Trucks Mag - - Dossier -

A 51 ans, Eric Brun­ner est rou­tier et heu­reux de l’être. « Conduc­teur, c’est une vo­ca­tion, je fais ce que j’ai tou­jours vou­lu faire », af­firme-t-il. Son amour du mé­tier ne l’a pour­tant pas em­pê­ché de se trou­ver ré­cem­ment confron­té à la re­cherche d’un nou­vel em­ploi. « Ce­la fait 30 ans que je roule et pour des rai­sons per­son­nelles je vou­lais quit­ter le Luxem­bourg où je tra­vaille pour une boîte al­le­mande, pour al­ler à Nar­bonne où ré­side mon épouse. Le pro­blème, c’est que s’il y a du bou­lot là-bas, on ne m’a pro­po­sé que de l’in­té­rim ou des CDD », ra­conte-t-il. « Je com­prends les pa­trons qui ne veulent pas s’en­ga­ger avec quel­qu’un qu’ils au­raient à li­cen­cier s’ils per­daient un mar­ché, et qui pré­fèrent cal­quer les contrats de leurs conduc­teurs sur ce­lui de l’en­ga­ge­ment de leurs clients. » Mais à quelques an­nées de la re­traite, Eric n’était pas prêt à ac­cep­ter cette pré­ca­ri­té. Aus­si a-t-il pré­fé­ré trou­ver un ar­ran­ge­ment avec son pa­tron. « Je conti­nue à tra­vailler pour lui, mais chaque mois je prends une se­maine de congés et de ré­cu­pé­ra­tion, ce qui me per­met d’être sur Nar­bonne. » Son em­ployeur lui a aus­si confié des liai­sons sur Bar­ce­lone, ce qui lui per­met de se rap­pro­cher de chez lui. Grâce à cette so­lu­tion qui sa­tis­fait tout le monde, son pa­tron a pu gar­der Eric. Et s’il a fait un effort pour l’ar­ran­ger, c’est que le trans­por­teur ap­pré­cie ce conduc­teur : Eric est un pas­sion­né, un pro­fes­sion­nel sé­rieux sur qui il sait qu’il peut comp­ter. « J’adore ce que je fais, c’est ce que j’ai tou­jours vou­lu faire. Certes, le mé­tier a chan­gé, on a moins de li­ber­té, mais quand je suis au vo­lant de mon beau ca­mion et que je roule en écou­tant de la mu­sique, par­fois je me dis que je suis l’homme le plus heu­reux du monde. Je plains ceux qui vont tra­vailler uni­que­ment pour payer leurs fac­tures. Moi je fais ce que j’aime. » Si dans la jeune gé­né­ra­tion de conduc­teurs on ne re­trouve plus cet en­thou­siasme pour le mé­tier, Eric l’ex­plique par le dé­ca­lage entre l’idée que les jeunes se font de la pro­fes­sion et sa réa­li­té. « Ai­mer les ca­mions c’est une chose, mais ai­mer être rou­tier c’est autre chose. Ce­la im­plique de faire des con­ces­sions. Quand on rentre dans une en­tre­prise, il faut ac­cep­ter d’es­suyer les plâtres. Les jeunes d’au­jourd’hui veulent tout, tout de suite : ren­trer chez eux tous les soirs et avoir les sa­laires de ceux qui partent à la se­maine. Ce n’est pas pos­sible. » Etre rou­tier, c’est aus­si sa­voir s’adap­ter et faire par­fois des choses qu’on n’aime moins ou qu’on n’a pas l’ha­bi­tude de faire, c’est sup­por­ter d’at­tendre des heures pour char­ger ou

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