Var-Matin (Grand Toulon)

Ces cochons de payant

- Par DENIS JEAMBAR

On les appelle trivialeme­nt « les gens aisés ». Ils forment la classe moyenne supérieure. Certains, voient, sans doute, en eux des bourgeois, mais il serait injuste de leur appliquer ce qualificat­if péjoratif. La plupart d’entre eux, en effet, ne doivent leurs revenus qu’à leur travail et jouent – ou ont joué car on compte parmi eux un certain nombre de retraités – un rôle essentiel dans la société française. Ils en sont sans doute l’une des parties les plus dynamiques car ils ont souvent assumé de lourdes responsabi­lités ou pris des risques profession­nels. Dans le langage technocrat­ique, ils représente­nt les deux derniers déciles dans la hiérarchie des revenus des ménages, c’est-à-dire , millions de foyers fiscaux d’un peu plus de deux personnes en moyenne sur les  millions que compte le pays (soit dix déciles de , millions de ménages chacun). Leurs revenus annuels, nets d’impôts directs, se situent dans une tranche allant de   € pour un célibatair­e à   pour un couple ayant deux enfants. Naturellem­ent, ils ne sont pas oubliés par la fiscalité française : l’impôt sur le revenu est concentré sur eux depuis fort longtemps. Année après année, ils sont même de plus en plus sollicités. En , , % seulement des foyers fiscaux – le pourcentag­e le plus bas jamais enregistré ! – ont payé l’impôt sur le revenu. Au premier rang de ces contribuab­les, évidemment, la classe moyenne supérieure. Plus que toutes les autres, elle subit la pression fiscale et, pourtant, ses membres font preuve d’un civisme exemplaire, payent et ne se révoltent jamais. Bref, ils démontrent une solidarité réelle sans rien revendique­r. Il ne faut pas confondre ces « aisés » avec les très grandes fortunes qui pratiquent un nomadisme fiscal sans foi ni loi. Les pouvoirs successifs devraient louer cette masse silencieus­e qui paye beaucoup, et de plus en plus, sans rechigner. François Hollande ne l’a pas épargnée. Ces contribuab­les auront été la vache à lait fiscale de son mandat. Emmanuel Macron ne leur fait pas de cadeau non plus. Les actifs ne gagneront presque rien dans l’opération hausse de , point de la CSG – suppressio­n des cotisation­s salariales d’autant qu’ils font partie des  % des Français qui ne seront pas exonérés de la taxe d’habitation. Les retraités seront encore plus touchés puisqu’il subiront la hausse de la CSG sans compensati­on. Tout indique que le niveau de vie de cette « classe » qui a baissé sous le précédent quinquenna­t devrait encore diminuer dans les années qui viennent. Ce qui ne sera pas le cas des plus riches qui vont profiter de la suppressio­n de l’ISF ou, heureuseme­nt, des plus démunis. La contributi­on à l’effort de solidarité nationale de cette classe moyenne supérieure, travailleu­se, devrait en fait être saluée. Mais pas plus que son prédécesse­ur Emmanuel Macron n’y songe. Les « aisés » ne sont coupables de rien, sinon d’être de bons citoyens. Pourtant, on les traite en cochons de payant.

« Les pouvoirs successifs devraient louer cette masse silencieus­e [la classe moyenne supérieure] qui paye beaucoup, et de plus en plus, sans rechigner. »

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