QUAND LE SO­LEIL SE LÈVE, IL ÉCLAIRE LES 8 000, ALORS QUE LE RESTE DU MONDE BAIGNE DANS UNE BRUME VIO­LETTE. UN SPEC­TACLE QUE SEUL L’HI­MA­LAYA PEUT OF­FRIR…

Vélo Tout Terrain - - ÉVASION : LE NÉPAL -

Le voyage com­mence, comme sou­vent, dans des halls d’aé­ro­port, avec des dis­cus­sions in­ter­mi­nables, pour pas­ser mon vé­lo, une suc­ces­sion de contrôles et de pas­sages de fron­tières. Mais après un long voyage, j’at­ter­ris à Kat­man­dou.

Mon sac sur le dos, je ré­cu­père mon vé­lo au mi­lieu de l’an­neau pour les ba­gages. Tou­jours en ébul­li­tion, l’aé­ro­port de Kat­man­dou l’est d’au­tant plus au­jourd’hui que j’ar­rive en pleine pé­riode de fes­ti­val de De­shain, une des plus grandes fêtes hin­dous. Je m’at­tends donc à quelques per­tur­ba­tions... Je trouve un coin tran­quille pour mon­ter mon vé­lo. Quelques Né­pa­lais s’ap­prochent et m’ob­servent. Ils me posent des ques­tions, veulent es­sayer et res­tent plan­tés là. Le vé­lo mon­té, me voi­là en train de pé­da­ler dans Kat­man­dou, di­rec­tion le quar­tier de Tha­mel, pour un peu de re­pos et de pré­pa­ra­tion. C’est par­ti.

A l’ouest toute…

Le pre­mier cha­pitre de ce voyage est dé­dié au Dhor­pa­tan, une ré­serve na­tu­relle à l’ouest des An­na­pur­nas et du Mus­tang, une zone très peu vi­si­tée qui re­quiert une ap­proche longue et qui peut être com­pli­quée. Je pars de Kat­man­dou à vé­lo, at­trape un van et charge mon Ro­cky sur le toit, di­rec­tion Po­kha­ra puis Be­ni. Ce fut une très longue jour­née dans les trans­ports lo­caux en plein fes­ti­val. Tout le monde est sur son 31 : les hommes portent che­mises et cos­tumes, les femmes ar­borent des sa­ris rouges, la même cou­leur que leur Ti­ka, le point au mi­lieu du front. Ce point est le sym­bole de leur foi. L’am­biance est élec­trique, les bus sont sur­char­gés avec des per­sonnes de­bout pour par­fois huit heures de tra­jet. Ils vont tous re­trou­ver les leurs pour les fêtes, mais ici très peu de per­sonnes pos­sèdent une voi­ture, alors ils uti­lisent les bus, jeep, mi­ni van, pi­ckup...

Ar­ri­vé à Be­ni, je pars dans la val­lée à l’ouest pour une longue as­cen­sion, le long du fleuve Myag­di, des ri­zières et des fo­rêts. Mon al­ti­tude de dé­part se si­tue à 800 mètres et je dois mon­ter jus­qu’à 3 500 m ! J’ai le temps de voir ve­nir. J’at­teins la fin de la route, le re­lief de­vient agres­sif, les mon­tagnes raides et cou­vertes de fo­rêts. Des glis­se­ments de ter­rain im­menses et le fleuve puis­sant au fond com­plètent un ta­bleau de la cam­pagne né­pa­laise. Les gens ri­golent en me voyant pas­ser sur la piste pous­sié­reuse et les en­fants me suivent. En­fin, je roule sur le sen­tier, je re­trouve les marches et la roche du Né­pal. Des pentes fortes et des dis­tances im­pres­sion­nantes que je connais dé­jà un peu. Voir les gens vivre ici sans route ni com­mo­di­tés me sur­prend tou­jours. Les en­fants marchent beau­coup pour al­ler à l’école, ils ap­prennent vite à uti­li­ser leurs propres res­sources. Je dors dans le vil­lage de Lam­sung, hé­ber­gé par une fa­mille pour la nuit. Le soir, ex­té­nué, je re­garde les jeunes jouer à un jeu d’adresse avec pas­sion. L’ac­cès au Dhor­pa­tan passe par une as­cen­sion in­grate et longue. Mais en quit­tant la fo­rêt, en ap­pro­chant du col, je peux en­fin ad­mi­rer le pay­sage. La vue s’ouvre sur des 7 000 et des 8000 ! Je contemple les géants, An­na­pur­nas et Dhau­la­gi­ri, mais aus­si le Gur­ja Hi­mal (7193m) tout près. J’as­siste même à deux im­pres­sion­nantes chutes de sé­racs, créant des nuages de neige im­menses ! Il ne faut pas ou­blier que ces lieux de beau­té pure sont aus­si des es­paces mor­tels puisque ce même Gur­ja Hi­mal a em­por­té neuf per­sonnes dix jours avant, en les en­se­ve­lis­sant au ni­veau de leur camp de base. C’est donc une étrange sen­sa­tion que de con­tem­pler une mon­tagne ma­gni­fique, l’ad­mi­rer et en même la consi­dé­rer comme meur­trière.

Je re­monte sur mon vé­lo pour pas­ser le col et at­ta­quer la des­cente. Le haut est as­sez sau­vage. J’y croise néan­moins des camps aban­don­nés de chas­seurs de Yar­sa­gum­bu, la plante ani­male. Vous vous de­man­dez de quoi il re­tourne ? C’est l’his­toire d’une che­nille qui se fait pha­go­cy­ter par un cham­pi­gnon et, au lieu de se trans­for­mer en un splen­dide pa­pillon bleu, elle de­vient une plante très re­cher­chée en Chine. Ré­pu­tée comme élixir de jou­vence de­puis le temps des em­pe­reurs chi­nois, le ki­lo de Yar­sa­gum­bu se vend

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