Les ex-conduc­teurs de Cal­le­jo prêts à de­man­der des comptes

Trucks Mag - - Actus - *Les pré­nom sont été chan­gés, les deux conduc­teurs pré­fé­rant gar­der l’ ano­ny­mat en rai­son de la pro­cé­dure ju­di­ciaire en cours.

« Lorsque nos pa­trons ont dis­pa­ru, nous n’avons pas tout de suite com­pris qu’ils ne re­vien­draient pas » se sou­vient Ka­rim*. « Mais au bout de quinze jours sans nou­velles, il a bien fal­lu se rendre à l’évi­dence et se re­grou­per pour agir. C’est comme ce­la que je suis de­ve­nu re­pré­sen­tant syn­di­cal pour dé­fendre les in­té­rêts des em­ployés. Avant, il n’y avait jamais eu de syn­di­cat dans l’en­tre­prise. M. Si­cart était contre. C’était quel­qu’un de ner­veux qui im­po­sait sa loi, le genre à frap­per dans les portes lors­qu’il était en co­lère. Il me­nait les conduc­teurs à la ba­guette, leur vo­lait des heures, mais per­sonne n’osait se ré­vol­ter car on nous di­sait que l’en­tre­prise al­lait mal et on avait peur de lui. Son épouse sem­blait faire de la fi­gu­ra­tion, elle avait la ré­pu­ta­tion d’être une femme ca­pri­cieuse et dé­pen­sière. C’est lui qui s’oc­cu­pait de tout. L’af­faire était mal gé­rée, les di­ri­geants cas­saient les prix pour prendre des lignes. On a com­pris par la suite que c’était pour pou­voir ache­ter plus de ca­mions, et faire leur bu­si­ness. Les conduc­teurs avaient des vé­hi­cules neufs tous les six mois. On les gar­dait quelques mois, puis on nous les re­pre­nait et on nous don­nait un vieux cou­cou le temps que de nou­veaux ca­mions ar­rivent. Lorsque nos pa­trons ont dis­pa­ru, les clients ont com­men­cé à s’in­quié­ter, et l’en­tre­prise au­rait pu dé­po­ser le bi­lan si le DRH, Elie Azo­gui, n’avait pris les choses en main. Il les a ap­pe­lés pour les ras­su­rer et a conti­nué à faire fonc­tion­ner la boîte. Il a réus­si à nous payer dans les temps, jus­qu’à ce qu’un ad­mi­nis­tra­teur ju­di­ciaire soit nom­mé, ce qui a pris plu­sieurs mois. En­suite, il y a eu un plan de dé­parts vo­lon­taires et une vague de li­cen­cie­ments par­mi les cadres, avant que Ji­mi­nez ne re­prenne par­tiel­le­ment l’en­tre­prise. On a ap­pris par la presse que les biens de nos ex-pa­trons, une mai­son, un ap­par­te­ment, un com­merce et des voi­tures de sport, avaient été sai­sis. On pré­tend que leur fa­mille ne sa­vait pas où ils étaient par­tis, j’ai du mal à le croire. Mais c’est vrai que les re­la­tions entre Jo­sé Cal­le­jo et Jo­na­than Si­cart étaient ten­dues. Quelques mois avant la fuite des di­ri­geants, Jo­sé Cal­le­jo, qui avait dû avoir vent de cer­taines choses, avait dé­bar­qué dans l’en­tre­prise pour de­man­der à son gendre de contrô­ler toutes les cartes grises. Main­te­nant que nos an­ciens pa­trons ont été ex­tra­dés, avec les an­ciens conduc­teurs, on se de­mande si on ne va pas créer un col­lec­tif pour leur ré­cla­mer le rè­gle­ment des heures im­payées qu’ils nous de­vaient. » Mo­ha­med* est ren­tré chez Cal­le­jo lorsque Jo­sé qui di­ri­geait l’af­faire. « Les pa­rents c’était des gens bien, hon­nêtes, res­pec­tés et es­ti­més. Jo­sé était exi­geant avec son per­son­nel, mais aus­si à l’écoute. Jo­na­than Si­cart est ar­ri­vé dans l’en­tre­prise comme simple agent ad­mi­nis­tra­tif, puis il est sor­ti avec Ca­rine et l’a épou­sée. Lorsque Jo­sé Cal­le­jo a vou­lu se re­ti­rer pour prendre sa re­traite, il a d’abord pen­sé cé­der son af­faire à son fils aî­né qui a re­fu­sé, c’est comme ça que sa fille est de­ve­nue PDg et son gendre di­rec­teur. Main­te­nant qu’ils sont ren­trés en France, j’es­père qu’ils vont rendre des comptes. Mais j’ai le sen­ti­ment qu’il doit y avoir des gens in­quiets, parce que faire ce qu’ils ont fait né­ces­si­tait for­cé­ment des com­pli­ci­tés dans l’en­tre­prise. Je ne se­rais pas sur­pris qu’il y ait des têtes qui tombent. Les vrais din­dons de cette his­toire, ce sont les conduc­teurs. Les der­nières an­nées chez Cal­le­jo, on ne nous payait plus toutes nos heures, et sans vrai­ment sa­voir ce qui se pas­sait, on voyait bien qu’il y avait des choses bi­zarres. Par exemple, on croi­sait de temps en temps des ca­mions aux cou­leurs de l’en­tre­prise sur les routes, et on se di­sait : « Tiens, des col­lègues », jus­qu’à consta­ter qu’ils étaient im­ma­tri­cu­lés en Bul­ga­rie ou en Po­logne. Et puis, alors que l’en­tre­prise était sup­po­sée al­ler mal, Ma­dame Si­cart était tou­jours ha­billée avec des grandes marques et le couple me­nait grand train, col­lec­tion­nait les voi­tures, se fai­sait li­vrer par des trai­teurs, or­ga­ni­sait des courses de Ma­se­rat­ti... Pen­dant ce temps-là, aux Prud’hommes on fai­sait la queue pour les dos­siers concer­nant l’en­tre­prise. Mais lorsque M. Cal­le­jo voyait qu’il al­lait perdre, il ar­ri­vait avec son chéquier pour étouf­fer l’af­faire. Les concur­rents aus­si se po­saient des ques­tions en voyant nos chan­ge­ments per­ma­nents de ca­mions. C’est d’ailleurs comme ça que l’af­faire a écla­té. Un jour, un ca­mion Ive­co est tom­bé en panne en France. Il était im­ma­tri­cu­lé en Bul­ga­rie, et lorsque le conces­sion­naire a ta­pé son nu­mé­ro de sé­rie, il a vu qu’il était en lea­sing chez Cal­le­jo… Une en­quête a été ou­verte. Les po­li­ciers ont dé­cou­vert que via leur fi­liale Alon­zo Ma­té­riels, ils ache­taient en cré­dit-bail des ca­mions en gros, et donc à de bons prix, pour les re­vendre. Mais les époux, qui avaient com­pris que ce­la al­lait mal tour­ner, ont eu le temps de dis­pa­raître avant d’être in­quié­tés. Ils de­vaient sa­voir qu’un jour ou l’autre le scan­dale écla­te­rait et leurs va­lises étaient prêtes. Ils se fi­chaient de lais­ser 250 sa­la­riés dans l’em­bar­ras. Alors main­te­nant qu’ils sont re­ve­nus, s’il y a un moyen de leur ré­cla­mer des dom­mages et in­té­rêts, ou sim­ple­ment de nous faire payer les heures qu’ils nous doivent, on ne va pas se gê­ner. »

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