À Brook­lyn comme à Pa­ris, le joyeux mi­li­tan­tisme du fes­ti­val Afro­punk se joue des sté­réo­types pour dé­pas­ser la ségrégation entre ar­tistes noirs et pu­blic blanc.

Vanity Fair (France) - - Fan Fare -

ong­temps ex­clus des grands fes­ti­vals de rock, les ar­tistes noirs en sont de­ve­nus, en quelques an­nées, les têtes d’affiche les plus at­trayantes. Si cette ou­ver­ture va dans le sens de l’his­toire, elle tra­duit sur­tout une évi­dence éco­no­mique : le hip-hop a pris le pou­voir sur l’in­dus­trie du disque et Beyon­cé, Jay-Z, Ken­drick La­mar ou The Weeknd sont dé­sor­mais in­con­tour­nables. Mais à Coa­chel­la, We Love Green ou Lol­la­pa­loo­za, le pu­blic de­meure déses­pé­ré­ment blanc. En cé­lé­brant joyeu­se­ment la « bla­ck­ness », le fes­ti­val Afro­punk s’est don­né pour vo­ca­tion de re­mé­dier à cette ségrégation qui ne dit pas son nom. Comme le sou­ligne

Mi­chae­la , femme de presse améAn­ge­la Da­vis ri­caine, mi­li­tante, mé­lo­mane et fi­dèle am­bas­sa­drice de l’évé­ne­ment, « le monde tourne au­tour de la cul­ture blanche. Dans une so­cié­té où être noir vous met en dan­ger, Afro­punk crée un en­droit où l’on peut s’ex­pri­mer plei­ne­ment et se ré­ap­pro­prier le rock’n’roll, le punk ou n’im­porte quel genre de mu­sique. C’est un concept dé­sta­bi­li­sant, no­tam­ment en France. Mais si l’idée de mettre les Noirs au centre semble ra­di­cale, ça ne veut en au­cun cas dire qu’on dé­teste les Blancs ! »

Sou­vent igno­rée par le ré­cit rock of­fi­ciel, l’his­toire d’amour entre afro et punk re­monte pour­tant aux ori­gines. Dès la fin des an­nées 1970, la mu­sique de The Clash, le plus grand groupe punk an­glais, était in­fu­sée d’in­fluences ja­maï­caines, de reg­gae ou de ska. Puis vinrent les Bad Brains, Fi­sh­bone et Li­ving Co­lor. Jus­qu’aux Li­ber­tines, au dé­but de notre siècle, qui conti­nuèrent de por­ter la tra­di­tion mé­tisse de ce cri de ré­volte né dans les fau­bourgs de Londres. Il au­ra pour­tant fal­lu plus de vingt- cinq ans pour que les deux vo­cables fu­sionnent of­fi­ciel le­ment. Le fes­ti­val qui porte au­jourd’hui ce nom est né de ce constat : si, de­puis des dé­cen­nies, les mu­si­ciens noirs se sont ap­pro­prié la rage punk, le pu­blic, lui, a eu du mal à suivre. Mi­chae­la An­ge­la Da­vis a gran­di dans la ville de Wa­shing­ton dans les an­nées 1980 et se rap­pelle : « Quand j’étais plus jeune, j’étais amie avec les Bad Brains, le meilleur groupe de la scène punk hard­core, les Ti­ger Woods de la mu­sique. Nous

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