Lily Al­len a 33 ans, mais l’ex­per­tise de celle qui est re­ve­nue de tout. Elle parle ici drogues, #MeToo et In­ter­net.

Vanity Fair (France) - - Musique -

orte de sa langue dé­liée et de ses hu­meurs dis­pen­sées sous un voile d’iro­nie, Lily Al­len fut l’une des pre­mières pops­tars du Web avec Mys­pace au dé­but des an­nées 2000. Quatre ans après Shee­zus, elle re­vient avec No Shame, exer­cice de dé­cul­pa­bi­li­sa­tion sur le­quel elle re­trouve de son lustre. Ex-fa­vo­rite des charts, elle tourne le dos à l’op­por­tu­nisme com­mer­cial, em­bal­lant les pun­chlines de sa pop confes­sion­nelle dans du dan­ce­hall de chambre, avec l’aide du Ni­gé­rian Bur­na Boy et de la nou­velle reine du genre, La­dy Chann. Sur Fuck You en 2009, vous vous blin- diez contre les cri­tiques, mais cet al­bum s’ouvre par Come On Then où vous dites votre fra­gi­li­té face aux ru­meurs… Je ne suis plus avec mon ma­ri, qui est aus­si le père de mes en­fants ; un voyeur s’est in­tro­duit chez moi avec l’in­ten­tion de me bles­ser... tout ce­ci a beau­coup af­fec­té mon amour-propre et mon as­su­rance. Je me suis iso­lée ; je ne par­lais plus à ma fa­mille ou à mes amis. Les gens n’ont pas pris ça en compte et se sont com­por­tés en­vers moi comme si je pou­vais sup­por­ter les mêmes choses qu’au­pa­ra­vant, mais ce n’est plus le cas. L’al­bum s’ap­pelle No Shame. Qu’as­su- mez-vous mieux dé­sor­mais ? Je peux par­ler de choses que les femmes taisent ha­bi­tuel­le­ment, leur in­quié­tude de lais­ser les en­fants seuls long­temps parce qu’elles sont au tra­vail, prendre de la drogue, être al­coo­lique... On les pousse à res­sen­tir de la honte. Moi, ça m’aide de ne pas gar­der ça ca­ché et j’es­père qu’en par­ler pour­ra ai­der d’autres per­sonnes. Bien qu’en re­trait ar­tis­ti­que­ment, vous avez conti­nué d’être pré­sente sur les ré­seaux, en sou­li­gnant par exemple l’ab­sence de femmes à l’af­fiche de fes- ti­vals. Le mou­ve­ment #MeToo vous a-t-il don­né en­vie de re­ve­nir plei­ne­ment ? Dès que je par­ti­cipe à une conver­sa­tion, les mé­dias qui ont be­soin de faire du clic en font un su­jet. Je ne cherche pas à ce que ma voix soit mé­dia­ti­sée à ce point, mais il est vrai que j’aime prendre part au dé­bat. Les ta­bloïds et les mé­dias d’ex­trême droite au Royaume-Uni, que l’on a tant en­ten­dus au mo­ment du vote sur le Brexit, n’aiment pas que les femmes aient une opi­nion. Donc ils am­pli­fient cha­cune de leurs pa­roles en es­pé­rant les rendre ri­di­cules pour qu’elles n’osent plus s’ex­pri­mer. Mais on ne me fe­ra pas taire ! Vous avez ré­vé­lé avoir été vic­time de har­cè­le­ment sexuel. Ce­la a-t-il in­fluen­cé l’écri­ture de No Shame ? Peu de gens s’en rendent compte, mais oui. Hi­gher est per­çue comme une chan­son dé­pei­gnant une re­la­tion ro­man­tique, mais ça parle d’une re­la­tion pro­fes­sion­nelle, de quel­qu’un qui fran­chit la ligne. C’est violent, mais vous gar­dez une can­deur dans la voix sur ce titre à la dou­ceur R’n’B… Par­fois, quand on vous an­nonce de mau­vaises nou­velles, on les en­robe de gen­tillesse. Comme quand on vire quel­qu’un ou qu’on rompt en pre­nant des pin­cettes, pour que la per­sonne ré­agisse cal­me­ment. C’est ce que j’ai ten­té de faire. In­ter­net est-il tou­jours un al­lié pour vous ? La mu­sique a beau­coup de pou­voir et à l’heure des fake news, les gens pour­raient vou­loir faire confiance aux ar­tistes. En 2005, j’avais 21 ans. J’étais constam­ment sur Mys­pace. J’y dé­po­sais mes chan­sons et je par­lais à mes fans sans in­ter­mé­diaire. J’ai re­mar­qué que ce­la in­ti­mi­dait même les ta­bloïds. Au­jourd’hui, certes, nous avons Twit­ter pour l’ac­tua­li­té, Ins­ta­gram pour les pho­tos et Spo­ti­fy pour la mu­sique, mais par­lons-nous en­core di­rec­te­ment avec le pu­blic ? —

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