Dé­chif­frage de la folle tra­jec­toire d’un co­mique pion­nier et ra­di­cal qui riait de tout sauf de l’hu­mour.

Vanity Fair (France) - - Fanfare -

ien avant que les jeunes gens mo­dernes ne portent barbe et bon­net, leurs pré­dé­ces­seurs écou­taient du jazz et riaient aux blagues de Len­ny Bruce. Des an­nées d’après- guerre jus­qu’à sa mort pré­ma­tu­rée par over­dose en 1966 à l’âge de 40 ans, ce gar­çon juif ori­gi­naire de la ban­lieue de New York a re­pré­sen­té l’avant- garde de l’hu­mour amé­ri­cain. Après s’être fait éjec­ter de la ma­rine parce qu’il s’était tra­ves­ti en femme, il com­mence sa car­rière de co­mique en as­su­rant l’in­tro­duc­tion des nu­mé­ros de danse de sa mère dans les ca­ba­rets. C’est là qu’il ren­contre Ho­ney Har­low, une strip­tea­seuse qu’il épouse avant de lui de­man­der de quit­ter les planches. Sa car­rière dé­colle à la fin des an­nées 1950 quand le ma­ga­zine Time pu­blie un ar­ticle qui le dé­crit en « co­mique ma­lade » (sick co­mic), éti­quette qu’il balaie en ré­tor­quant : « Je ne suis pas ma­lade ; c’est le monde qui l’est et je suis le doc­teur. » Car Len­ny Bruce ne ba­dine pas avec le pre­mier amen­de­ment à la Cons­ti­tu­tion des États-Unis : sa li­ber­té de pa­role to­tale montre l’hy­po­cri­sie d’une so­cié­té pu­ri­taine ayant le sexe en hor­reur alors qu’elle ac­cepte la vio­lence, le ra­cisme d’État et l’ho­mo­pho­bie. Ce qui lui vaut le har­cè­le­ment po­li­cier, la surveillance du FBI et de nom­breuses ar­res­ta­tions. Les pro­cès à ré­pé­ti­tion, ain­si que le cock­tail hé­roïne + am­phé­ta­mine, le font som­brer dans la pa­ra­noïa. Il fi­nit sa vie seul, ca­mé et sans le sou. Si son hu­mour pa­raît moins fé­roce au­jourd’hui, c’est qu’il a contri­bué à bri­ser les ta­bous dont il se mo­quait. Sa plume, elle, reste in­tacte, comme le prouve la lec­ture de la pre­mière édi­tion fran­çaise de son au­to­bio­gra­phie Ir­ré­cu­pé­rable. —

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