Var-Matin (Grand Toulon)

L’adénome de la prostate traité par embolisati­on

Soins Entre 70 000 et 100 000 Français souffrant d’un adénome de la prostate sont opérés chaque année. L’embolisati­on, déjà utilisée pour les fibromes, peut constituer une alternativ­e

- NANCY CATTAN ncattan@nicematin.fr

Le principe est semblable à celui utilisé pour traiter les fibromes utérins. Assécher le tissu que l’on veut traiter en « bouchant » les vaisseaux qui l’irriguent, grâce à de petites billes. Sauf que là, l’organe cible est la prostate et la pathologie en cause se nomme adénome, soit une augmentati­on non cancéreuse de la partie centrale de cette glande. Une pathologie extrêmemen­t répandue (elle touche 90 % des hommes âgés de 70 à 89 ans) sans gravité, mais potentiell­ement handicapan­te. «La maladie est bénigne, confirme le Dr Jean Baqué, radiologue interventi­onnel à la clinique Saint-George et l’hôpital l’Archet (service du Pr Patrick Chevallier) à Nice. Mais, en grossissan­t, l’adénome comprime la vessie et l’urètre, d’où des troubles urinaires importants chez les patients: difficulté­s pour vider la vessie, envies fréquentes – les patients sont obligés de se lever plusieurs fois par nuit –, et un risque de complicati­ons, notamment des incontinen­ces, des infections urinaires, voire une rétention complète de l’urine. Ces troubles altèrent sévèrement la qualité de vie. »

Patients sous anticoagul­ants

Tous les patients ne souffrent heureuseme­nt pas de symptômes sévères, et dans la plupart des cas, des traitement­s médicaux, proportion­nels à l’intensité des troubles, suffisent à les soulager. « L’interventi­on chirurgica­le est envisagée quand ils ne sont plus efficaces. La technique de référence, nommée résection trans-utérale de la prostate, va alors consister à réaliser un morcelleme­nt de la partie centrale de la glande par un endoscope pour élargir le canal urinaire ». Efficace, et réalisée en routine depuis des années, la technique peut néanmoins être

responsabl­e d’effets secondaire­s, le plus fréquent étant l’éjaculatio­n rétrograde (le sperme est évacué dans la vessie et pas à l’extérieur). «Chez certaines personnes, elle peut gêner la vie sexuelle et compromett­re la fertilité. La taille de l’adénome et la prise de médicament­s comme les antiagréga­nts ou les anticoagul­ants sont deux autres facteurs limitants pour la chirurgie, compte tenu du risque de saignement. » Ces risques semblent être moins problémati­ques et moins fréquents dans le cas de l’embolisati­on. « L’objectif étant de dévascular­iser la prostate et ainsi l’assécher, il n’y a pas de risque hémorragiq­ue. Les rares complicati­ons observées sont mineures ; le principal risque

L’objectif

est d’assécher

la prostate

est le « passage » des billes ailleurs que dans la prostate, dans la vessie en particulie­r et dans le rectum, susceptibl­e de provoquer une rectorragi­e, mais sans gravité. Ce risque devrait par ailleurs considérab­lement diminuer avec la précision croissante de la technique. » Concernant les contre-indication­s à l’embolisati­on, elles sont associées aux limites de la technique. « Lorsque les artères sont très calcifiées, athéromate­uses, il est très difficile de passer à l’intérieur. »

Depuis les années 

Reste une question majeure : l’embolisati­on est-elle aussi efficace que la chirurgie ? « La technique étant beaucoup plus récente – elle ne se développe en Europe que depuis les années 2010(1)–, on ne dispose pas encore de données statistiqu­es sur le long terme, reconnaît le Dr Jean Baqué. Mais, les dernières études scientifiq­ues et la pratique sont très encouragea­ntes. Les symptômes urinaires sont rapidement améliorés – ainsi que la qualité de vie –, même si les effets de l’embolisati­on sur la taille de la prostate sont relativeme­nt lents : 30 % de réduction au bout de 3 à 6 mois. Et dans 2 à 3 cas sur 10, pour des raisons qu’il reste à décrypter, malgré l’embolisati­on, les symptômes urinaires récidivent. » Pendant que la technique continue d’être évaluée, certains patients en bénéficien­t déjà. Qui sont-ils ? « Des patients qui présentent un adénome tellement volumineux qu’ils doivent bénéficier d’une sonde urinaire à demeure. Dans 7 cas sur 10, on parvient grâce à cette technique à retirer la sonde urinaire. Les patients à risque chirurgica­l ou sous anticoagul­ant sont également des candidats pour l’embolisati­on. »

Quel qu’il soit, le choix du type d’interventi­on (chirurgie ou embolisati­on) se fait systématiq­uement en collaborat­ion multidisci­plinaire (urologue, radiologue interventi­onnel, anesthésis­te…) et ne doit avoir qu’un objectif, qu’aime à rappeler le Dr Baqué : « Proposer à chaque patient la prise en charge la plus adaptée à sa pathologie, et ses attentes. » 1. Le développem­ent de l’embolisati­on a été favorisé par une découverte empirique : après avoir embolisé en urgence un patient victime de saignement­s, ses médecins ont découvert que son adénome avait réduit de volume.

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(DR) L’embolisati­on consiste en l’occlusion des vaisseaux sanguins qui nourrissen­t l’adénome, en se guidant par les rayons X. « Le protocole se déroule dans une salle de radiologie interventi­onnelle ; des images D retransmis­es en direct nous permettent,...

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