Dé­cou­verte : Is­raël s’ouvre au VTT

Vélo Tout Terrain - - Sommaire - Par Cé­dric Tas­san/Vto­po

Sou­ve­nez-vous, le mois der­nier nous vous em­me­nions en Is­raël pour vous re­la­ter notre par­ti­ci­pa­tion au Sa­ma­ra­thon 2018. La course ter­mi­née, nous avons pro­fi­té de notre pré­sence en Is­raël pour nous rendre dans la ville Sainte et dé­cou­vrir un trail ex­cep­tion­nel, au coeur de l’His­toire du Monde ! Ré­cit.

Nous avons ter­mi­né nos trois jours de com­pé­ti­tion dans le dé­sert du Né­guev. Ce fut une belle ex­pé­rience, et une pre­mière pour moi en XC Ma­ra­thon !

Une fois l’épreuve pas­sée, nous ac­tion­nons le mode tou­riste et conti­nuons la vi­site du pays. Nous sommes ad­mi­ra­ble­ment gui­dés dans ce pays à la lec­ture si com­plexe. A bord, nous avons tou­jours à nos cô­tés nos amis ita­liens de MTBCult et les Ca­na­diens de Pink Bike. Après la vi­site de la mer Morte et Mas­sa­da, cap vers Jé­ru­sa­lem. Je suis très im­pa­tient de vi­si­ter la ville « trois fois sainte ». Je sais que je ne res­te­rai pas in­dif­fé­rent, mais je n’ima­gi­nais pas à quel point je se­rai mar­qué par cette vi­site. A l’ap­proche de la ci­té, tout de­vient confus, les col­lines sont de plus en plus ur­ba­ni­sées, les routes se mêlent, nous voyons des mi­na­rets, des dra­peaux is­raé­liens, des mi­li­taires. Bref, c’est dé­jà la pa­nique dans nos es­prits. Nous pas­sons un des check-points qui per­met d’en­trer dans la ville, une simple for­ma­li­té pour notre vé­hi­cule is­raé­lien. A droite, juste avant la bar­rière, une route grimpe. Une men­tion très claire sur un pan­neau in­dique que cette voie mène dans des vil­lages pa­les­ti­niens où il se­rait dan­ge­reux aux Juifs de s’aven­tu­rer…

La dé­cou­verte de Jé­ru­sa­lem, ville aux trois re­li­gions, est un choc…

Notre van nous dé­pose de­vant la porte de Jaf­fa, une des en­trées de la vieille ville. Le brou­ha­ha, le mé­lange des po­pu­la­tions et des re­li­gions nous per­turbent énor­mé­ment. Nous pé­né­trons dans la ville, tout le monde est si­len­cieux. On laisse par­ler Ron, notre guide tou­jours très sym­pa­thique. Bien en­ten­du, pour ce­lui qui n’a pas l’ha­bi­tude du Moyen-Orient, ce genre de ville peut vrai­ment dé­rou­ter, c’est un im­mense

souk, un dé­dale de ruelles. Pour ma part, ayant été à plu­sieurs re­prises dans des pays arabes (Egypte, Jor­da­nie, Oman…), je me sens plu­tôt bien. Nous sui­vons Ron, mais par­fois l’un d’entre nous dé­croche, le re­gard pose des ques­tions au­tour d’une pierre, une scène, un bâ­ti­ment, une si­tua­tion… Je de­meure sub­ju­gué quand, d’un mi­na­ret si­tué à cô­té de nous, ré­sonne l’ap­pel à la prière. Cette voix puis­sante monte dans la vieille ville, chaque mi­na­ret se met à son tour à dif­fu­ser ce chant re­li­gieux. C’est alors que je me rends compte que nous sommes ar­rê­tés sur une pla­cette où der­rière moi se trouvent une sy­na­gogue et ses dra­peaux is­raé­liens et à ma gauche, une église ar­mé­nienne en lieu et place de la troi­sième sta­tion du Ch­rist, sur la fa­meuse voie Do­lor­sa… Quelle his­toire, j’en reste bouche bée. A plu­sieurs re­prises, nous sommes frap­pés par la mi­li­ta­ri­sa­tion de la ville. Ron nous rap­pelle que glo­ba­le­ment Jé­ru­sa­lem est une ville calme mais qui peut s’em­bra­ser en quelques ins­tants sous les pro­vo­ca­tions des uns et des autres. Car ici, c’est une grande co­ha­bi­ta­tion. Même si la vieille ville est di­vi­sée en quatre quar­tiers (juif, mu­sul­man, ch­ré­tien et ar­mé­nien), on passe de l’un à l’autre sans vrai­ment s’en rendre compte. C’est un mé­lange d’his­toire et de re­li­gion, on sent vrai­ment qu’on pé­nètre dans le centre de gra­vi­té du monde. Du moins, c’est mon im­pres­sion ! Nous sommes frap­pés par les armes des mi­li­taires, sou­vent usées, rayées, po­lies, presque cus­to­mi­sées. On sent qu’ici les armes ne sont pas fac­tices et qu’elles servent ré­gu­liè­re­ment. Les en­fants juifs en sor­tie sco­laire sont tous ac­com­pa­gnés par deux adultes, un de­vant et un der­rière, tous deux ar­més dis­crè­te­ment.

De­vant le mur des La­men­ta­tions, nous sommes ga­gnés par l’émo­tion…

Nous ar­ri­vons au pied du mur des La­men­ta­tions. De nom­breux Juifs or­tho­doxes chantent très fort. Au-des­sus, l’es­pla­nade des mos­quées sur­plombe ce sym­bole juif. Quelle am­biance, l’émo­tion est très forte. On dé­cide d’ap­pro­cher le mur, je mets plu­sieurs mi­nutes à le tou­cher. Ben­ja­min, quant à lui, m’avoue être tel­le­ment im­pres­sion­né qu’il ne veut pas le tou­cher. Et pour­tant, ni lui, ni moi ne sommes juifs… Il faut le vivre pour le com­prendre. Le soir vient, nous lais­sons nos es­prits se re­po­ser et pré­pa­rons notre iti­né­raire pour

de­main. En ef­fet, les Ita­liens et Ca­na­diens sont sur le dé­part. Quant à nous, notre avion est pré­vu un jour plus tard que tout le monde. Voi­là pour­quoi nous avons dé­ci­dé d’oc­cu­per cette der­nière jour­née par un ride. Seule­ment, quand Ron ques­tionne le mi­nis­tère du tou­risme is­raé­lien, l’or­ga­ni­sa­teur du sé­jour, nous nous voyons re­fu­ser de par­tir seuls dans cette par­tie du ter­ri­toire. En ef­fet, notre par­cours tra­verse les ter­ri­toires oc­cu­pés. Ce­pen­dant, je suis très se­rein et cal­me­ment j’ex­plique à notre guide que nous irons quand même rou­ler de­main. Je me pro­pose même de lui si­gner une dé­charge. Ben­ja­min n’est pas for­cé­ment ras­su­ré, mais je lui ex­plique que tout va bien se pas­ser. J’ai étu­dié le par­cours de près, j’ai consul­té d’autres connais­sances lo­cales qui m’ont dit qu’il n’y avait au­cun pro­blème de sé­cu­ri­té. Il faut juste évi­ter de par­tir de la ville même car nous de­vrions tra­ver­ser alors quelques zones in­stables. J’en parle à Ron qui nous trouve un taxi. Nous sommes dé­po­sés le len­de­main dans la ma­ti­née à quelques ki­lo­mètres de Jé­ru­sa­lem, après être pas­sés du cô­té des ter­ri­toires oc­cu­pés. Nous sommes de­vant l’en­trée du kib­boutz de Ke­dar South. C’est une fois re­ve­nu en France que je com­prends mieux la si­tua­tion blo­quée entre Is­raé­liens et Pa­les­ti­niens, no­tam­ment celle en Cis­jor­da­nie. En ef­fet, il existe de nom­breuses co­lo­nies is­raé­liennes (kib­boutz) im­plan­tées dans les ter­ri­toires oc­cu­pés, comme une constel­la­tion d’étoiles ren­dant dé­sor­mais très dif­fi­cile la créa­tion d’un état pa­les­ti­nien unique.

Nous pro­fi­tons de notre der­nière jour­née pour dé­cou­vrir le Su­gar Trail

Nous at­ta­quons notre tra­ver­sée. Nous sommes sur le Su­gar Trail, un iti­né­raire plu­tôt fré­quen­té et ba­li­sé au coeur du dé­sert de Ju­dée. Il doit nous me­ner des portes de Jé­ru­sa­lem à la mer Morte, plus de 40 km à pro­fil des­cen­dant. La pre­mière par­tie est la moins in­té­res­sante sur le plan VTT. Nous des­cen­dons à vive al­lure des pistes em­prun­tées par les bé­douins. Nous croi­sons quelques cam­pe­ments. Les gens ici vivent mo­des­te­ment. Plus haut, en­core quelques

vil­lages mo­dernes avec des bâ­ti­ments hi­deux trônent en haut des col­lines. Au pied, ce sont sou­vent des dé­charges à ciel ou­vert, la ri­vière que nous sui­vons dé­gage un air très ir­res­pi­rable, une odeur de les­sive fran­che­ment désa­gréable se dé­gage de l’eau char­gée, mous­seuse et mar­ron. Puis, la ri­vière creuse un im­mense ca­nyon très ac­ci­den­té. Nous quit­tons la piste pour un sen­tier peu vi­sible et qui sillonne sur une strate. Là, tout de­vient ma­gique. Nous che­mi­nons comme des fu­nam­bules sur cette veine de ro­cher, avec le vide à notre droite. Au bout de quinze mi­nutes, nous dé­bou­chons face au mo­nas­tère or­tho­doxe de Mar Sa­ba, un des plus beaux spec­tacles que j’ai pu voir du­rant tous mes voyages à tra­vers le monde… Nous res­tons stu­pé­faits de­vant cet édi­fice ac­cro­ché au ro­cher, ir­réel. Il s’agit du plus vieux mo­nas­tère de la ré­gion, fon­dé au Ve siècle. On a du mal à par­tir, mais il ne faut pas traî­ner. Notre taxi nous at­tend pour 16h30 au bout du che­min et il reste en­core 30 km !

Dans un dé­sert de plus en plus mar­qué, c’est une ode au free­ride ! Où que l’on pose nos yeux, c’est une ligne à in­ven­ter ! Fan­tas­tique !

L’iti­né­raire que nous em­prun­tons est somp­tueux tant pour les yeux que pour le ride…

Nous re­par­tons et en­chaî­nons en­core 10 km sur des pistes en plein coeur du dé­sert. Le pay­sage est sai­sis­sant. Puis on re­trouve un sen­tier qu’on ne quit­te­ra plus jus­qu’au bout. C’est un ré­gal, le ter­rain est par­fait, le grip est bon, le trail est propre. Nous rou­lons avec une ba­nane pas pos­sible. Plus loin, nous croi­sons un ber­ger. Je connais quelques mots en arabe, je les uti­lise. Ce­pen­dant, lors­qu’il nous parle nous ne com­pre­nons guère. Fi­na­le­ment, nous réa­li­sons qu’il veut nous of­frir un thé ! Mal­heu­reu­se­ment, nous sommes te­nus par le temps et de­vons conti­nuer notre che­min. On lui offre une barre éner­gé­tique, vu le temps qu’il doit pas­ser dans les mon­tagnes, seul, ce­la lui fe­ra un pe­tit ré­con­fort. Plus on avance, plus le pay­sage de­vient sai­sis­sant. Le dé­sert est de plus en plus mar­qué. La der­nière par­tie est une ode au free­ride ! Où que l’on pose nos yeux, c’est une ligne à in­ven­ter… Fan­tas­tique. Nous pour­sui­vons à vive al­lure, tou­jours plus vite, en­ivrés par ce qui est sans doute le plus beau trail du Moyen-Orient. Après plu­sieurs heures, per­dus et seuls dans ces mon­tagnes, nous re­trou­vons la ci­vi­li­sa­tion et cette fa­meuse sta­tion-ser­vice où nous avons ren­dez-vous. Il est 16h20, quelle ponc­tua­li­té ! Notre taxi est là, nous pre­nons le temps d’ava­ler un so­lide sand­wich ty­pi­que­ment orien­tal et de nous ré­hy­dra­ter car nous avons éga­le­ment très soif. En moins de 45 mi­nutes, nous voi­ci de re­tour à l’hô­tel. Pas le temps de bul­ler, il faut pré­pa­rer nos af­faires. De­main, à 2h du ma­tin, un autre taxi vien­dra nous cher­cher pour ren­trer en France… Quel voyage, j’ai hâte d’y re­tour­ner !

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