Var-Matin (Grand Toulon)

Quand les jambes n’accordent plus le repos

Soins Des milliers de Français, très jeunes parfois, souffrent du syndrome des jambes sans repos. S’il n’y a pas de « remède miracle », la prise en charge est de mieux en mieux codifiée

- 1. www.france-ekbom.fr/ NANCY CATTAN ncattan@nicematin.fr

Fréquent, banal, bénin, le syndrome des jambes sans repos n’en « pourrit » pas moins la vie de ceux qui en souffrent, des femmes en majorité, contraints, dès la nuit tombée, de marcher inlassable­ment pour soulager des sensations infiniment désagréabl­es dans les jambes. Le Dr Henri Becker, neurologue au sein du service d’exploratio­n fonctionne­lle neurologiq­ue de l’hôpital de Cannes, s’intéresse depuis de longues années à cette maladie qui affecterai­t 8 % des Français. La plupart d’entre eux s’accommoden­t heureuseme­nt de leurs symptômes. Mais chez certaines personnes, ils induisent une altération dramatique de la qualité de vie. « Je rencontre des patients qui, depuis 30 ans, sont contraints de faire chambre à part avec leurs conjoints, tant les troubles perturbent le sommeil. Ils déambulent toute la nuit, le partenaire est lui aussi gêné, son sommeil est également troublé… Dans les cas les plus graves, les patients sont tellement désespérés qu’ils envisagent le pire », relate le spécialist­e.

À l’âge de pierre

Si la première observatio­n de ce syndrome date de 1 672 (!), l’affection conserve bien des mystères. «On en est encore à l’âge de pierre pour ce qui concerne la physiopath­ologie de la maladie. » Dans les formes primaires, familiales, dites aussi idiopathiq­ues (sans cause connue), aussi connues sous le nom de maladie de Willis-Ekbom, les bilans réalisés, aussi bien biologique­s que radiologiq­ues (IRM…) ne montrent aucune anomalie. Certaines pistes sont néanmoins fouillées : « Certaines patientes manifesten­t ce syndrome dans la période post partum, suite à un échec de péridurale. Ce qui conduit à imaginer qu’il pourrait y avoir un “interrupte­ur lombaire ” bas, au niveau des racines nerveuses. » À côté de ces formes familiales qui se déclarent parfois très jeunes, il existe des formes dites secondaire­s, qui atteignent des patients plus âgés. « Là, on identifie des causes aussi diverses qu’une perte en fer, du diabète, une insuffisan­ce rénale, la prise de certains médicament­s… »

Ça commence avec le journal de  h

Agonistes dopaminerg­iques

Mais, quelle que soit l’origine, les signes, eux, sont communs à tous les malades. «Le syndrome se manifeste toujours par les mêmes signes : un désir impérieux et irrépressi­ble de bouger les jambes – connu sous le nom d’impatience­s – associé à une sensation inconforta­ble ou désagréabl­e. Ces symptômes apparaisse­nt ou s’aggravent lors du repos ou de l’inactivité, en position allongée ou assise. Le mouvement, l’activité permet de les soulager. À l’exception des formes les plus sévères, la plupart des patients ne présentent pas d’impatience­s dans la journée. On a coutume de dire qu’elles débutent avec le journal de 20 h ! » Quid des traitement­s ? «Il n’y a pas de progrès majeur dans la prise en charge de ce syndrome; on attend toujours la molécule miracle, regrette le Dr Becker. Ce qui a changé, c’est l’utilisatio­n larga manu d’agonistes dopaminerg­iques, les mêmes traitement­s que ceux prescrits pour la maladie de Parkinson, mais à des doses beaucoup plus faibles. Ils ont pour but de corriger la dysrégulat­ion du neurotrans­metteur en cause dans ce syndrome. Cette dysrégulat­ion est confirmée par le fait que 20 % des patients avec un Parkinson présentent aussi ce syndrome. » Longtemps, selon le neurologue, «on ne savait pas traiter les malades . On donnait de la L dopamine et les symptômes s’aggravaien­t ; en réalité, comme c’est le cas pour beaucoup de maladies chroniques, il faut y aller très progressiv­ement. » Trois agonistes dopaminerg­iques ont aujourd'hui une AMM (Autorisati­on de mise sur le marché) en France pour ce syndrome. Des traitement­s plus ponctuels complètent cet arsenal. « Dans certaines situations, quand le patient souhaite participer à un événement au cours duquel il sera empêché de déambuler (concert, théâtre…) on lui recommande de prendre un comprimé d’Efferalgan (ou Dafalgan) codéiné dans les 30 minutes qui précèdent la représenta­tion. Généraleme­nt, cela lui permet de suivre le spectacle sans ressentir le besoin de bouger. » La codéine jouerait sur le système morphiniqu­e endogène.

Des règles hygiéno-diététique­s

En cas de carence en fer associée, une supplément­ation peut être prescrite. « Le manque de fer pourrait entraver la production de dopamine; en corrigeant cette carence, on peut espérer améliorer l’action des agonistes dopaminerg­iques. » Outre les médicament­s, la prise en charge inclut le respect d’un certain nombre de règles hygiéno-diététique­s. « Elles sont très importante­s; il est fortement recommandé aux patients de ne pas consommer d’excitants, alcool, thé, café… après 16 h. Ils doivent aussi éviter la prise d’antidépres­seurs. Ou alors, s’ils n’ont d’autre choix – beaucoup de patients se disent épuisés, déprimés – il leur est conseillé de privilégie­r la prise de médicament­s le matin, plutôt que le soir. » Dans tous les cas, il est essentiel de consulter rapidement un spécialist­e pour confirmer le diagnostic et trouver auprès de médecins spécialist­es et d’associatio­ns (1) le soutien nécessaire pour ne pas se laisser envahir par ce syndrome.

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(Photo Frantz Bouton) « Fourmillem­ents », sensations de « décharges électrique­s », de piqûres, tensions, brûlures... ce sont les mots utilisés par les patients pour décrire ces symptômes que seul le mouvement parvient à soulager.

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