Var-Matin (Fréjus / Saint-Raphaël)

« Le top niveau est devenu la norme »

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Il aime partager sa vision. Autant que transmettr­e sa passion. Stéphane Porato, actuel entraîneur des gardiens de Châteaurou­x en National, ne voit pas le temps passer lorsqu’il évoque l’évolution de ce poste si particulie­r. Taille, rapidité, changement­s de règles, lecture, anticipati­on, progressio­n... Avec une ligne claire, ses avis fusent. Alors en croisant ses idées avec l’agacement d’un ancien champion du monde qu’il a côtoyé en Bleu, le portier formé à Toulon se livre. « Aujourd’hui, un gardien doit faire 1,92 m, prendre de la place dans le but et être bon avec les pieds », s’emportait Fabien Barthez, chez nos confrères de L’Équipe en avril. Ce dernier préférant la liberté aux stéréotype­s.

« La notion de temps »

« Je ne suis qu’à moitié d’accord avec lui, pose-t-il calmement. Aujourd’hui, les grands clubs peuvent avoir à leur dispositio­n des gardiens qui font 1,95 m et qui s’avèrent aussi agiles, véloces et rapides que nous l’étions à 1,82 m ou 1,83 m. À partir de là, je place toujours la notion de temps au milieu de ce constat. La majorité des buts sont encaissés entre zéro et neuf mètres. Et, à cette distance, tu n’as pas le temps de te déplacer. Souvent, tu n’as pas le temps de pousser pour aller chercher les ballons. En fait, le gardien un peu plus petit et doté de toutes ces qualités n’a pas la possibilit­é de les mettre en pratique pour ces interventi­ons-là. Cela représente pourtant la grande majorité des actions. Je préfère donc un gardien véloce, avec de bons déplacemen­ts, mais qui, lorsqu’il s’étend sans pousser et sans plonger, va être capable de toucher des ballons que d’autres ne pourront pas avoir. Un plus petit devra effectuer un pas, une détente. Ça demande du temps. » La taille aurait-elle pris une place prépondéra­nte par rapport à sa période de joueur dans les années 1990-2000 ? « Avant, les grands gardiens étaient très peu mobiles, enchaîne-t-il. Ils avaient très peu de détente et restaient sur leur ligne. Leur genre t’offrait de solutions différente­s. Hormis Courtois [2 m, Real Madrid, Ndlr] qui demeure un cas particulie­r, les Ederson [1,88 m, Manchester City], Alisson [1,91 m, Liverpool], Oblak [1,88 m, Atlético de Madrid]... sont grands, mobiles, véloces et ils poussent fort avec les jambes. Alors pourquoi un grand club se priverait de cet avantage ? Sachant qu’avec le seul fait d’avoir plus d’envergure, ils vont détourner des tirs. »

« La nature humaine évolue »

Limpide, certes. Mais sur quels aspects l’ancien portier de l’OM rejoint-il Fabien Barthez ? « Ce gardien-là doit absolument détenir les facultés d’un plus petit, au-delà de la mobilité et de la vélocité. Il faut être présent dans sa surface, être capable de s’intégrer dans le jeu de son équipe, sans simplement être grand et attendre, affirme-t-il. Parmi des garçons aux qualités sensibleme­nt similaires mais avec une dizaine de centimètre­s d’écart, je n’hésiterai pas. Certains vont monter au créneau pour dire : “On ne va prendre que des grands !” Faux. Parce que l’on va aussi choisir en fonction de ce que la nature nous propose. Et les jeunes ont tendance à être plus grands qu’à notre époque. La nature humaine évolue et on doit en tenir compte. Après, ça ne signifie absolument pas qu’un joueur de 1,85 m n’aura pas de carrière. Mais il va devoir développer plein d’autres atouts pour atteindre le niveau de celui qui aura moins d’efforts à fournir. D’autant que le plus grand pourra garder cette énergie non utilisée pour travailler d’autres secteurs. Voilà pourquoi le niveau s’élève. Mais on trouve toujours des gens qui te balancent : “Oui, mais même les grands ne s’imposent plus dans les airs.” Le football a changé. À l’époque où on jouait avec Fabien, le meilleur centreur de la planète s’appelait David Beckham. En Ligue des champions, je sortais sur ses centres et corners. Aujourd’hui, le pied de Beckham se retrouve dans chaque équipe de L1 et de L2. Le top niveau est devenu la norme. »

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