DU FAN­TASME A LA REALITE

Sur les 37 000 pros­ti­tuées of­fi­ciel­le­ment re­cen­sées en France, 30% tra­vaillent dans la rue. Lors­qu’elles of­fi­cient sur les par­kings, les passes semblent plus ci­blées en­vers les rou­tiers. Sont-ils vrai­ment clients ? Ce phé­no­mène nuit-il à la pro­fes­sion ? E

Trucks Mag - - Enquete - Texte : Ar­naud Ilié. Pho­tos : DR.

Tou­louse, à l’au­tomne 2014, le par­king du centre rou­tier si­tué face au mar­ché de la gare cris­tal­lise tous les mé­con­ten­te­ments. Le jour­nal LaDé­pêche rap­porte les pro­pos de Fran­cis­co Con­tie­ro, à l’époque pro­prié­taire du Top du Rou­lier, l’hô­tel-res­tau­rant voi­sin. Il dé­non­çait le cli­mat d’in­sé­cu­ri­té au­tour du par­king des­ti­né aux rou­tiers en par­lant de « plu­sieurs ca­mions cam­brio­lés » et « de re­morques in­cen­diées », sans comp­ter « tous les soirs, une quin­zaine de pros­ti­tuées sur le par­king dé­sor­mais plon­gé dans le noir, sans éclai­rage de­puis dé­but sep­tembre. C’est une zo­ne­zo de non-droit » ré­su­mait alor­sal Fran­cis­co Con­tie­ro en en­fon­çant le clou ain­si : « Tou­louse est la seule ville où nous avons connu de tel­ste pro­blèmes sans au­cune ré­ac­tion­ré des pou­voirs pu­blicsp ». Deux ans plus tard, chan­ge­ment de dé­cor et ded pro­prié­taire, c’est Ades Ch­rit,C le nou­veau PDg des lieux, qui ac­cueille ses pre­miers clients pour le ca­fé de 5h30. Et se­lon lui, le mé­nage a été fait sur le par­king. « Tout est propre ici à pré­sent ». Les pou­voirs pu­blics,pub la mai­rie de Tou­louse, l’ag­glo­mé­ra­tion ete le mar­ché gare semblent avoir pris la me­sure du pro­blème. Quid de la pros­ti­tu­tion ? « La pros­ti­tu­tion, on ne pour­ra ja­mais l’ar­rê­ter, vous le sa­vez aus­si bien que moi ! » ré­pond le res­tau­ra­teur. « Sur le par­king, il n’y a plus qu’une seule pros­ti­tuée, après il y en a tout le long de l’ave­nue des Etats-Unis… ». Mal­gré l’ar­rê­té pris en juillet 2014 par la mai­rie de Tou­louse in­ter­di­sant la pra­tique de la pros­ti­tu­tion, celle-ci semble s’être dé­pla­cée au­jourd’hui au­tour d’une sta­tion-ser­vice qui sert de lieu de passes pour une ving­taine de pros­ti­tuées. Reste que pour Ades Ch­rit, la pros­ti­tu­tion ne nuit pas à l’image des rou­tiers : « Si un rou­tier qui a fait 2 000 ki­lo­mètres vient voir une pros­ti­tuée et que ce­la ne se fait pas chez moi, ce­la ne me dé­range pas. S’il a en­vie de se faire plai­sir, tant mieux pour lui ! ».

Des filles de l’Est en nombre

« Les filles de l’Est sont de plus en plus nom­breuses » té­moigne Di­dier. Pour ce chauf­feur, sur la route de­puis plus de trente ans, le pro­blème est plu­tôt lié à l’in­sé­cu­ri­té que gé­nèrent les his­toires de pros­ti­tu­tion. « Pas plus tard que cette nuit, je me suis en­core fait ou­vrir les portes à Auxerre ra­conte-t-il, au­tre­ment, la pros­ti­tu­tion, ça a tou­jours exis­té mal­heu­reu­se­ment. C’est sur­tout l’agres­si­vi­té des gens des pays de l’Est en­vers nous qui me choque, in­siste Di­dier, et l’aug­men­ta­tion du nombre de filles des pays de l’Est qui les ac­com­pagnent sur les par­kings. Ça de­vient ré­cur­rent. De­puis que je suis sur la route, on a tou­jours connu des femmes qui ve­naient nous ra­co­ler sur les aires d’au­to­routes, sur les aires pri­vées, sur les aires de re­pos ». Et c’est en­core le cas se­lon lui : « Il y en a tou­jours au­tant dans des ca­mion­nettes lors­qu’on va sur Mon­tar­gis (45) ou la ban­lieue pa­ri­sienne ». Lui n’est pas client. « Per­son­nel­le­ment, je n’y ai ja­mais eu re­cours et à mon avis, les prin­ci­paux de­man­deurs ne sont pas les pro­fes­sion­nels de la route mais plu­tôt des par­ti­cu­liers. Al­lez faire un tour dans la fo­rêt de Fon­tai­ne­bleau et vous ver­rez que ce ne sont pas des ca­mions qui s’ar­rêtent, mais des voi­tures… En ce mo­ment, beau­coup d’ho­mo­sexuels nous ra­colent, par exemple au centre rou­tier de Mou­lins. Vous êtes ré­veillé la nuit et ils vous de­mandent si vous vou­lez un peu de com­pa­gnie… » « Il y a bien quelques hommes qui viennent nous sol­li­ci­ter » confirme de son cô­té Denis. Pour ce chauf­feur, la pros­ti­tu­tion est un mal né­ces­saire : « Pour les gars qui partent 15 jours loin de chez eux, ça peut se com­prendre ». Denis ne « consomme » pas. « J’ai une femme, tout va bien. Si­non, oui, c’est vrai que l’on voit de plus en plus de filles des pays de l’Est lors­qu’on ap­proche de Reims ou du centre rou­tier d’Or­léans ».

De l’histoire an­cienne

Du cô­té d’Or­léans, jus­te­ment, au centre rou­tier, Ca­ro­line De­la­roche di­rige le re­lais du Pôle 45 et ques­tion pros­ti­tu­tion : « Moi, ça n’est pas mon af­faire, je fais mon bu­si­ness et puis c’est tout ». Avant d’at­ta­quer son ser­vice, elle nous ren­seigne : « Ce par­king d’une ca­pa­ci­té de 250 à 300 PL n’est pas sé­cu­ri­sé mais il ap­par­tient à l’ag­glo­mé­ra­tion. Après, la pros­ti­tu­tion ça a tou­jours exis­té, mais de­puis une di­zaine d’an­nées ça s’est cal­mé, et puis les po­li­ciers passent ré­gu­liè­re­ment ». Ici, à Or­léans, ce centre rou­tier se trouve au car­re­four lo­gis­tique de nom­breuses boîtes comme Ama­zon et toute la pla­te­forme lo­gis­tique d’Or­léans Nord. « Si, par le pas­sé, il y a eu pas mal d’af­faires liées à la drogue et la pros­ti­tu­tion, main­te­nant les rou­tiers ne s’amusent plus à ça. Des vols de car­gai­son ou de car­bu­rant en re­vanche, il y en au­ra tou­jours » pré­cise-t-elle. Main­te­nant, ce qui compte pour Ca­ro­line, c’est de pou­voir ou­vrir son res­tau­rant de 5 heures du ma­tin jus­qu’à 23h30.

Dans le Nord, ça se passe en Bel­gique

Di­rec­tion Roncq, dans le Nord. Ce mi­di, le pa­tron du « Mille Pattes » vient de re­ce­voir de la viande d’An­gus et pré­pare des ba­vettes pour ses 200 cou­verts quo­ti­diens. Il ac­cepte d’en tailler une avec nous. « En tant

que gé­rant d’un centre rou­tier, l’in­sé­cu­ri­té et la pros­ti­tu­tion sont des ques­tions que je vois un peu de loin, es­time Jean-Claude Mo­rieux, j’ai sim­ple­ment des échos de ces pro­blé­ma­tiques sur les aires de re­pos mais dans le centre rou­tier, il n’y a pas d’in­ci­dent ». Il faut dire que de­puis qu’il a re­pris la gé­rance du res­tau­rant, c’est la so­cié­té pri­vée Se­cu­ri­tas qui gère la sé­cu­ri­té du par­king de 250 places ap­par­te­nant à la mé­tro­pole de Lille. « Chaque nuit, en plus de Se­cu­ri­tas, la BAC fait ses rondes. Il n’y a donc plus de pro­blème, même si on me rap­porte des faits d’in­sé­cu­ri­té tous les jours, tente de ras­su­rer Jean-Claude, mais les pro­blèmes de vol de fret et de ga­soil ont été éra­di­qués ». Le re­cours à Se­cu­ri­tas avait été mis en place à l’époque où le ca­bo­tage a dé­bu­té. « Quand les chauf­feurs rou­tiers rou­mains, bul­gares et turcs sont ar­ri­vés, on a com­men­cé à avoir des pro­blèmes de vols » se sou­vient le res­tau­ra­teur. « Les his­toires de pros­ti­tu­tion, elles se passent plu­tôt du cô­té de la Bel­gique, confie alors Jean-Claude, sa­chant que l’on est proche de Me­nin, c’est rare mais il a pu ar­ri­ver que l’on me de­mande où al­ler voir des filles en Bel­gique… ». Et là, le phé­no­mène est de no­to­rié­té pu­blique. « Il y a beau­coup d’en­droits dans ce coin de Bel­gique pour pas­ser un bon mo­ment, sur tout le long de la route vers Me­nin, vous avez tous les claques. Tout ça a été mis sur la place pu­blique avec les his­toires de Strauss-Kahn et de Dé­dé la Sau­mure puisque c’est là qu’ils al­laient s’amu­ser » rap­porte Jean-Claude, c’est peut-être pour ça que l’on est épar­gné par le phé­no­mène puis­qu’on est li­mi­trophe et qu’il suf­fit de faire quatre ki­lo­mètres pour cô­toyer les pros­ti­tuées ». De quoi re­gret­ter la fer­me­ture des mai­sons closes en France ?

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